Hellfest /

Le 19 Juin 2026 /

Clisson (44) /

Notre avis : 5/5.


Après une première journée déjà exceptionnelle, ce vendredi au Hellfest 2026 a confirmé que cette édition restera dans les annales. Entre les adieux bouleversants de Sepultura, le retour en grâce d’Iron Maiden, la démonstration de force de Helloween ou encore les prestations marquantes de Mastodon, Opeth et Sabaton, les festivaliers ont vécu une journée d’une intensité rare.

Sepultura : un dernier rituel chargé d’émotion

C’est avec une émotion palpable que Sepultura foule une nouvelle fois les planches du Hellfest dans le cadre de sa tournée d’adieu. Après plus de quarante années à façonner l’histoire du metal, le groupe Brésilien s’apprête à tirer sa révérence, et chaque apparition prend des allures de célébration autant que de dernier hommage. Dès les premières notes de « Inner Self », la Main Stage explose. Le morceau est repris en chœur par un public entièrement acquis à la cause du quatuor, offrant d’emblée une communion intense entre le groupe et ses fans.

La setlist balaie plusieurs décennies d’une carrière exceptionnelle. « All Souls Rising », « Kairos », « Attitude » et « The Place » rappellent la richesse d’un répertoire capable de mêler puissance, groove et influences tribales. Chaque titre déclenche un nouveau déferlement de circle pits et de slams, tandis qu’Andreas Kisser et Derrick Green livrent une prestation habitée, portée par une énergie qui semble défier les années.

Le concert atteint ensuite un sommet d’émotion lorsque les écrans géants diffusent les images historiques de l’enregistrement de Roots auprès de la tribu Xavante, au cœur du Brésil. Ce retour aux sources rappelle combien Sepultura a marqué durablement le metal en intégrant des sonorités et une identité culturelle uniques. Dans une ambiance soudain plus recueillie, « Kaiowas » résonne comme un hommage poignant aux peuples autochtones et à l’héritage du groupe.

Ce moment suspendu débouche sur une spectaculaire jam de percussions réunissant Alissa White-Gluz, ainsi que des membres de Crypta, Kreator et Megadeth. Cette réunion d’artistes transforme la scène en une immense célébration collective, où les rythmes tribaux prennent toute leur ampleur sous les acclamations du public.

La dernière ligne droite est tout simplement irrésistible. « Refuse/Resist » fait rugir la foule, « Arise » déclenche une nouvelle vague de chaos parfaitement maîtrisé, tandis que « Ratamahatta » enflamme la Main Stage grâce à son groove inimitable. Enfin, « Roots Bloody Roots » vient conclure ce moment historique dans une explosion de décibels, de fumigènes et de poings levés. La Main Stage se transforme en un gigantesque champ de bataille où des milliers de festivaliers célèbrent une ultime fois l’un des groupes les plus influents de l’histoire du metal. Un adieu à la hauteur de l’héritage immense laissé par Sepultura, entre puissance, émotion et respect unanime.

Les photos de la soirée : ici.

Ceremony : une découverte intense

À peine les Californiens de Ceremony montent-ils sur la scène de la Warzone que l’atmosphère change radicalement. Fidèle à sa réputation, le groupe ne perd pas une seconde et déclenche une véritable déflagration avec un enchaînement de morceaux expédiés à toute vitesse. Les premiers rangs explosent instantanément en circle pits et en stage dives, tandis que Ross Farrar arpente la scène avec une intensité presque hypnotique.

Puisant dans toutes les périodes de sa carrière, Ceremony alterne les assauts hardcore de ses débuts et les compositions plus post-punk qui ont façonné son évolution au fil des années. Loin de dérouter le public, cette diversité donne au concert une dynamique permanente, où les passages les plus abrasifs côtoient des moments plus mélodiques sans jamais faire retomber la tension.

La prestation impressionne par son absence totale d’artifices. Aucun décor spectaculaire, aucun effet superflu : uniquement cinq musiciens concentrés sur l’essentiel. Les guitares tranchantes, la section rythmique implacable et le chant habité de Farrar suffisent à maintenir une pression constante pendant toute la durée du set. La proximité entre le groupe et le public fait le reste, transformant la Warzone en une véritable fournaise.

Le public répond avec une ferveur exemplaire. Les slams s’enchaînent sans interruption, les barrières de sécurité sont mises à rude épreuve et chaque refrain est repris avec une énergie communicative. Cette communion rappelle pourquoi Ceremony demeure une référence incontournable de la scène hardcore moderne, capable de rassembler aussi bien les puristes que les amateurs de punk plus contemporain.

En un peu moins d’une heure, Ceremony livre une prestation dense, nerveuse et sans le moindre temps mort. Une démonstration de maîtrise et d’authenticité qui confirme que le groupe reste l’un des meilleurs représentants d’une scène hardcore toujours aussi vivante. Les Californiens laissent derrière eux un public conquis et une fosse encore fumante.

Les photos de la soirée : ici.

Helloween célèbre toute son histoire

Les « Citrouilles Allemandes » poursuivent leur tournée anniversaire avec une prestation aussi généreuse que fédératrice. Devant une Main Stage copieusement garnie, Helloween célèbre plus de quarante ans de carrière avec un enthousiasme communicatif. La formule à sept musiciens, réunissant notamment Michael Kiske, Andi Deris et Kai Hansen, fonctionne à merveille et permet au groupe de revisiter son immense répertoire dans une ambiance de véritable fête du power metal.

Dès les premières notes de « March Of Time », la magie opère. Les milliers de voix présentes reprennent immédiatement le refrain, transformant la Valley en une immense chorale à ciel ouvert. L’enchaînement avec « The King For A 1000 Years » confirme toute la richesse de cette formation hors norme. Les harmonies vocales sont impeccables, les échanges entre Kiske et Deris apportent une dimension supplémentaire aux morceaux, tandis que les trois guitaristes multiplient les soli avec une précision remarquable.

Le concert déroule ensuite une impressionnante succession de classiques. « Future World » fait chanter le public d’une seule voix, « We Burn » apporte une puissance bienvenue, avant que « Twilight Of The Gods » ne rappelle toute la dimension épique du répertoire du groupe. Avec « Ride The Sky », Kai Hansen est chaleureusement ovationné, tandis que « Power » déclenche une nouvelle vague de refrains repris par une foule totalement conquise. Malgré la durée du concert, le rythme ne faiblit jamais et les musiciens affichent un plaisir évident à partager cette tournée anniversaire avec leurs fans.

Après un impressionnant solo de batterie parfaitement exécuté, la tension monte encore d’un cran. Les premières notes de « I Want Out » suffisent à provoquer une véritable explosion collective. Les poings se lèvent, les sourires se multiplient et toute la Main Satge reprend le refrain dans une communion qui illustre parfaitement la popularité intacte du groupe.

Le rappel est à la hauteur de l’événement. « Eagle Fly Free » fait une nouvelle fois chanter l’ensemble du public, « Dr. Stein » apporte sa dose d’humour et d’énergie, avant une conclusion majestueuse portée par l’outro de « Keeper Of The Seven Keys ». Dans une atmosphère empreinte de nostalgie et de célébration, Helloween quitte la scène sous une ovation nourrie, confirmant qu’il demeure, plus de quatre décennies après ses débuts, l’une des références absolues du power metal européen.

Les photos de la soirée : ici.

Opeth confirme sa maîtrise

Toujours aussi fascinants, les Suédois d’Opeth offrent une prestation d’une rare intensité, naviguant avec une aisance déconcertante entre déferlements de violence maîtrisée et longues respirations atmosphériques. Fidèle à son identité unique, le groupe refuse toute facilité et entraîne le public dans un voyage musical où le death metal progressif se mêle à des passages d’une grande finesse. Dès leur entrée en scène, Mikael Åkerfeldt captive l’audience, alternant growls abyssaux, chant clair d’une remarquable justesse et interventions pleines d’humour qui détendent régulièrement l’atmosphère.

Les nouvelles compositions « §1 » et « §7 », issues du dernier album, trouvent naturellement leur place au sein de la setlist. Leur richesse d’écriture et leurs nombreuses variations rythmiques s’intègrent parfaitement aux classiques du groupe, démontrant qu’Opeth continue de se renouveler sans jamais renier son identité. Portées par un son d’une grande clarté, elles sont accueillies avec enthousiasme par un public attentif, suspendu à chaque changement d’ambiance.

Les incontournables « The Grand Conjuration » et « The Drapery Falls » rappellent toute l’étendue du talent des musiciens. Les guitares tissent des harmonies sombres et mélancoliques avant de laisser place à des explosions de puissance parfaitement maîtrisées, tandis que la section rythmique impressionne par sa précision et sa subtilité. Chaque morceau évolue comme une véritable fresque, alternant tension et apaisement sans jamais perdre le fil émotionnel qui caractérise la musique du groupe.

Le concert atteint son apogée avec « Deliverance ». Son riff final, répété de manière hypnotique, plonge la foule dans une véritable transe collective. Pendant plusieurs minutes, la tension ne cesse de monter, portée par une interprétation magistrale et un jeu de lumières qui sublime encore davantage l’atmosphère. Ce final monumental laisse le public médusé avant une ovation nourrie, confirmant une nouvelle fois qu’Opeth demeure l’une des formations les plus singulières et les plus captivantes de la scène metal contemporaine.

Les photos de la soirée : ici.

Iron Maiden : les légendes règnent encore

Impossible de faire plus fort. Pour leur tournée célébrant les premières années de leur carrière, Iron Maiden offre au Hellfest un véritable voyage dans le temps, replongeant des dizaines de milliers de fans au cœur de l’âge d’or de la NWOBHM. La scénographie, inspirée des albums mythiques des années 1980, évolue au fil des morceaux, tandis qu’Eddie multiplie les apparitions sous différentes formes. Dès les premières minutes, il devient évident que le groupe Britannique est venu livrer bien plus qu’un simple concert : une véritable célébration de son héritage.

Le retour aux origines est immédiat avec « Murders In The Rue Morgue », « Wrathchild » et « Killers », trois classiques de l’ère Paul Di’Anno accueillis avec une ferveur exceptionnelle. Bruce Dickinson s’approprie ces morceaux avec une aisance remarquable, tandis que Steve Harris, infatigable, mène l’assaut en parcourant la scène, basse en bandoulière. L’interprétation magistrale de « Phantom Of The Opera » constitue déjà l’un des premiers sommets de la soirée, tant par sa complexité que par la précision d’exécution de l’ensemble du groupe.

La machine est alors parfaitement lancée. Bruce Dickinson, impérial du début à la fin, entraîne la foule dans une succession de classiques absolus. « The Number Of The Beast » fait rugir le public dès son introduction, « Infinite Dreams » rappelle toute la richesse du répertoire le plus progressif de Maiden, tandis que « Powerslave » impressionne par son ambiance égyptienne sublimée par une scénographie grandiose. « 2 Minutes To Midnight » transforme la fosse en une immense marée de poings levés avant que l’épique « Rime Of The Ancient Mariner » ne vienne suspendre le temps. Avec ses près de quatorze minutes, ses changements d’ambiances et ses projections spectaculaires évoquant les océans déchaînés, cette pièce monumentale constitue sans conteste l’un des moments les plus marquants de tout le festival.

La dernière partie du concert ne laisse aucun répit. « Run To The Hills » déclenche une nouvelle explosion de décibels, « Seventh Son Of A Seventh Son » impressionne par sa dimension progressive, tandis que « The Trooper » voit Bruce Dickinson surgir sur scène brandissant l’Union Jack sous les acclamations d’un public en délire. L’émotion monte encore d’un cran avec « Hallowed Be Thy Name », interprété avec une intensité bouleversante, avant qu' »Iron Maiden » ne conclue le set principal dans une débauche de flammes, d’effets pyrotechniques et d’apparitions d’Eddie, fidèle compagnon du groupe depuis cinquante ans.

Le rappel touche à la perfection. « Aces High » relance instantanément les hostilités avec son énergie irrésistible. Puis vient « Fear Of The Dark », repris à l’unisson par des dizaines de milliers de festivaliers dans un chœur gigantesque qui résonne bien au-delà du site de Clisson. Enfin, « Wasted Years » apporte une conclusion aussi émouvante que lumineuse. Les paroles prennent une résonance toute particulière dans le cadre de cette tournée célébrant les débuts du groupe, tandis que les musiciens saluent longuement un public conscient d’avoir assisté à un moment d’exception. Plus de cinquante ans après sa création, Iron Maiden prouve une nouvelle fois qu’il demeure une référence absolue du heavy metal, capable de conjuguer puissance, émotion et spectacle avec une maîtrise qui force le respect.

Les photos de la soirée : ici.

Slift hypnotise la Valley

Les Toulousains de Slift poursuivent leur irrésistible ascension avec une prestation qui confirme leur statut de l’un des groupes les plus captivants de la scène psychédélique actuelle. Devant une Valley rapidement conquise, le trio impose d’emblée son univers, où le rock spatial, le stoner, le krautrock et les sonorités progressives fusionnent dans un tourbillon sonore aussi hypnotique que dévastateur. Sans artifices, les trois musiciens s’appuient uniquement sur leur puissance de jeu et un impressionnant travail sur les textures pour entraîner le public dans un voyage hors du temps.

Dès « Fantasia », les longues montées en tension et les guitares saturées installent une atmosphère cosmique. Les riffs massifs se mêlent à des envolées psychédéliques, tandis que les projections lumineuses renforcent encore cette impression de dérive interstellaire. Chaque morceau semble évoluer librement, alternant passages contemplatifs et explosions d’énergie dans une construction toujours parfaitement maîtrisée.

La plongée se poursuit avec « Secret Mirror », dont les nappes de guitares et les changements de dynamique captivent une foule de plus en plus nombreuse. Les impressionnants « Ummon » et « Ilion » démontrent toute la capacité du groupe à bâtir de véritables fresques sonores. Les longues plages instrumentales ne lassent jamais ; elles invitent au contraire le public à se laisser porter par des rythmiques répétitives, des mélodies aériennes et des déflagrations de fuzz qui envahissent littéralement la Valley.

Lorsque résonne « The Day Of Execution », Slift atteint un nouveau sommet d’intensité. Le trio déploie un véritable mur de son où chaque instrument trouve sa place malgré une saturation omniprésente. La basse vrombit, la batterie martèle un rythme implacable et les guitares dessinent des spirales sonores qui semblent ne jamais vouloir s’arrêter. Le public oscille entre contemplation et headbanging, totalement absorbé par cette performance d’une rare densité.

En un peu plus d’une heure, Slift livre un concert aussi planant qu’écrasant, démontrant une nouvelle fois qu’il est bien plus qu’un simple groupe de rock psychédélique. Grâce à une maîtrise technique impressionnante et une identité sonore immédiatement reconnaissable, les Toulousains offrent l’une des expériences les plus immersives de cette édition du Hellfest, confirmant qu’ils comptent désormais parmi les formations françaises les plus passionnantes à suivre sur scène.

Les photos de la soirée : ici.

La Dispute : l’émotion à fleur de peau

Dans un registre totalement différent, La Dispute impose un moment de suspension au cœur de cette journée particulièrement intense. Loin des démonstrations de force et des déferlements de décibels, les Américains captivent par une intensité émotionnelle rare, où chaque morceau se vit davantage qu’il ne s’écoute. Dès son arrivée sur scène, Jordan Dreyer monopolise l’attention grâce à son interprétation habitée, oscillant entre spoken word fiévreux, cris déchirants et instants de fragilité bouleversante.

Portés par une formation d’une remarquable cohésion, les musiciens construisent des paysages sonores où les explosions post-hardcore succèdent à des passages d’une délicatesse presque contemplative. Cette alternance permanente entre tension et apaisement donne toute sa force à un concert qui ne cherche jamais la facilité, mais privilégie l’émotion brute.

Les textes profondément personnels de Jordan Dreyer trouvent un écho particulier auprès d’un public particulièrement attentif. « King Park » constitue sans surprise l’un des sommets du concert, son récit poignant plongeant la Warzone dans un silence presque irréel avant une montée en puissance d’une intensité saisissante. « Andria » dévoile toute la sensibilité mélodique du groupe, tandis que « Why It Scares Me » rappelle sa capacité à mêler urgence et vulnérabilité dans un même élan.

Lorsque résonnent les premières notes de « Such Small Hands », l’émotion atteint son paroxysme. Repris avec ferveur par les premiers rangs, le morceau clôt une prestation profondément sincère, où chaque mot semble peser autant que chaque accord. Sans effets spectaculaires ni artifices, La Dispute livre l’un des concerts les plus touchants de cette édition du Hellfest, prouvant une nouvelle fois que l’intensité d’une performance ne se mesure pas uniquement à son volume sonore, mais aussi à sa capacité à toucher son public en plein cœur.

Les photos de la soirée : ici.

Sabaton transforme le Hellfest en gigantesque champ de bataille

Comme à son habitude, Sabaton ne fait pas dans la demi-mesure. Avec son sens du spectacle parfaitement assumé, le groupe Suédois transforme rapidement la scène en véritable champ de bataille théâtral, entre décors militaires, effets pyrotechniques, refrains fédérateurs et communication permanente avec le public. Dès « Ghost Division », les hostilités sont lancées : les riffs martiaux, la rythmique implacable et la voix puissante de Joakim Brodén déclenchent immédiatement une vague d’enthousiasme dans la foule.

La suite prend des allures de best of grandeur nature. « The Red Baron » fait décoller les chœurs, « The Last Stand » rassemble les festivaliers dans un même élan, tandis que « Great War » et « Stormtroopers » rappellent toute l’efficacité de la formule Sabaton : des mélodies simples, massives, immédiatement mémorisables, portées par une énergie taillée pour les grands rassemblements. Plus solennel, « Christmas Truce » apporte une respiration bienvenue, sans jamais faire retomber l’intensité du concert.

L’un des grands moments de la prestation survient pendant « I, Emperor ». Alors qu’un personnage incarnant Napoléon rejoint la scène, La Marseillaise retentit soudainement, provoquant une énorme réaction du public français. Entre surprise, amusement et ferveur patriotique, la scène devient l’un de ces instants typiquement Sabaton, à mi-chemin entre grand spectacle, reconstitution historique et communion populaire. Joakim Brodén savoure visiblement l’effet produit, tandis que la foule reprend l’hymne avec une puissance impressionnante.

Le final ne laisse aucun répit. « Primo Victoria » déclenche une nouvelle explosion collective, « Swedish Pagans » est repris à pleins poumons par des milliers de voix, avant que « To Hell And Back » ne vienne conclure le show dans une ambiance triomphale. Spectaculaire, généreux et parfaitement calibré, Sabaton livre une prestation à la hauteur de sa réputation : un concert massif, théâtral et irrésistiblement fédérateur.

Les photos de la soirée : ici.

Mastodon : puissance et finesse

Avec Mastodon, la Valley bascule dans un registre où puissance brute et sophistication musicale cohabitent en permanence. Depuis plus de vingt ans, les Américains se sont imposés comme l’une des formations les plus inventives du metal contemporain, et cette réputation n’est nullement usurpée. Leur prestation impressionne autant par sa précision d’exécution que par la richesse de ses compositions, capables de passer d’une violence tellurique à des passages mélodiques d’une grande finesse.

Dès « Tread Lightly », le ton est donné. Les riffs massifs de Bill Kelliher et Brent Hinds s’entrelacent avec une fluidité remarquable, tandis que la batterie de Brann Dailor, toujours aussi impressionnante, multiplie les variations rythmiques sans jamais sacrifier la puissance. La complexité des morceaux ne nuit en rien à leur impact, bien au contraire : chaque changement de tempo et chaque rupture de dynamique renforcent l’intensité de la prestation.

Les classiques s’enchaînent ensuite avec une redoutable efficacité. « The Motherload » fait immédiatement réagir le public grâce à son groove irrésistible, « Crystal Skull » retrouve toute sa férocité, tandis que « Megalodon » déploie ses riffs labyrinthiques dans une démonstration de maîtrise collective. Enfin, « Blood And Thunder », véritable hymne du groupe, provoque une explosion dans la fosse. Repris avec ferveur par les premiers rangs, son refrain vient couronner l’un des moments les plus fédérateurs du concert.

Les compositions plus récentes trouvent tout naturellement leur place au sein de cette setlist. « Your Ghost Again » séduit par son équilibre entre mélodies aériennes et lourdeur écrasante, tandis que « More Than I Could Chew » confirme la capacité de Mastodon à faire évoluer son écriture sans perdre ce qui fait sa singularité. Les trois chanteurs du groupe se relaient avec une complémentarité exemplaire, apportant à chaque morceau des nuances qui enrichissent encore davantage un répertoire déjà foisonnant.

Sans chercher à multiplier les artifices, Mastodon s’appuie avant tout sur la qualité de son interprétation et la force de ses compositions. Solide de bout en bout, précis sans jamais paraître démonstratif, le quatuor livre une prestation d’une remarquable intensité qui rappelle pourquoi il demeure l’une des références incontournables du metal prog.

Les photos de la soirée : ici.

The Dillinger Escape Plan : le chaos parfaitement maîtrisé

Pour conclure cette journée placée sous le signe de la démesure, The Dillinger Escape Plan livre tout simplement l’un des concerts les plus explosifs et les plus chaotiques de cette édition du Hellfest. Dès les premières secondes, la Warzone se transforme en un immense tourbillon où la virtuosité technique se mêle à une violence sonore totalement maîtrisée. Fidèle à sa réputation, le groupe ne laisse aucun répit à un public qui comprend immédiatement qu’il va assister à une prestation hors normes.

L’ouverture avec « Destro’s Secret » donne le ton. Les changements de rythme incessants, les riffs dissonants et la précision hallucinante des musiciens plongent instantanément la foule dans un chaos organisé. Sur scène, Greg Puciato est absolument insaisissable. Courant d’un bout à l’autre de la scène, escaladant les retours, se jetant dans les premiers rangs et multipliant les acrobaties les plus improbables, le frontman semble animé d’une énergie inépuisable. Son intensité est telle qu’il capte tous les regards sans jamais éclipser l’impressionnante performance instrumentale de ses partenaires.

La machine ne ralentit jamais. « Sugar Coated Sour », « 43% Burnt », « Jim Fear » et « Monticello » s’enchaînent avec une précision chirurgicale qui force le respect. Malgré la complexité extrême des compositions, chaque cassure rythmique, chaque accélération brutale et chaque silence semblent exécutés avec une synchronisation parfaite. La fosse répond par une succession ininterrompue de circle pits, de slams et de stage dives, dans une ambiance qui flirte en permanence avec l’émeute.

Alors que le public pense avoir tout vu, le groupe surprend avec une reprise totalement démente de « Come To Daddy » d’Aphex Twin. L’adaptation, fidèle à l’esprit malsain et frénétique du morceau original, déclenche une nouvelle vague de folie collective et confirme toute la capacité du groupe à repousser les limites du chaos sonore.

Le final est tout simplement apocalyptique. Un ultime « 43% Burnt » fait monter une dernière fois la pression jusqu’à son point de rupture. Les derniers riffs résonnent dans une Warzone transformée en champ de bataille, où les festivaliers, lessivés mais le sourire aux lèvres, saluent longuement les musiciens. En à peine une heure, The Dillinger Escape Plan rappelle pourquoi son nom reste associé à certaines des performances live les plus intenses de l’histoire du metal. Une conclusion aussi épuisante qu’inoubliable, qui restera sans doute parmi les plus grands moments de ce Hellfest 2026.

Les photos de la soirée : ici.

Une deuxième journée déjà historique

Entre les adieux émouvants de Sepultura, la leçon de heavy metal donnée par Iron Maiden, l’immense prestation de Helloween et les performances marquantes de Mastodon, Opeth, Slift, Sabaton ou encore The Dillinger Escape Plan, cette deuxième journée confirme que le Hellfest 2026 est en train d’écrire l’une des plus belles pages de son histoire.

Reste désormais une ultime journée pour conclure une édition qui s’annonce déjà légendaire.

#Live / #Report / #LiveReport / #Review / #LiveReview / #Photos / #Pictures