Les Eurockéennes /

Le 03 Juillet 2026 /

Belfort (90) /

Notre avis : 5/5.


Après une première journée lancée sur les chapeaux de roue, cette deuxième journée des Eurockéennes a confirmé l’ADN du festival : faire cohabiter découvertes, singularités artistiques et déferlantes d’énergie. De la délicatesse folk de Dove Ellis au chaos jubilatoire d’Ultra Vomit, en passant par l’art-rock incandescent de Man/Woman/Chainsaw, le metal survolté de Rise Of The Northstar et les brûlots électro-punk de Sleaford Mods, la programmation a offert un panorama aussi éclectique qu’intense.

Man/Woman/Chainsaw, le chaos comme signature

Premiers à marquer les esprits, les six membres de Man/Woman/Chainsaw ont démontré pourquoi ils figurent déjà parmi les formations les plus prometteuses de la nouvelle scène Britannique. Issu de la Windmill Scene, le groupe façonne un univers sonore imprévisible où se croisent éclats noise, mélodies lumineuses et montées de tension permanentes.

L’ouverture avec « Only Girl » donne immédiatement le ton. Le concert ne relâche jamais son emprise, enchaînant « Canyons », « Get Up And Dance » et « Flick Of The Wrist », accueillie avec enthousiasme. De la déflagration de « Goddamn, Lizard Man ! » aux passages plus apaisés de « Lighter », avant un final magistral sur « Nosedive », le sextet confirme toute l’ampleur de son potentiel scénique.

À l’image de sa musique, insaisissable et foisonnante, le groupe navigue entre folk rock, post-punk et poussées de saturation. Les voix de Vera Leppänen et d’Emmie-Mae Avery apportent une douceur qui contraste avec les guitares abrasives, tandis que le violon incandescent de Clio Starwood vient enrichir les compositions. Le tout repose sur une section rythmique solide, emmenée par la frappe énergique de la batteuse Lola Cherry.

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Dove Ellis, la parenthèse suspendue

Changement total d’atmosphère avec Dove Ellis. Le jeune Irlandais installe une véritable bulle de douceur au cœur de l’après-midi, suspendant le tumulte du festival le temps d’un concert d’une rare délicatesse. Sa folk intimiste, interprétée avec beaucoup de retenue et de sensibilité, s’appuie sur une guitare épurée et une voix de falsetto saisissante, dont les envolées rappellent par instants Jeff Buckley ou Thom Yorke, sans jamais tomber dans l’imitation.

Dès les premières notes, le silence s’impose naturellement. Les compositions de Dove Ellis misent sur l’émotion brute plutôt que sur les effets, laissant toute la place à des mélodies aériennes et à une écriture profondément sincère. « Pale Song », « When You Tie Your Hair Up », « Heaven Has No Wings » ou encore « Little Left Hope » enveloppent le public dans une mélancolie lumineuse, où la fragilité devient une véritable force d’expression.

Le public réserve une attention particulière à « To The Sandals », son premier single qui lui a valu de se faire remarquer outre-Manche. L’interprétation, d’une sobriété exemplaire, met en valeur toute la finesse de son univers musical et confirme le potentiel d’un artiste déjà capable de créer une connexion immédiate avec son auditoire.

En clôturant son set avec « Nest Among Stars », Dove Ellis laisse une impression durable. Sans artifices, sans mise en scène spectaculaire, il captive simplement par la justesse de son interprétation, la pureté de sa voix et une sincérité désarmante. Une prestation tout en nuances qui rappelle que les émotions les plus fortes naissent parfois des arrangements les plus dépouillés.

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Ultra Vomit, enfin !

Il aura fallu faire preuve d’une sacrée patience. Annoncé aux Eurockéennes en 2020, puis de nouveau en 2022 et enfin en 2025, Ultra Vomit n’avait jusque-là jamais réussi à fouler la scène de la presqu’île du Malsaucy. La pandémie de Covid-19, une violente tempête puis des arrêts maladie avaient systématiquement contrarié les plans du groupe Nantais. Cette fois, la malédiction est enfin levée.

Et le quatuor n’a pas déçu. Fidèle à sa réputation, Ultra Vomit a livré un concert aussi explosif qu’hilarant, transformant les Eurockéennes en immense cour de récréation métallique. Entre riffs acérés, breaks ravageurs et humour omniprésent, le groupe enchaîne les morceaux où le metal le plus musclé côtoie les comptines, les références à la pop culture et les parodies les plus improbables. Dès les premières notes d' »Evier Metal », « Le Coq », « Doigts De Metal » ou « Quand J’Étais Petit », le ton est donné : impossible de reprendre son souffle tant le rythme est effréné.

Face à eux, le public répond avec un enthousiasme communicatif. Les festivaliers reprennent en chœur « Takoyaki », « Ricard Peinard », « Patatas Bravas », « Mortal Konkass » ou encore « Je Collectionne Des Canards (Vivants) », tandis que les pogos se multiplient dans une ambiance bon enfant. Comme souvent avec Ultra Vomit, derrière l’humour omniprésent se cache une redoutable efficacité musicale qui fait mouche à chaque titre.

L’un des sommets du concert survient avec la reprise complètement décalée de « Les Brunes Comptent Pas Pour Des Prunes » de Lio. Ce clin d’œil inattendu provoque un immense moment de communion, repris à pleins poumons par des milliers de festivaliers. La fin du set ne laisse aucun répit : « La Puissance Du Pouvoir », « Kammthaar » puis l’incontournable « A.N.U.S. » viennent conclure cette prestation dans une explosion de décibels, de fumée et de bonne humeur.

Après tant de rendez-vous manqués, cette première apparition d’Ultra Vomit aux Eurockéennes avait tout d’un événement. Longtemps attendue, elle s’est révélée à la hauteur de toutes les attentes : un concert aussi absurde que fédérateur, où l’autodérision, la virtuosité et l’énergie du groupe ont conquis un public qui n’espérait plus qu’une chose depuis cinq ans : enfin pouvoir assister à cette grande fête du metal déjanté.

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Rise Of The Northstar fait exploser la Green Room

Avec leur mélange explosif de metalcore, de groove, d’influences hip-hop et d’une esthétique directement inspirée des mangas et de la culture japonaise, Rise Of The Northstar n’a pas mis longtemps à transformer la fosse en un immense champ de bataille. Fidèle à sa réputation, le quintette Francilien a livré une prestation d’une intensité rare, où chaque morceau s’est accompagné de circle pits gigantesques, de wall of death spectaculaires et d’une foule en fusion.

Le groupe lance les festivités avec « Neo Paris », avant d’enchaîner sur « Showdown », « Welcame (Furyo State Of Mind) » et « Underrated », qui font immédiatement grimper la température d’un cran. Portés par des riffs aussi massifs que percutants, « Here Comes The Boom », « Falcon » et « One Love » entretiennent une énergie constante, ne laissant aucun répit à un public entièrement acquis à leur cause.

L’un des moments forts du concert survient avec « Back 2 Basics », dont la version en collaboration avec LANDMVRKS est accueillie avec une ferveur particulière. Repris en chœur par les festivaliers, le morceau déclenche une nouvelle vague de chaos parfaitement maîtrisé, confirmant la capacité du groupe à fédérer un public toujours plus nombreux.

Pour conclure cette démonstration de force, « A.I.R. Max » puis « Rise » viennent porter l’estocade. Dans une déferlante de puissance et d’adrénaline, Rise Of The Northstar confirme une nouvelle fois pourquoi il est considéré comme l’une des formations Françaises les plus impressionnantes sur scène. Un concert intense, fédérateur et sans le moindre temps mort, qui a durablement marqué les festivaliers.

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Sleaford Mods, colère froide venue d’Angleterre

Dix ans après leur dernier passage aux Eurockéennes, Sleaford Mods faisait son grand retour à Belfort avec une colère intacte et une urgence qui n’a rien perdu de sa pertinence. Fidèle à sa formule minimaliste, le duo Britannique continue de transformer le dépouillement en force de frappe. Derrière sa table de mixage, Andrew Fearn déroule ses productions électroniques sèches, répétitives et hypnotiques, tandis que Jason Williamson occupe le devant de la scène, débitant ses textes au vitriol avec une intensité presque suffocante.

Chroniqueur impitoyable d’une Angleterre fracturée par les inégalités, les politiques d’austérité et les dérives du pouvoir, Williamson éructe plus qu’il ne chante. Son spoken word rageur, mêlant ironie mordante, sarcasme et colère sociale, trouve un écrin idéal dans les instrumentaux minimalistes de Fearn. Une alchimie unique qui fait toute la singularité de Sleaford Mods depuis plus de quinze ans.

Le concert enchaîne les morceaux sans temps mort. De « The Good Life » à « Megaton », en passant par « UK GRIM », « Bang Someone Out » ou « Double Diamond », chaque titre agit comme une décharge électrique, porté par un public conquis qui répond à l’énergie brute du duo. L’impression de tension permanente ne retombe jamais, tant les textes résonnent avec une actualité toujours aussi brûlante.

Au milieu de cette déflagration, la reprise de « West End Girls » des Pet Shop Boys offre un contraste aussi inattendu que savoureux. Loin d’adoucir le propos, elle apporte une respiration bienvenue avant la dernière salve. « Jobseeker », « Elitest G.O.A.T » et « Tweet Tweet Tweet » viennent alors clore un set d’une redoutable efficacité, où la puissance des mots l’emporte sur tous les artifices. Dix ans après leur précédente venue, Sleaford Mods prouve qu’il demeure l’un des groupes les plus incisifs et indispensables de la scène britannique contemporaine.

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Une journée placée sous le signe des contrastes

Rarement une journée aura autant joué sur les contrastes. Entre l’avant-garde bouillonnante de Man/Woman/Chainsaw, la sensibilité de Dove Ellis, l’humour dévastateur d’Ultra Vomit, la puissance de Rise Of The Northstar et la colère sociale de Sleaford Mods, les Eurockéennes ont une nouvelle fois démontré leur capacité à réunir des univers que tout oppose… sauf leur intensité sur scène. Une deuxième journée riche en émotions, en découvertes et en décibels, fidèle à l’esprit du festival.

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