Rock En Seine /

Le 28 Août 2026 /

Saint-Cloud (92) /

Notre avis : 5/5.


Pour notre première journée au Domaine National de Saint-Cloud, Rock En Seine a déployé une affiche capable de changer radicalement de visage au fil des scènes. La folk Irlandaise de Kingfishr a ouvert la voie avant les secousses de Biffy Clyro, l’insolence de Wet Leg et la fantaisie intacte de Sparks. Kurt Vile a ensuite ralenti le mouvement, tandis que The Black Keys et Franz Ferdinand ont aligné les classiques. Mais la soirée a basculé définitivement lorsque Nick Cave a transformé le festival en une immense cérémonie rock. Rétrospective de cette première journée.

KINGFISHR – Le trèfle Irlandais prend racine

Kingfishr ouvre la journée avec cette fraîcheur propre aux groupes dont l’ascension semble soudain s’accélérer. Originaire de Limerick, le groupe formé par Eoin « Fitz » Fitzgibbon, Eddie Keogh et Eoghan « McGoo » McGrath arrive précédé par le succès de son premier album, Halcyon.

La formation s’appuie sur une folk moderne sans gommer ses racines Irlandaises. Les guitares croisent le banjo et l’harmonica, tandis que la voix de Fitz, immédiatement reconnaissable, donne aux morceaux une profondeur particulière. Kingfishr alterne naturellement les passages introspectifs et les refrains conçus pour être repris collectivement.

Lorsque les premières notes de Killeagh retentissent, la réaction du public confirme le chemin déjà parcouru. Le morceau fédère immédiatement les spectateurs et révèle ce que le groupe maîtrise le mieux : des mélodies simples, des chœurs généreux et une émotion directe qui ne cherche jamais à en faire trop.

Kingfishr possède encore l’enthousiasme de ceux qui découvrent jusqu’où leurs chansons peuvent les conduire. À Saint-Cloud, le trèfle Irlandais s’installe avec une facilité déconcertante.

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BIFFY CLYRO – Toujours au bord de l’éruption

L’atmosphère change brutalement avec Biffy Clyro. Après trois décennies de carrière, Simon Neil et les jumeaux Ben et James Johnston pourraient avancer en terrain conquis. Le trio Écossais préfère pourtant jouer chaque morceau avec la même tension qu’à ses débuts.

The Captain donne le signal, avant que That Golden Rule et Hunting Season ne durcissent immédiatement le ton. Biffy Clyro cultive toujours cet art du déséquilibre : une mélodie peut soudain se fissurer, un silence devenir menaçant et une accalmie déboucher sur une véritable déflagration.

Avec Futique, son dixième album, le groupe continue de brouiller les pistes entre post-hardcore, math-rock, rock progressif et refrains plus lumineux. A Little Love et Black Chandelier illustrent parfaitement cette amplitude, tandis que Living Is a Problem Because Everything Dies réserve un étonnant détour par I Will Always Love You de Dolly Parton.

Le trio ne relâche pas la pression avec A Hunger in Your Haunt et Goodbye, avant de retrouver deux piliers de son répertoire, Mountains et Bubbles. Les guitares prennent toute leur ampleur sans jamais étouffer les mélodies.

Many of Horror referme le concert dans un grand mouvement collectif. Trente ans après ses débuts, Biffy Clyro maîtrise toujours avec la même précision ses éruptions et ses accalmies.

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WET LEG – L’ironie change d’échelle

La Grande Scène se remplit largement pour Wet Leg. Depuis le succès fulgurant de Chaise Longue, Rhian Teasdale et Hester Chambers ont eu le temps de prouver que leur aventure ne se résumerait pas à un phénomène viral.

Désormais rejointes à part entière par Henry Holmes, Josh Mobaraki et Ellis Durand, elles présentent un groupe plus solide, parfaitement à l’aise avec les dimensions de la scène. Le récent Moisturizer prolonge cet univers où les guitares nerveuses côtoient une pop insolente, sensuelle et volontiers absurde.

Catch These Fists ouvre le set avec aplomb. Un problème technique vient ensuite interrompre Oh No, repris après son premier couplet. L’incident ne déstabilise personne et Wet Leg repart immédiatement avec cette décontraction faussement détachée qui fait partie de son identité.

Wet Dream, Liquidize et Jennifer’s Body entretiennent le mordant, tandis que Being In Love laisse apparaître une facette plus trouble. Le groupe enchaîne ensuite Pond Song, Ur Mum et Too Late Now, avant que Davina McCall et Pillow Talk ne renforcent encore le caractère décalé du concert.

L’inévitable Chaise Longue provoque une réaction massive. Le morceau conserve toute son efficacité, mais il n’écrase plus le reste du répertoire. CPR et Mangetout referment un concert qui confirme surtout une chose : Wet Leg a grandi sans perdre son irrévérence.

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SPARKS – Cinquante ans de fantaisie

Sparks demeure une merveilleuse anomalie. Depuis le début des années 1970, les frères Mael traversent les époques sans jamais se laisser enfermer dans l’une d’entre elles. Collaborations avec les Rita Mitsouko ou Franz Ferdinand, cinéma, pop, rock et expérimentations : leur parcours obéit à une logique qui n’appartient qu’à eux.

Russell Mael entre en scène dans un costume rose éclatant. Toujours mobile et théâtral, il occupe immédiatement l’espace. Derrière ses claviers, Ron Mael lui oppose son flegme légendaire et ce visage impassible devenu une signature.

So May We Start ouvre les festivités avant Do Things My Own Way et Beat The Clock. Tout est parfaitement réglé, mais cette précision ne retire rien à la folie de l’ensemble. Sparks sait rendre l’étrange familier et transformer les constructions les plus improbables en chansons immédiatement mémorables.

Ron quitte même momentanément son rôle d’observateur silencieux pour prendre le micro sur Let’s Get Funky. Music That You Can Dance To remet ensuite le mouvement au centre, avant que When Do I Get To Sing “My Way” et The Number One Song In Heaven ne rappellent la richesse d’un répertoire traversant plus d’un demi-siècle.

Avec This Town Ain’t Big Enough For Both Of Us, Sparks retrouve l’un de ses monuments. Élégance, humour, mélodies imparables et fantaisie : les frères Mael donnent une nouvelle leçon de longévité artistique.

KURT VILE & THE VIOLATORS – Les guitares prennent leur temps

Kurt Vile & The Violators ralentissent le mouvement et installent une respiration bienvenue au cœur de cette journée particulièrement dense.

L’ancien membre de The War On Drugs développe depuis plusieurs années un rock Américain détendu, légèrement brumeux, qui doit autant aux grands songwriters qu’aux dérives psychédéliques. Neil Young et Tom Petty ne sont jamais très loin, mais Kurt Vile possède désormais une écriture et un son immédiatement identifiables.

Ici, les guitares ne cherchent pas l’impact immédiat. Elles s’étirent, se croisent et laissent les morceaux avancer à leur propre allure. Le groupe installe ainsi une atmosphère contemplative, presque suspendue, sans jamais rompre le fil du concert.

Une parenthèse en apesanteur avant le retour des grandes machines à tubes.

THE BLACK KEYS – Retour au garage

Douze ans après leur dernier passage à Rock En Seine, The Black Keys retrouvent le Domaine National de Saint-Cloud. Depuis leurs débuts à Akron en 2001, Dan Auerbach et Patrick Carney ont considérablement élargi leur terrain de jeu. Sur scène, ils conservent pourtant le goût d’un rock direct, solidement ancré dans le blues et le garage.

I Got Mine ouvre le concert sans détour. Le riff impose immédiatement sa présence et la batterie frappe avec la sécheresse attendue. Gold On The Ceiling et Fever élargissent le son, avant que Next Girl et Wild Child ne remettent le groove au premier plan.

Le groupe puise ensuite dans les différentes périodes de son répertoire. Tighten Up et Howlin’ For You déclenchent les réactions les plus immédiates, tandis que Lo/Hi, Heavy Soul et l’ample Weight Of Love montrent les multiples nuances de son blues électrique.

The Black Keys remontent également à leurs racines avec I Wanna Be Your Dog des Stooges, puis Where There’s Smoke, There’s Fire de Willie Griffin. Deux reprises qui s’intègrent naturellement à un concert sans surcharge ni détour inutile.

She’s Long Gone prépare enfin l’arrivée de Lonely Boy, repris par une foule qui n’attendait que lui. The Black Keys signent un retour solide, brut et parfaitement maîtrisé.

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FRANZ FERDINAND – Une machine à danser

Avec Franz Ferdinand, les premières notes suffisent pour remettre toute la foule en mouvement. Plus de vingt ans après un premier album devenu incontournable, Alex Kapranos et ses complices conservent cette capacité à transformer chaque riff en invitation à danser.

The Dark Of The Matinée ouvre le concert et trouve immédiatement son écho dans le public. Night Or Day confirme que le groupe ne vit pas uniquement sur ses classiques, avant que Do You Want To ne déclenche les premiers grands mouvements de foule.

Alex Kapranos dédie 40’ à Sparks, passé une heure plus tôt sur la même scène. Le clin d’œil rappelle la collaboration entre les deux formations, mais surtout leur goût commun pour une pop qui refuse l’immobilité.

Franz Ferdinand entretient ensuite la cadence avec Build It Up, No You Girls et Glimpse Of Love. Black Eyelashes apporte une autre couleur, tandis que Walk Away laisse brièvement respirer l’ensemble sans faire retomber la tension.

Audacious, Michael et Love Illumination préparent l’arrivée du riff que tout le monde reconnaît dès ses premières secondes. Take Me Out ne perd rien de son pouvoir et met une nouvelle fois le public d’accord.

Avec Hooked puis This Fire, le groupe referme un concert généreux et sans temps mort. Franz Ferdinand reste une valeur sûre : les années passent, mais ses chansons continuent de faire danser avec la même insolente facilité.

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NICK CAVE & THE BAD SEEDS – La cérémonie des ombres

Il reste encore le souvenir du concert monumental livré ici même en 2022. Quatre ans plus tard, Nick Cave & The Bad Seeds reviennent avec la lourde tâche de se confronter à leur propre légende. Dès Get Ready For Love, toute comparaison devient pourtant inutile.

Ce n’est déjà plus un simple concert. C’est une cérémonie.

Quatre choristes aux accents gospel donnent aux morceaux une dimension spirituelle. Au centre de la scène, Nick Cave avance comme une immense silhouette noire, incapable de rester à distance. Il se penche vers les premiers rangs, tend les bras, serre les mains et se laisse porter par la foule. La frontière entre la scène et le public disparaît presque complètement.

À ses côtés, Warren Ellis ne tient pas en place. Son violon grince, plane ou déchire l’espace, tandis que sa présence scénique donne une force supplémentaire à cette musique tour à tour inquiétante, majestueuse et lumineuse.

From Her To Eternity plonge Saint-Cloud dans les ténèbres. Nick Cave présente ensuite Train Long-Suffering comme la dernière interprétation du morceau, donnant à l’instant une intensité particulière.

Avec O Children, les voix s’élèvent et le concert prend des allures de célébration collective. Tupelo fait gronder l’orage, tandis que Carnage, Joy et Rings Of Saturn mêlent le rock, le gospel, la soul et la poésie dans un même mouvement.

Janet Ramus rejoint Nick Cave sur Henry Lee pour un duo d’une grande intensité. La tension ne cesse ensuite de monter. The Mercy Seat frappe avec toute sa noirceur, Papa Won’t Leave You, Henry emporte le groupe dans une nouvelle déflagration et Red Right Hand étend son ombre familière sur le Domaine.

Une erreur de paroles oblige Nick Cave à recommencer ce dernier morceau. L’incident ne brise rien. Il apporte au contraire une fragilité inattendue à une prestation qui semblait jusque-là dépasser toute mesure humaine.

The Weeping Song et Jubilee Street prolongent cette relation presque physique avec le public. Puis Hollywood étire ses paysages sombres et ouvre lentement la voie vers le dépouillement final.

Les musiciens quittent alors la scène. Nick Cave reste seul derrière son piano.

Il entame Into My Arms.

Plus de déflagration, plus de violon, plus de chœurs. Une voix, quelques notes et un public suspendu au silence qui les entoure. Après avoir passé tout le concert à chercher les mains et les regards, Nick Cave termine dans une sobriété bouleversante.

Lorsque les dernières notes disparaissent dans la nuit, une seule silhouette semble encore occuper la scène.

Une dernière chanson comme une prière.

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Photos by Deadly Sexy Carl / Carl Curtis

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