Deuxième jour pour nous au Domaine National de Saint-Cloud. Après un vendredi déjà particulièrement dense, Rock en Seine a remis le couvert sous un ciel nettement moins coopératif. Dès les premières heures, la pluie a transformé les allées en terrain glissant et les festivaliers en spécialistes du poncho, de la capuche et du parapluie. Il en fallait pourtant davantage pour refroidir les ardeurs. Une fois les premiers amplis allumés, la météo est passée rapidement au second plan. Entre punk frontal, hardcore ouvert à tous les possibles, rock garage, metalcore et grandes envolées alternatives, cette journée a même fait sérieusement grimper la température.
MANNEQUIN PUSSY – La pluie n’arrête pas la colère
C’est sous un ciel uniformément gris que nous retrouvons Mannequin Pussy. La pluie tombe avec application, mais les premiers rangs sont déjà bien remplis. Il ne faut d’ailleurs que quelques minutes au groupe de Philadelphie pour faire oublier les conditions météorologiques.
Chez Mannequin Pussy, rien ne reste longtemps à sa place. Une mélodie lumineuse peut basculer sans prévenir dans la déflagration électrique, tandis qu’une guitare abrasive s’efface soudain derrière une respiration presque indie rock. La douceur et la rage se côtoient, se heurtent et finissent par ne plus former qu’un seul langage.
Au centre de cette tension permanente, Marisa « Missy » Dabice donne tout. Le regard, la voix et les attitudes participent à cette impression d’urgence qui traverse le concert. À ses côtés, les guitares de Maxine Steen lacèrent l’espace, la batterie de Kaleen Reading frappe avec détermination et la basse de Colins « Bear » Regisford maintient solidement l’ensemble.
Les morceaux de I Got Heaven, paru en 2024 chez Epitaph, prennent ici une dimension particulièrement physique. Mannequin Pussy ne se contente pas de les interpréter : le groupe les expose, les bouscule et les transforme sous nos yeux. Lorsque Missy Dabice réclame d’être vénérée, le public ne semble pas disposé à discuter.
La pluie continue de tomber. Devant la scène, plus personne ne s’en soucie vraiment. Première claque de la journée.
NOVELISTS – Sous les nuages, les guitares s’alourdissent
À peine remis de cette première secousse, nous changeons complètement d’univers avec Novelists. Le ciel s’assombrit encore et donne au Domaine une allure presque irréelle. Dès que les premières notes résonnent, le décor devient pourtant secondaire.
Fondé en 2013 par les frères Amael et Florestan Durand, Novelists a depuis longtemps installé son metalcore mélodique parmi les valeurs sûres de la scène Française. Avec Camille Contreras au chant depuis 2023, le groupe semble avoir trouvé un nouvel équilibre entre puissance frontale et envolées plus aériennes.
All For Nothing lance les festivités avec des riffs massifs et une rythmique d’une précision redoutable. Prisoner prolonge la charge avant que Heretic, interprété avec Florent Salfati en invité, ne fasse encore monter l’intensité. Dans la fosse, les premiers circle pits se dessinent sur un sol pourtant détrempé.
Novelists ne laisse ensuite aucun temps mort. In Heaven, Say My Name et Mourning The Dawn alternent impacts métalliques et respirations mélodiques, sans jamais relâcher la pression. CRC et Coda poursuivent cette démonstration, avant qu’un ultime Turn It Up ne libère les dernières forces du public.
Ça saute, ça headbangue et ça se bouscule avec le sourire. Novelists quitte la scène après avoir définitivement réveillé les festivaliers. Le metal Français est en ordre de marche.
LAMBRINI GIRLS – Le punk sort les crocs
Puisque la météo semble décidée à tester tout le monde, autant lui répondre avec du punk. Lambrini Girls débarque avec la discrétion d’une alarme incendie et un backdrop qui va faire causer : « FUCK MARINE LE PEN ».
Le message est posé. Place au bruit.
Depuis leurs débuts, les musiciennes de Brighton construisent un punk aussi frontal que revendicatif. Homophobie, transphobie, masculinisme, violences policières, droits des femmes ou neurodiversité : aucun sujet n’est contourné. Mais loin du discours figé, Lambrini Girls transforme chaque prise de position en décharge sonore.
God’s Country lance l’assaut, avant que No Homo, Craig David, Big Dick Energy et Cuntology 101 ne réduisent à néant toute tentative de rester tranquillement au fond du public. C’est brut, provocateur, drôle, politique et furieusement vivant.
Le groupe produit un vacarme qui semble parfois provenir d’une armée entière. Les morceaux claquent, les slogans fusent et la scène devient un espace de confrontation joyeuse où l’ironie se mêle à une colère parfaitement assumée.
Un concert de Lambrini Girls ne se regarde pas vraiment. Il se prend en pleine figure.
Après cette tempête punk, changement de génération avec AFI. Plus de trois décennies au compteur et toujours cette capacité à faire cohabiter punk hardcore, rock alternatif, emo et atmosphères gothiques sans jamais perdre son identité.
Davey Havok apparaît et c’est tout un pan de l’histoire du rock Américain qui remonte à la surface. Girl’s Not Grey déclenche immédiatement les premiers grands chants du public, bientôt prolongés par Love Like Winter, Holy Visions et Beautiful Thieves.
AFI ne cherche pas à courir dans tous les sens. Le groupe possède l’assurance des formations qui savent exactement ce qu’elles représentent. Chaque geste est maîtrisé, chaque montée dramatique soigneusement installée. Begging For Trouble, Marguerite et I Hope You Suffer entretiennent cette tension sombre, élégante et toujours profondément mélodique.
Lorsque retentissent 17 Crimes, Behind The Clock puis The Days Of The Phoenix, les souvenirs remontent chez une bonne partie des festivaliers. Silver And Cold offre un nouveau moment de communion avant qu’un incontournable Miss Murder ne mette tout le monde d’accord.
Trois décennies après ses débuts, AFI n’a rien perdu de son pouvoir d’attraction. La flamme est toujours là.
Retour au présent avec Dynamite Shakers. Les Vendéens avaient déjà marqué Rock En Seine en 2024. Deux ans plus tard, ils reviennent avec la même envie : faire parler les amplis et rappeler que le rock Français possède encore quelques sérieux arguments.
Riffs nerveux, batterie lancée à pleine vitesse, énergie juvénile et attitude rock’n’roll : le quatuor attaque Équipage Ravage comme s’il disposait de quelques minutes pour convaincre les derniers sceptiques. Scellé Au Sol, Juste Pour Toi et Cinéma prolongent cette course sans détour.
La reprise de C’est Comme Ça des Rita Mitsouko arrive ensuite avec un naturel désarmant. Le groupe s’approprie le morceau sans chercher à le dénaturer, en accentuant simplement son mordant et sa tension électrique.
Dynamite Shakers revendique volontiers l’héritage des Dogs, des Libertines ou des Arctic Monkeys, mais ne se contente jamais d’en reproduire les recettes. Get Lost, Ridiculous, Nightclub et What’s Goin’ On ? terminent un concert mené pied au plancher.
Le rock n’est pas mort. Il a simplement changé de génération.
Il est maintenant temps de passer à la vitesse supérieure. LANDMVRKS arrive avec cette réputation de groupe capable d’élargir les frontières du metalcore tout en conservant une force de frappe impressionnante. Dès Creature, le ton est donné.
Le son est énorme. Death et A Line In The Dust enfoncent le clou avec des riffs massifs, des breaks qui soulèvent la fosse et une précision qui ne sacrifie jamais l’urgence. Florent Salfati passe de la rage pure aux passages mélodiques avec une facilité déconcertante.
Sulfur et Scars rendent bientôt toute immobilité impossible. La Valse Du Temps apporte une respiration bienvenue, laissant apparaître une autre facette du groupe, avant que Lost In A Wave ne relance brutalement la machine. À cet instant, le public est totalement acquis à la cause des Marseillais.
Rainfall, Blood Red, Suffocate et Sombre 16 transforment progressivement l’espace devant la scène en immense zone de défoulement. Les corps bondissent, les circle pits s’élargissent et chaque break déclenche une nouvelle vague.
Avec Requiem puis Self-Made Black Hole, LANDMVRKS termine sur une démonstration qui mesure le chemin parcouru. Une véritable machine de guerre, certes, mais une machine capable de laisser entrer la lumière entre deux impacts.
Direction Londres avec High Vis, dont la musique évolue quelque part entre punk hardcore et indie rock. Un territoire où la colère ne devient jamais un simple effet de style, mais conserve quelque chose de profondément humain.
Graham Sayle ne joue pas les frontmen inaccessibles. Micro en main, il échange, interpelle et transmet chaque mot avec une intensité viscérale. Drop Me Out ouvre le concert avant que Walking Wires, Talk For Hours et Out Cold ne dévoilent toute la richesse du groupe.
La musique reste tendue, mais refuse l’uniformité. Les guitares savent se faire lumineuses, presque aériennes, avant de retrouver leur tranchant. La section rythmique maintient constamment la pression tandis que la voix de Graham Sayle porte une urgence qui ne semble jamais feinte.
À travers Mob DLA, Guided Tour et 0151, High Vis aborde la santé mentale, les inégalités sociales et le poids d’un quotidien qui laisse parfois peu de place à l’espoir. The Bastard Inside, Choose To Lose, Mind’s A Lie et Trauma Bonds achèvent un set aussi puissant que sincère.
Chez High Vis, la colère n’est pas une posture. Elle est vécue, partagée et transformée en énergie collective.
AMYL & THE SNIFFERS – Amy Taylor met le feu aux poudres
Et puis, soudain, tout bascule.
Amyl & The Sniffers arrive. Leur passage de 2023 reste encore bien présent dans les mémoires et une question se pose : le groupe peut-il faire aussi fort ?
La réponse ne tarde pas. Oui. Et même davantage.
Amy Taylor entre en scène comme une tornade. Control, Do It Do It et Cup Of Destiny placent immédiatement le public sous pression, avant que U Should Not Be Doing That ne fasse bondir toute la fosse.
La chanteuse arpente la scène, provoque, sourit et hurle avec ce mélange de danger et de malice qui lui appartient. Impossible de détourner le regard. Security, Doing In Me Head et Guided By Angels ne laissent pas une seconde de répit.
Le punk garage d’Amyl & The Sniffers est conçu pour la scène : direct, sauvage, sale juste ce qu’il faut et d’une efficacité redoutable. Balaclava Lover Boogie, Facts, Me And The Girls et Pleasure Forever s’enchaînent dans une impressionnante débauche d’énergie.
Avec Big Dreams, Chewing Gum et Tiny Bikini, le groupe montre aussi qu’il sait faire passer quelques mélodies accrocheuses au milieu du chaos. Mais Amy Taylor ne ralentit jamais vraiment. Got You, Jerkin’ et Hertz achèvent de transformer le public en membre à part entière du spectacle.
Some Mutts (Can’t Be Muzzled) puis GFY mettent un terme à cette nouvelle démonstration de force. Après une telle tornade, difficile d’imaginer plus intense.
Depuis son passage à Rock En Seine en 2023, Turnstile a changé de dimension. Le groupe Américain continue pourtant de suivre la même ligne : prendre le hardcore, lui ouvrir toutes les portes et observer jusqu’où il peut aller.
Pop, funk, synthés, nu metal ou mélodies presque rêveuses : tout peut désormais entrer dans l’univers Turnstile, à condition de servir cette énergie collective qui reste au cœur du projet.
Il y a énormément de monde au pied de la scène.
Birds lance le set et la réaction du public est immédiate. Real Thing, Don’t Play et Holiday maintiennent la fosse en mouvement permanent, entre pogos, sauts et mouvements de foule.
Puis vient Blackout.
Une véritable déferlante traverse le public. Turnstile possède cette capacité rare à faire danser et pogoter les mêmes personnes au cours d’un seul morceau. Les riffs frappent, les mélodies s’accrochent instantanément et chaque break provoque une nouvelle secousse.
T.L.C. (Turnstile Love Connection) vient conclure cette démonstration. Turnstile a commencé dans le hardcore, mais joue désormais devant un public qui dépasse très largement les frontières du genre. Le groupe ne renie rien de ses origines : il en redessine simplement les contours.
C’est précisément ce qui le rend aussi passionnant.
La nuit s’est installée sur le Domaine National de Saint-Cloud. Le public se resserre, les conversations deviennent moins nombreuses et une attente particulière se fait sentir.
Deftones.
Il y a les groupes que l’on vient voir. Et puis il y a ceux dont on attend le concert comme un rendez-vous. Chino Moreno et sa bande appartiennent clairement à la seconde catégorie.
Depuis 1988, Deftones construit une musique impossible à enfermer. Metal, shoegaze, rock alternatif, nappes vaporeuses et explosions électriques s’y entremêlent sans jamais suivre les règles établies. Une identité qui a traversé les décennies sans perdre son mystère.
Dès les premières notes de Be Quiet And Drive (Far Away), Saint-Cloud semble suspendre son souffle. Les guitares emplissent l’espace tandis que la voix de Chino Moreno flotte au-dessus de la foule avant de libérer toute sa puissance.
Swerve City puis Around The Fur font immédiatement remonter la température. Cherry Waves plonge ensuite le site dans une atmosphère presque hypnotique, avant que Feiticeira ne rappelle que derrière ses nappes mélancoliques, Deftones reste une formidable machine rock.
Rosemary, My Mind Is A Mountain et Locked Club dessinent de nouvelles nuances dans la nuit. Chaque morceau semble posséder sa propre couleur, sa propre densité, son propre mouvement.
Puis arrive Entombed.
Le temps paraît soudain ralentir. Les lumières, les voix et les guitares se rejoignent dans un moment suspendu, fragile, presque irréel. Rocket Skates vient aussitôt tout faire voler en éclats et ramène la puissance au premier plan.
Risk, Sextape et Infinite Source entretiennent ce jeu de contrastes permanent. Deftones enveloppe autant qu’il frappe, apaise avant de laisser surgir la violence.
Et puis les premières notes de My Own Summer (Shove It) retentissent.
La foule reconnaît immédiatement le morceau et reprend ses paroles. Près de trente ans après sa sortie, l’effet demeure intact. Milk Of The Madonna prolonge le concert avant que les musiciens ne quittent une première fois la scène.
Personne ne bouge.
Le rappel s’ouvre avec Change (In The House Of Flies). Les voix du public se mêlent à celle de Chino Moreno.
Deftones choisit finalement 7 Words pour refermer la soirée. Une dernière accélération, quelques ultimes riffs et autant de cris libérés dans la nuit.
Le 29 Août 2026 /
Saint-Cloud (92) /
Notre avis : 5/5.
Deuxième jour pour nous au Domaine National de Saint-Cloud. Après un vendredi déjà particulièrement dense, Rock en Seine a remis le couvert sous un ciel nettement moins coopératif. Dès les premières heures, la pluie a transformé les allées en terrain glissant et les festivaliers en spécialistes du poncho, de la capuche et du parapluie. Il en fallait pourtant davantage pour refroidir les ardeurs. Une fois les premiers amplis allumés, la météo est passée rapidement au second plan. Entre punk frontal, hardcore ouvert à tous les possibles, rock garage, metalcore et grandes envolées alternatives, cette journée a même fait sérieusement grimper la température.
MANNEQUIN PUSSY – La pluie n’arrête pas la colère
C’est sous un ciel uniformément gris que nous retrouvons Mannequin Pussy. La pluie tombe avec application, mais les premiers rangs sont déjà bien remplis. Il ne faut d’ailleurs que quelques minutes au groupe de Philadelphie pour faire oublier les conditions météorologiques.
Chez Mannequin Pussy, rien ne reste longtemps à sa place. Une mélodie lumineuse peut basculer sans prévenir dans la déflagration électrique, tandis qu’une guitare abrasive s’efface soudain derrière une respiration presque indie rock. La douceur et la rage se côtoient, se heurtent et finissent par ne plus former qu’un seul langage.
Au centre de cette tension permanente, Marisa « Missy » Dabice donne tout. Le regard, la voix et les attitudes participent à cette impression d’urgence qui traverse le concert. À ses côtés, les guitares de Maxine Steen lacèrent l’espace, la batterie de Kaleen Reading frappe avec détermination et la basse de Colins « Bear » Regisford maintient solidement l’ensemble.
Les morceaux de I Got Heaven, paru en 2024 chez Epitaph, prennent ici une dimension particulièrement physique. Mannequin Pussy ne se contente pas de les interpréter : le groupe les expose, les bouscule et les transforme sous nos yeux. Lorsque Missy Dabice réclame d’être vénérée, le public ne semble pas disposé à discuter.
La pluie continue de tomber. Devant la scène, plus personne ne s’en soucie vraiment. Première claque de la journée.
Les photos : ici.
NOVELISTS – Sous les nuages, les guitares s’alourdissent
À peine remis de cette première secousse, nous changeons complètement d’univers avec Novelists. Le ciel s’assombrit encore et donne au Domaine une allure presque irréelle. Dès que les premières notes résonnent, le décor devient pourtant secondaire.
Fondé en 2013 par les frères Amael et Florestan Durand, Novelists a depuis longtemps installé son metalcore mélodique parmi les valeurs sûres de la scène Française. Avec Camille Contreras au chant depuis 2023, le groupe semble avoir trouvé un nouvel équilibre entre puissance frontale et envolées plus aériennes.
All For Nothing lance les festivités avec des riffs massifs et une rythmique d’une précision redoutable. Prisoner prolonge la charge avant que Heretic, interprété avec Florent Salfati en invité, ne fasse encore monter l’intensité. Dans la fosse, les premiers circle pits se dessinent sur un sol pourtant détrempé.
Novelists ne laisse ensuite aucun temps mort. In Heaven, Say My Name et Mourning The Dawn alternent impacts métalliques et respirations mélodiques, sans jamais relâcher la pression. CRC et Coda poursuivent cette démonstration, avant qu’un ultime Turn It Up ne libère les dernières forces du public.
Ça saute, ça headbangue et ça se bouscule avec le sourire. Novelists quitte la scène après avoir définitivement réveillé les festivaliers. Le metal Français est en ordre de marche.
LAMBRINI GIRLS – Le punk sort les crocs
Puisque la météo semble décidée à tester tout le monde, autant lui répondre avec du punk. Lambrini Girls débarque avec la discrétion d’une alarme incendie et un backdrop qui va faire causer : « FUCK MARINE LE PEN ».
Le message est posé. Place au bruit.
Depuis leurs débuts, les musiciennes de Brighton construisent un punk aussi frontal que revendicatif. Homophobie, transphobie, masculinisme, violences policières, droits des femmes ou neurodiversité : aucun sujet n’est contourné. Mais loin du discours figé, Lambrini Girls transforme chaque prise de position en décharge sonore.
God’s Country lance l’assaut, avant que No Homo, Craig David, Big Dick Energy et Cuntology 101 ne réduisent à néant toute tentative de rester tranquillement au fond du public. C’est brut, provocateur, drôle, politique et furieusement vivant.
Le groupe produit un vacarme qui semble parfois provenir d’une armée entière. Les morceaux claquent, les slogans fusent et la scène devient un espace de confrontation joyeuse où l’ironie se mêle à une colère parfaitement assumée.
Un concert de Lambrini Girls ne se regarde pas vraiment. Il se prend en pleine figure.
Les photos : ici.
AFI – Les années passent, la flamme reste
Après cette tempête punk, changement de génération avec AFI. Plus de trois décennies au compteur et toujours cette capacité à faire cohabiter punk hardcore, rock alternatif, emo et atmosphères gothiques sans jamais perdre son identité.
Davey Havok apparaît et c’est tout un pan de l’histoire du rock Américain qui remonte à la surface. Girl’s Not Grey déclenche immédiatement les premiers grands chants du public, bientôt prolongés par Love Like Winter, Holy Visions et Beautiful Thieves.
AFI ne cherche pas à courir dans tous les sens. Le groupe possède l’assurance des formations qui savent exactement ce qu’elles représentent. Chaque geste est maîtrisé, chaque montée dramatique soigneusement installée. Begging For Trouble, Marguerite et I Hope You Suffer entretiennent cette tension sombre, élégante et toujours profondément mélodique.
Lorsque retentissent 17 Crimes, Behind The Clock puis The Days Of The Phoenix, les souvenirs remontent chez une bonne partie des festivaliers. Silver And Cold offre un nouveau moment de communion avant qu’un incontournable Miss Murder ne mette tout le monde d’accord.
Trois décennies après ses débuts, AFI n’a rien perdu de son pouvoir d’attraction. La flamme est toujours là.
Les photos : ici.
DYNAMITE SHAKERS – Le rock repart à l’attaque
Retour au présent avec Dynamite Shakers. Les Vendéens avaient déjà marqué Rock En Seine en 2024. Deux ans plus tard, ils reviennent avec la même envie : faire parler les amplis et rappeler que le rock Français possède encore quelques sérieux arguments.
Riffs nerveux, batterie lancée à pleine vitesse, énergie juvénile et attitude rock’n’roll : le quatuor attaque Équipage Ravage comme s’il disposait de quelques minutes pour convaincre les derniers sceptiques. Scellé Au Sol, Juste Pour Toi et Cinéma prolongent cette course sans détour.
La reprise de C’est Comme Ça des Rita Mitsouko arrive ensuite avec un naturel désarmant. Le groupe s’approprie le morceau sans chercher à le dénaturer, en accentuant simplement son mordant et sa tension électrique.
Dynamite Shakers revendique volontiers l’héritage des Dogs, des Libertines ou des Arctic Monkeys, mais ne se contente jamais d’en reproduire les recettes. Get Lost, Ridiculous, Nightclub et What’s Goin’ On ? terminent un concert mené pied au plancher.
Le rock n’est pas mort. Il a simplement changé de génération.
Les photos : ici.
LANDMVRKS – Marseille prend d’assaut Saint-Cloud
Il est maintenant temps de passer à la vitesse supérieure. LANDMVRKS arrive avec cette réputation de groupe capable d’élargir les frontières du metalcore tout en conservant une force de frappe impressionnante. Dès Creature, le ton est donné.
Le son est énorme. Death et A Line In The Dust enfoncent le clou avec des riffs massifs, des breaks qui soulèvent la fosse et une précision qui ne sacrifie jamais l’urgence. Florent Salfati passe de la rage pure aux passages mélodiques avec une facilité déconcertante.
Sulfur et Scars rendent bientôt toute immobilité impossible. La Valse Du Temps apporte une respiration bienvenue, laissant apparaître une autre facette du groupe, avant que Lost In A Wave ne relance brutalement la machine. À cet instant, le public est totalement acquis à la cause des Marseillais.
Rainfall, Blood Red, Suffocate et Sombre 16 transforment progressivement l’espace devant la scène en immense zone de défoulement. Les corps bondissent, les circle pits s’élargissent et chaque break déclenche une nouvelle vague.
Avec Requiem puis Self-Made Black Hole, LANDMVRKS termine sur une démonstration qui mesure le chemin parcouru. Une véritable machine de guerre, certes, mais une machine capable de laisser entrer la lumière entre deux impacts.
Les photos : ici.
HIGH VIS – La rage à visage humain
Direction Londres avec High Vis, dont la musique évolue quelque part entre punk hardcore et indie rock. Un territoire où la colère ne devient jamais un simple effet de style, mais conserve quelque chose de profondément humain.
Graham Sayle ne joue pas les frontmen inaccessibles. Micro en main, il échange, interpelle et transmet chaque mot avec une intensité viscérale. Drop Me Out ouvre le concert avant que Walking Wires, Talk For Hours et Out Cold ne dévoilent toute la richesse du groupe.
La musique reste tendue, mais refuse l’uniformité. Les guitares savent se faire lumineuses, presque aériennes, avant de retrouver leur tranchant. La section rythmique maintient constamment la pression tandis que la voix de Graham Sayle porte une urgence qui ne semble jamais feinte.
À travers Mob DLA, Guided Tour et 0151, High Vis aborde la santé mentale, les inégalités sociales et le poids d’un quotidien qui laisse parfois peu de place à l’espoir. The Bastard Inside, Choose To Lose, Mind’s A Lie et Trauma Bonds achèvent un set aussi puissant que sincère.
Chez High Vis, la colère n’est pas une posture. Elle est vécue, partagée et transformée en énergie collective.
Les photos : ici.
AMYL & THE SNIFFERS – Amy Taylor met le feu aux poudres
Et puis, soudain, tout bascule.
Amyl & The Sniffers arrive. Leur passage de 2023 reste encore bien présent dans les mémoires et une question se pose : le groupe peut-il faire aussi fort ?
La réponse ne tarde pas. Oui. Et même davantage.
Amy Taylor entre en scène comme une tornade. Control, Do It Do It et Cup Of Destiny placent immédiatement le public sous pression, avant que U Should Not Be Doing That ne fasse bondir toute la fosse.
La chanteuse arpente la scène, provoque, sourit et hurle avec ce mélange de danger et de malice qui lui appartient. Impossible de détourner le regard. Security, Doing In Me Head et Guided By Angels ne laissent pas une seconde de répit.
Le punk garage d’Amyl & The Sniffers est conçu pour la scène : direct, sauvage, sale juste ce qu’il faut et d’une efficacité redoutable. Balaclava Lover Boogie, Facts, Me And The Girls et Pleasure Forever s’enchaînent dans une impressionnante débauche d’énergie.
Avec Big Dreams, Chewing Gum et Tiny Bikini, le groupe montre aussi qu’il sait faire passer quelques mélodies accrocheuses au milieu du chaos. Mais Amy Taylor ne ralentit jamais vraiment. Got You, Jerkin’ et Hertz achèvent de transformer le public en membre à part entière du spectacle.
Some Mutts (Can’t Be Muzzled) puis GFY mettent un terme à cette nouvelle démonstration de force. Après une telle tornade, difficile d’imaginer plus intense.
Sauf peut-être avec ce qui arrive ensuite.
Les photos : ici.
TURNSTILE – Le hardcore change les règles
Depuis son passage à Rock En Seine en 2023, Turnstile a changé de dimension. Le groupe Américain continue pourtant de suivre la même ligne : prendre le hardcore, lui ouvrir toutes les portes et observer jusqu’où il peut aller.
Pop, funk, synthés, nu metal ou mélodies presque rêveuses : tout peut désormais entrer dans l’univers Turnstile, à condition de servir cette énergie collective qui reste au cœur du projet.
Il y a énormément de monde au pied de la scène.
Birds lance le set et la réaction du public est immédiate. Real Thing, Don’t Play et Holiday maintiennent la fosse en mouvement permanent, entre pogos, sauts et mouvements de foule.
Puis vient Blackout.
Une véritable déferlante traverse le public. Turnstile possède cette capacité rare à faire danser et pogoter les mêmes personnes au cours d’un seul morceau. Les riffs frappent, les mélodies s’accrochent instantanément et chaque break provoque une nouvelle secousse.
T.L.C. (Turnstile Love Connection) vient conclure cette démonstration. Turnstile a commencé dans le hardcore, mais joue désormais devant un public qui dépasse très largement les frontières du genre. Le groupe ne renie rien de ses origines : il en redessine simplement les contours.
C’est précisément ce qui le rend aussi passionnant.
Les photos : ici.
DEFTONES – Une grande messe à Saint-Cloud
La nuit s’est installée sur le Domaine National de Saint-Cloud. Le public se resserre, les conversations deviennent moins nombreuses et une attente particulière se fait sentir.
Deftones.
Il y a les groupes que l’on vient voir. Et puis il y a ceux dont on attend le concert comme un rendez-vous. Chino Moreno et sa bande appartiennent clairement à la seconde catégorie.
Depuis 1988, Deftones construit une musique impossible à enfermer. Metal, shoegaze, rock alternatif, nappes vaporeuses et explosions électriques s’y entremêlent sans jamais suivre les règles établies. Une identité qui a traversé les décennies sans perdre son mystère.
Dès les premières notes de Be Quiet And Drive (Far Away), Saint-Cloud semble suspendre son souffle. Les guitares emplissent l’espace tandis que la voix de Chino Moreno flotte au-dessus de la foule avant de libérer toute sa puissance.
Swerve City puis Around The Fur font immédiatement remonter la température. Cherry Waves plonge ensuite le site dans une atmosphère presque hypnotique, avant que Feiticeira ne rappelle que derrière ses nappes mélancoliques, Deftones reste une formidable machine rock.
Rosemary, My Mind Is A Mountain et Locked Club dessinent de nouvelles nuances dans la nuit. Chaque morceau semble posséder sa propre couleur, sa propre densité, son propre mouvement.
Puis arrive Entombed.
Le temps paraît soudain ralentir. Les lumières, les voix et les guitares se rejoignent dans un moment suspendu, fragile, presque irréel. Rocket Skates vient aussitôt tout faire voler en éclats et ramène la puissance au premier plan.
Risk, Sextape et Infinite Source entretiennent ce jeu de contrastes permanent. Deftones enveloppe autant qu’il frappe, apaise avant de laisser surgir la violence.
Et puis les premières notes de My Own Summer (Shove It) retentissent.
La foule reconnaît immédiatement le morceau et reprend ses paroles. Près de trente ans après sa sortie, l’effet demeure intact. Milk Of The Madonna prolonge le concert avant que les musiciens ne quittent une première fois la scène.
Personne ne bouge.
Le rappel s’ouvre avec Change (In The House Of Flies). Les voix du public se mêlent à celle de Chino Moreno.
Deftones choisit finalement 7 Words pour refermer la soirée. Une dernière accélération, quelques ultimes riffs et autant de cris libérés dans la nuit.
La grande messe est terminée.
Les photos : ici.
Photos by Deadly Sexy Carl / Carl Curtis
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By Fabrice A. • Reportage Concert, Reportage Festival, Reportages 0 • Tags: AFI, Amyl & The Sniffers, Deftones, Dynamite Shakers, High Vis, Lambrini Girls, Landmvrks, Mannequin Pussy, Novelists, Rock en Seine, Turnstile