Les Eurockéennes /
Le 04 Juillet 2026 /
Belfort (90) /
Notre avis : 5/5.
La troisième journée des Eurockéennes a offert un condensé de tout ce qui fait l’identité du festival : des découvertes prometteuses, des performances habitées et des retours très attendus. Des envolées poétiques de Bertrand Belin au triomphe populaire de Pulp, en passant par la folk fédératrice des Lumineers et le mystère de President, la presqu’île du Malsaucy a navigué entre contemplation, énergie brute et communion collective.
Bertrand Belin, la poésie en apesanteur
La journée s’ouvre sous le signe de la singularité avec Bertrand Belin. Fidèle à son univers singulier, le Breton impose d’emblée son timbre grave, sa diction inimitable et cette présence magnétique qui ne ressemble à aucune autre sur la scène Française. Costume impeccablement taillé, mèche rebelle, silhouette longiligne : le chanteur cultive une élégance naturelle qui prolonge parfaitement son esthétique musicale.
Entouré de six musiciens et musiciennes, Belin déploie un écrin sonore d’une remarquable richesse. Les arrangements, subtils et ciselés, naviguent entre chanson Française, pop raffinée et textures plus contemporaines, avec des sonorités qui évoquent parfois l’univers d’Alain Bashung, sans jamais tomber dans l’imitation. Chaque instrument trouve sa place avec précision, servant une musique à la fois ample, délicate et profondément organique.
Des titres comme « Pluie De Data », « Sur Mon 31 », « L’Inconnu En Personne » ou « De Corps Et D’Esprit » révèlent toute la finesse de son écriture. Bertrand Belin y explore les méandres de l’identité, du quotidien et des émotions avec un art consommé de la suggestion. Son phrasé si particulier, presque parlé par instants, confère à chaque morceau une dimension narrative qui captive autant qu’elle intrigue.
En guise de conclusion, « La Béatitude » enveloppe le public dans une atmosphère à la fois contemplative et hypnotique. Une dernière démonstration du talent de Bertrand Belin pour transformer les questionnements existentiels en matière musicale sensible, poétique et envoûtante. Une entrée en matière élégante et habitée, qui installe d’emblée un niveau d’exigence artistique élevé pour la suite de la journée.

Les photos : ici.
President : le mystère fait monter la tension
Le contraste est saisissant avec President. Entièrement dissimulés derrière des masques, les Britanniques cultivent le mystère jusque dans les moindres détails de leur prestation. Le chanteur, visage figé derrière un masque au regard impassible, trône derrière son pupitre comme un étrange prédicateur. Sans avoir besoin d’en faire des tonnes, il capte l’attention et harangue la foule par une gestuelle sobre mais magnétique, renforçant l’aura énigmatique qui entoure le groupe.
Musicalement, President ne se résume pourtant pas à son esthétique. Le quatuor déroule avec assurance un savant mélange d’alternative metal, de pop emo et de refrains fédérateurs, calibrés pour être repris en chœur par les festivals. Porté par le buzz grandissant qui accompagne chacune de ses apparitions, le groupe trouve face à lui un public déjà acquis à sa cause, qui répond avec ferveur à chaque morceau.
De « Fearless » à « In The Name Of The Father », en passant par « Doom Loop », « Rage » et « Mercy », les Anglais enchaînent les titres avec une maîtrise impressionnante. L’efficacité des compositions, la puissance des mélodies et l’atmosphère singulière qui se dégage de la scène finissent de convaincre les derniers sceptiques.
Loin d’être une simple curiosité entretenue par son anonymat et son imagerie soignée, President s’impose comme l’une des véritables révélations rock / metal de cette édition. Derrière les masques se cache un groupe dont la personnalité musicale apparaît désormais bien plus marquante que le mystère qui l’entoure.

Les photos : ici.
Une déferlante nommée The Sophs
Autre révélation de cette édition, The Sophs prouvent que l’engouement qui les entoure est pleinement justifié. Les Californiens enchaînent les morceaux avec une fougue irrésistible, faisant cohabiter pop-punk, funk et rock alternatif dans un ensemble aussi explosif que cohérent. Des titres comme « The Dog Dies In The End », « Goldstar », « Big Red X » ou « Sweat » mettent en lumière leur faculté à alterner déferlements d’énergie et mélodies immédiatement accrocheuses, sans jamais perdre de vue l’intensité qui caractérise leur musique.
Sur scène, le quatuor ne ménage pas ses efforts. Emmené par le charismatique Ethan Ramon, dont l’interprétation oscille entre urgence et sensibilité, le groupe investit l’espace avec une énergie permanente et une complicité évidente. Cette générosité scénique sert des compositions solidement construites plutôt qu’un simple déploiement de puissance.
Si leurs racines plongent dans l’indie rock des années 2000, The Sophs s’autorisent de nombreuses escapades stylistiques. Guitares acoustiques, piano et larges murs de guitares saturées s’entremêlent avec naturel, tandis que des influences folk, country et même quelques discrètes touches flamenco viennent enrichir leur palette sonore. Cette diversité ne donne jamais l’impression d’un exercice de style : elle nourrit au contraire une identité affirmée et un songwriting particulièrement inspiré.

Les photos : ici.
Cardinals : la révélation venue d’Irlande
La scène de La Plage est investie par Cardinals, figure montante du renouveau du rock Irlandais. Le quintette s’impose avec une identité sonore immédiatement reconnaissable, nourrie d’une écriture sombre, tendue et profondément habitée. Au cœur de cette esthétique singulière, l’accordéon occupe une place inattendue mais essentielle. Installé au centre de la scène, son interprète apporte une couleur mélodique et une intensité dramatique qui distinguent immédiatement le groupe des formations rock plus conventionnelles.
Portés par une énergie brute et une interprétation sans artifice, les cinq musiciens enchaînent des titres comme « She Makes Me Real », « Masquerade », « Barbed Wire » ou « The Burning Of Cork ». Chaque morceau révèle une formation capable d’alterner tension et fulgurances mélodiques, tout en conservant une cohérence remarquable. La voix habitée, les guitares abrasives et les nappes d’accordéon se répondent avec une rare évidence, donnant naissance à un univers à la fois mélancolique et incandescent.
Cette prestation confirme tout le potentiel de Cardinals. Déjà adoubé par plusieurs figures de la nouvelle scène rock Irlandaise, le groupe s’affirme comme l’un des plus prometteurs de sa génération, capable de conjuguer héritage et modernité avec une personnalité affirmée.

Les photos : ici.
Les Lumineers, une communion avec le public
Moment de communion en cette fin d’après-midi avec The Lumineers, pour leur unique date estivale Française sur la scène du Malsaucy. Fidèle à son identité, le groupe Américain livre une prestation aussi sobre que fédératrice, où l’émotion naît de la simplicité des arrangements et de la force des mélodies.
Les titres du dernier album, « Automatic », s’intègrent avec une étonnante évidence à un répertoire devenu incontournable. De « Flowers In Your Hair » à « Angela », en passant par « Ho Hey », « Ophelia », « Sleep On The Floor » ou encore « Stubborn Love », chaque morceau est repris en chœur par un public conquis, transformant le concert en une véritable célébration collective. Avec « Where We Are », le site du Malsaucy se couvre d’une immense forêt de bras levés, offrant l’une des images les plus marquantes de cette fin de journée.
Autour du trio originel, une pléiade de musiciens vient enrichir les arrangements sans jamais en dénaturer l’essence. Cordes, claviers, percussions et harmonies vocales apportent relief et nuances à ce folk rock chaleureux, porté par une interprétation sincère et une complicité évidente sur scène. Une démonstration éclatante qu’il n’est pas nécessaire d’en faire trop pour emporter l’adhésion : avec des chansons fortes, une exécution irréprochable et une proximité constante avec le public, The Lumineers confirment leur statut de valeur sûre de la scène folk contemporaine.

Les photos : ici.
Gans, la décharge d’adrénaline
Changement radical d’atmosphère avec Gans, qui fait exploser la tension accumulée dans un déluge de noirceur et d’énergie brute. La formation de Birmingham revendique une esthétique dépouillée, abrasive et sans concession, où chaque titre frappe comme un coup de masse. « In Time », « It’s Just Life », « Step-Psychosis » et « Oh George » s’enchaînent avec une intensité constante, ne laissant aucun répit à un public happé par cette déferlante sonore. Sans artifices ni démonstration superflue, Gans privilégie l’impact frontal, livrant une prestation aussi radicale qu’efficace, parfaitement en phase avec l’esprit des Eurockéennes.
Sur scène, les Britanniques construisent un paysage sonore à la fois hypnotique et chaotique. Les séquenceurs et la batterie imposent des rythmes implacables qui entraînent irrésistiblement les corps, tandis que la basse, détournée de son rôle traditionnel pour devenir une véritable guitare saturée, érige un mur de son rugueux. Les textures électroniques acides se mêlent aux fulgurances d’un saxophone free, donnant naissance à un tourbillon sonore où se croisent post-punk, noise et techno industrielle. Mi-scandées, mi-rappées, les voix s’entrelacent avec une intensité saisissante, amplifiant encore la tension qui irrigue chaque morceau.
Au centre de cette tempête, Euan Woodman impressionne autant par son endurance que par son charisme. Derrière sa batterie, il pilote les séquences avant de quitter régulièrement son poste pour galvaniser les premiers rangs, qui répondent aussitôt par un circle pit aussi dense que frénétique. À ses côtés, le saxophoniste, juché sur son estrade, semble animé de soubresauts permanents, accompagnant de ses mouvements convulsifs les déflagrations électroniques qu’il fait surgir de son instrument. De son côté, Thomas Rhodes alterne entre une basse malmenée avec une violence jubilatoire et une impressionnante collection de claviers et de pédales d’effets, enrichissant sans cesse les compositions de nouvelles textures tout en apportant une voix plus nuancée qui équilibre la fougue de son partenaire.
Gans livre ainsi une performance suffocante, physique et intensément cathartique, transformant chaque morceau en une décharge d’adrénaline dont il est difficile de sortir indemne.

Les photos : ici.
Pulp, un retour triomphal
Il aura fallu attendre vingt-huit ans pour revoir Pulp sur la scène des Eurockéennes. Si une partie des festivaliers – près de dix mille personnes – a préféré suivre le match de l’équipe de France de football sous le chapiteau, ceux qui ont choisi de rester devant la Grande Scène assistent à l’un des grands moments de cette édition.
Jarvis Cocker apparaît sous les acclamations, accompagné de ses fidèles complices : Candida Doyle aux claviers, Mark Webber à la guitare et Nick Banks à la batterie, renforcés par plusieurs musiciens et musiciennes. Dès « Sorted For E’s & Wizz », le ton est donné. Le son est limpide, le groupe affiche une précision remarquable et l’élégance si caractéristique de Pulp semble n’avoir subi aucune altération.
Les classiques s’enchaînent avec « Disco 2000 », « Razzmatazz » ou encore « Pink Glove », tandis que « Spike Island » et « Farmers Market » trouvent naturellement leur place au sein d’un répertoire qui traverse les décennies sans perdre de sa cohérence. Avec « This Is Hardcore », l’atmosphère s’assombrit un instant avant de laisser place à un Jarvis Cocker toujours aussi généreux dans ses échanges avec le public.
Le chanteur multiplie les apartés, fouille dans sa poche pour lancer quelques grains de raisin aux premiers rangs et demande qui dort au camping. « Ce n’est plus vraiment de mon âge », glisse-t-il avec son humour inimitable avant de dédier la chanson suivante aux campeurs. Assis dans un fauteuil en cuir, tandis qu’un spectaculaire lever de soleil embrase les écrans géants, il livre une interprétation majestueuse de « Sunrise », l’un des moments les plus suspendus de la soirée.
Après « Begging For Change », Jarvis Cocker replonge dans ses souvenirs. Il évoque le passage de Pulp aux Eurockéennes en 1998, lorsque le groupe partageait l’affiche avec The Prodigy, Underworld et The Divine Comedy. Il entraîne alors le public dans un compte à rebours avant d’enchaîner « Do You Remember The First Time ? », accueilli par une immense clameur.
La dernière ligne droite concentre les plus grands hymnes du groupe. « Mis-Shapes » et « Got To Have Love » préparent le terrain avant « Babies », sans doute le moment le plus émouvant du concert. Sur les écrans apparaissent des images d’archives de Steve Mackey, bassiste emblématique de Pulp disparu en 2023. Les milliers de voix qui reprennent les « yeah yeah yeah » donnent à cet hommage une intensité particulière.
Puis vient l’inévitable « Common People ». Dans une version ample et jubilatoire, Jarvis Cocker transforme la Grande Scène en immense piste de danse avant de présenter, avec son humour toujours aussi British, chacun des musiciens. Candida Doyle devient la « space girl » du groupe ; une coupe de champagne à la main, elle porte un toast au public sous une pluie d’applaudissements.
Le concert s’achève avec « A Sunset ». Les huit musiciens quittent leurs instruments pour rejoindre Jarvis Cocker à l’avant de la scène dans une configuration acoustique. Cette conclusion tout en délicatesse contraste avec l’euphorie de « Common People » et offre à ces retrouvailles, près de trois décennies après leur dernier passage à Belfort, une fin aussi sobre qu’émouvante.

Les photos : ici.
Une journée à l’image des Eurockéennes
Entre les confidences poétiques de Bertrand Belin, les confirmations de President et Cardinals, les découvertes explosives de The Sophs et Gans, la parenthèse lumineuse des Lumineers et le retour magistral de Pulp, cette troisième journée aura parfaitement illustré l’ADN des Eurockéennes : faire dialoguer générations, styles et émotions dans une même ferveur.
#Live / #Report / #LiveReport / #Review / #LiveReview / #Photos / #Pictures
Le 04 Juillet 2026 /
Belfort (90) /
Notre avis : 5/5.
La troisième journée des Eurockéennes a offert un condensé de tout ce qui fait l’identité du festival : des découvertes prometteuses, des performances habitées et des retours très attendus. Des envolées poétiques de Bertrand Belin au triomphe populaire de Pulp, en passant par la folk fédératrice des Lumineers et le mystère de President, la presqu’île du Malsaucy a navigué entre contemplation, énergie brute et communion collective.
Bertrand Belin, la poésie en apesanteur
La journée s’ouvre sous le signe de la singularité avec Bertrand Belin. Fidèle à son univers singulier, le Breton impose d’emblée son timbre grave, sa diction inimitable et cette présence magnétique qui ne ressemble à aucune autre sur la scène Française. Costume impeccablement taillé, mèche rebelle, silhouette longiligne : le chanteur cultive une élégance naturelle qui prolonge parfaitement son esthétique musicale.
Entouré de six musiciens et musiciennes, Belin déploie un écrin sonore d’une remarquable richesse. Les arrangements, subtils et ciselés, naviguent entre chanson Française, pop raffinée et textures plus contemporaines, avec des sonorités qui évoquent parfois l’univers d’Alain Bashung, sans jamais tomber dans l’imitation. Chaque instrument trouve sa place avec précision, servant une musique à la fois ample, délicate et profondément organique.
Des titres comme « Pluie De Data », « Sur Mon 31 », « L’Inconnu En Personne » ou « De Corps Et D’Esprit » révèlent toute la finesse de son écriture. Bertrand Belin y explore les méandres de l’identité, du quotidien et des émotions avec un art consommé de la suggestion. Son phrasé si particulier, presque parlé par instants, confère à chaque morceau une dimension narrative qui captive autant qu’elle intrigue.
En guise de conclusion, « La Béatitude » enveloppe le public dans une atmosphère à la fois contemplative et hypnotique. Une dernière démonstration du talent de Bertrand Belin pour transformer les questionnements existentiels en matière musicale sensible, poétique et envoûtante. Une entrée en matière élégante et habitée, qui installe d’emblée un niveau d’exigence artistique élevé pour la suite de la journée.
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President : le mystère fait monter la tension
Le contraste est saisissant avec President. Entièrement dissimulés derrière des masques, les Britanniques cultivent le mystère jusque dans les moindres détails de leur prestation. Le chanteur, visage figé derrière un masque au regard impassible, trône derrière son pupitre comme un étrange prédicateur. Sans avoir besoin d’en faire des tonnes, il capte l’attention et harangue la foule par une gestuelle sobre mais magnétique, renforçant l’aura énigmatique qui entoure le groupe.
Musicalement, President ne se résume pourtant pas à son esthétique. Le quatuor déroule avec assurance un savant mélange d’alternative metal, de pop emo et de refrains fédérateurs, calibrés pour être repris en chœur par les festivals. Porté par le buzz grandissant qui accompagne chacune de ses apparitions, le groupe trouve face à lui un public déjà acquis à sa cause, qui répond avec ferveur à chaque morceau.
De « Fearless » à « In The Name Of The Father », en passant par « Doom Loop », « Rage » et « Mercy », les Anglais enchaînent les titres avec une maîtrise impressionnante. L’efficacité des compositions, la puissance des mélodies et l’atmosphère singulière qui se dégage de la scène finissent de convaincre les derniers sceptiques.
Loin d’être une simple curiosité entretenue par son anonymat et son imagerie soignée, President s’impose comme l’une des véritables révélations rock / metal de cette édition. Derrière les masques se cache un groupe dont la personnalité musicale apparaît désormais bien plus marquante que le mystère qui l’entoure.
Les photos : ici.
Une déferlante nommée The Sophs
Autre révélation de cette édition, The Sophs prouvent que l’engouement qui les entoure est pleinement justifié. Les Californiens enchaînent les morceaux avec une fougue irrésistible, faisant cohabiter pop-punk, funk et rock alternatif dans un ensemble aussi explosif que cohérent. Des titres comme « The Dog Dies In The End », « Goldstar », « Big Red X » ou « Sweat » mettent en lumière leur faculté à alterner déferlements d’énergie et mélodies immédiatement accrocheuses, sans jamais perdre de vue l’intensité qui caractérise leur musique.
Sur scène, le quatuor ne ménage pas ses efforts. Emmené par le charismatique Ethan Ramon, dont l’interprétation oscille entre urgence et sensibilité, le groupe investit l’espace avec une énergie permanente et une complicité évidente. Cette générosité scénique sert des compositions solidement construites plutôt qu’un simple déploiement de puissance.
Si leurs racines plongent dans l’indie rock des années 2000, The Sophs s’autorisent de nombreuses escapades stylistiques. Guitares acoustiques, piano et larges murs de guitares saturées s’entremêlent avec naturel, tandis que des influences folk, country et même quelques discrètes touches flamenco viennent enrichir leur palette sonore. Cette diversité ne donne jamais l’impression d’un exercice de style : elle nourrit au contraire une identité affirmée et un songwriting particulièrement inspiré.
Les photos : ici.
Cardinals : la révélation venue d’Irlande
La scène de La Plage est investie par Cardinals, figure montante du renouveau du rock Irlandais. Le quintette s’impose avec une identité sonore immédiatement reconnaissable, nourrie d’une écriture sombre, tendue et profondément habitée. Au cœur de cette esthétique singulière, l’accordéon occupe une place inattendue mais essentielle. Installé au centre de la scène, son interprète apporte une couleur mélodique et une intensité dramatique qui distinguent immédiatement le groupe des formations rock plus conventionnelles.
Portés par une énergie brute et une interprétation sans artifice, les cinq musiciens enchaînent des titres comme « She Makes Me Real », « Masquerade », « Barbed Wire » ou « The Burning Of Cork ». Chaque morceau révèle une formation capable d’alterner tension et fulgurances mélodiques, tout en conservant une cohérence remarquable. La voix habitée, les guitares abrasives et les nappes d’accordéon se répondent avec une rare évidence, donnant naissance à un univers à la fois mélancolique et incandescent.
Cette prestation confirme tout le potentiel de Cardinals. Déjà adoubé par plusieurs figures de la nouvelle scène rock Irlandaise, le groupe s’affirme comme l’un des plus prometteurs de sa génération, capable de conjuguer héritage et modernité avec une personnalité affirmée.
Les photos : ici.
Les Lumineers, une communion avec le public
Moment de communion en cette fin d’après-midi avec The Lumineers, pour leur unique date estivale Française sur la scène du Malsaucy. Fidèle à son identité, le groupe Américain livre une prestation aussi sobre que fédératrice, où l’émotion naît de la simplicité des arrangements et de la force des mélodies.
Les titres du dernier album, « Automatic », s’intègrent avec une étonnante évidence à un répertoire devenu incontournable. De « Flowers In Your Hair » à « Angela », en passant par « Ho Hey », « Ophelia », « Sleep On The Floor » ou encore « Stubborn Love », chaque morceau est repris en chœur par un public conquis, transformant le concert en une véritable célébration collective. Avec « Where We Are », le site du Malsaucy se couvre d’une immense forêt de bras levés, offrant l’une des images les plus marquantes de cette fin de journée.
Autour du trio originel, une pléiade de musiciens vient enrichir les arrangements sans jamais en dénaturer l’essence. Cordes, claviers, percussions et harmonies vocales apportent relief et nuances à ce folk rock chaleureux, porté par une interprétation sincère et une complicité évidente sur scène. Une démonstration éclatante qu’il n’est pas nécessaire d’en faire trop pour emporter l’adhésion : avec des chansons fortes, une exécution irréprochable et une proximité constante avec le public, The Lumineers confirment leur statut de valeur sûre de la scène folk contemporaine.
Les photos : ici.
Gans, la décharge d’adrénaline
Changement radical d’atmosphère avec Gans, qui fait exploser la tension accumulée dans un déluge de noirceur et d’énergie brute. La formation de Birmingham revendique une esthétique dépouillée, abrasive et sans concession, où chaque titre frappe comme un coup de masse. « In Time », « It’s Just Life », « Step-Psychosis » et « Oh George » s’enchaînent avec une intensité constante, ne laissant aucun répit à un public happé par cette déferlante sonore. Sans artifices ni démonstration superflue, Gans privilégie l’impact frontal, livrant une prestation aussi radicale qu’efficace, parfaitement en phase avec l’esprit des Eurockéennes.
Sur scène, les Britanniques construisent un paysage sonore à la fois hypnotique et chaotique. Les séquenceurs et la batterie imposent des rythmes implacables qui entraînent irrésistiblement les corps, tandis que la basse, détournée de son rôle traditionnel pour devenir une véritable guitare saturée, érige un mur de son rugueux. Les textures électroniques acides se mêlent aux fulgurances d’un saxophone free, donnant naissance à un tourbillon sonore où se croisent post-punk, noise et techno industrielle. Mi-scandées, mi-rappées, les voix s’entrelacent avec une intensité saisissante, amplifiant encore la tension qui irrigue chaque morceau.
Au centre de cette tempête, Euan Woodman impressionne autant par son endurance que par son charisme. Derrière sa batterie, il pilote les séquences avant de quitter régulièrement son poste pour galvaniser les premiers rangs, qui répondent aussitôt par un circle pit aussi dense que frénétique. À ses côtés, le saxophoniste, juché sur son estrade, semble animé de soubresauts permanents, accompagnant de ses mouvements convulsifs les déflagrations électroniques qu’il fait surgir de son instrument. De son côté, Thomas Rhodes alterne entre une basse malmenée avec une violence jubilatoire et une impressionnante collection de claviers et de pédales d’effets, enrichissant sans cesse les compositions de nouvelles textures tout en apportant une voix plus nuancée qui équilibre la fougue de son partenaire.
Gans livre ainsi une performance suffocante, physique et intensément cathartique, transformant chaque morceau en une décharge d’adrénaline dont il est difficile de sortir indemne.
Les photos : ici.
Pulp, un retour triomphal
Il aura fallu attendre vingt-huit ans pour revoir Pulp sur la scène des Eurockéennes. Si une partie des festivaliers – près de dix mille personnes – a préféré suivre le match de l’équipe de France de football sous le chapiteau, ceux qui ont choisi de rester devant la Grande Scène assistent à l’un des grands moments de cette édition.
Jarvis Cocker apparaît sous les acclamations, accompagné de ses fidèles complices : Candida Doyle aux claviers, Mark Webber à la guitare et Nick Banks à la batterie, renforcés par plusieurs musiciens et musiciennes. Dès « Sorted For E’s & Wizz », le ton est donné. Le son est limpide, le groupe affiche une précision remarquable et l’élégance si caractéristique de Pulp semble n’avoir subi aucune altération.
Les classiques s’enchaînent avec « Disco 2000 », « Razzmatazz » ou encore « Pink Glove », tandis que « Spike Island » et « Farmers Market » trouvent naturellement leur place au sein d’un répertoire qui traverse les décennies sans perdre de sa cohérence. Avec « This Is Hardcore », l’atmosphère s’assombrit un instant avant de laisser place à un Jarvis Cocker toujours aussi généreux dans ses échanges avec le public.
Le chanteur multiplie les apartés, fouille dans sa poche pour lancer quelques grains de raisin aux premiers rangs et demande qui dort au camping. « Ce n’est plus vraiment de mon âge », glisse-t-il avec son humour inimitable avant de dédier la chanson suivante aux campeurs. Assis dans un fauteuil en cuir, tandis qu’un spectaculaire lever de soleil embrase les écrans géants, il livre une interprétation majestueuse de « Sunrise », l’un des moments les plus suspendus de la soirée.
Après « Begging For Change », Jarvis Cocker replonge dans ses souvenirs. Il évoque le passage de Pulp aux Eurockéennes en 1998, lorsque le groupe partageait l’affiche avec The Prodigy, Underworld et The Divine Comedy. Il entraîne alors le public dans un compte à rebours avant d’enchaîner « Do You Remember The First Time ? », accueilli par une immense clameur.
La dernière ligne droite concentre les plus grands hymnes du groupe. « Mis-Shapes » et « Got To Have Love » préparent le terrain avant « Babies », sans doute le moment le plus émouvant du concert. Sur les écrans apparaissent des images d’archives de Steve Mackey, bassiste emblématique de Pulp disparu en 2023. Les milliers de voix qui reprennent les « yeah yeah yeah » donnent à cet hommage une intensité particulière.
Puis vient l’inévitable « Common People ». Dans une version ample et jubilatoire, Jarvis Cocker transforme la Grande Scène en immense piste de danse avant de présenter, avec son humour toujours aussi British, chacun des musiciens. Candida Doyle devient la « space girl » du groupe ; une coupe de champagne à la main, elle porte un toast au public sous une pluie d’applaudissements.
Le concert s’achève avec « A Sunset ». Les huit musiciens quittent leurs instruments pour rejoindre Jarvis Cocker à l’avant de la scène dans une configuration acoustique. Cette conclusion tout en délicatesse contraste avec l’euphorie de « Common People » et offre à ces retrouvailles, près de trois décennies après leur dernier passage à Belfort, une fin aussi sobre qu’émouvante.
Les photos : ici.
Une journée à l’image des Eurockéennes
Entre les confidences poétiques de Bertrand Belin, les confirmations de President et Cardinals, les découvertes explosives de The Sophs et Gans, la parenthèse lumineuse des Lumineers et le retour magistral de Pulp, cette troisième journée aura parfaitement illustré l’ADN des Eurockéennes : faire dialoguer générations, styles et émotions dans une même ferveur.
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By Fabrice A. • Reportage Concert, Reportage Festival, Reportages • Tags: Belfort, Bertrand Belin, Cardinals, Gans, Les Eurockéennes, Les Eurockéennes de Belfort, President, Pulp, The Lumineers, The Sophs