
ROUTE DU ROCK Eté #34
Jour 3 : Mogwai – Baxter Dury – Dry Cleaning – Moin – Sprints – Marie Davidson – The Femcels – Alice Costelloe – Bibi Club …
Date : 15 aout 2026
Salle : Fort de St Père
Lieu : Bretagne, Saint Malo (35)
.
Par Mike S.
Pour cette seconde journée au Fort de Saint-Père, la hiérarchie semblait plus lisible. Deux têtes d’affiche dominaient clairement la programmation : les Écossais de Mogwai, figures tutélaires du post-rock, et Baxter Dury, devenu au fil des années un habitué presque institutionnel de la Route du Rock. Deux visions opposées du live, deux manières d’occuper l’espace.
Mais comme souvent ici, ce ne sont pas forcément les noms les plus attendus qui laissent l’empreinte la plus durable.
Mogwai, la déflagration maîtrisée
Mogwai fait partie de ces groupes que la Route du Rock a accompagnés très tôt. Nés dans la vague post-rock des années 90, les Écossais ont bâti leur réputation sur un équilibre subtil entre tension mélodique et puissance sonore.
Sur scène, le principe reste le même : peu de voix, voire pas du tout, remplacées par des nappes de guitares qui s’empilent, se répondent et finissent par saturer l’espace. Une musique qui se construit par couches, jusqu’à atteindre un point de bascule. Le groupe s’autorise peu d’écarts à cette règle en intégrant à deux reprises seulement du chant, mais sans jamais rompre l’immersion. Car immersion, il y a.

Le set — une douzaine de titres — fonctionne comme un bloc. Il s’ouvre avec “Yes! I Am a Long Way From Home” et se referme sur “We’re No Here”, deux pièces qui résument parfaitement l’ADN du groupe : lente montée en pression, explosion contrôlée, puis retombée presque apaisée.
Le parallèle avec la performance de Kraftwerk l’an passé sur cette même scène n’est pas si absurde. Pas pour le style, évidemment, mais pour cette capacité à proposer une expérience autant visuelle que sonore, où le public est littéralement absorbé par ce qui se joue devant lui.
Devant la scène, les bouchons d’oreilles ne sont pas un luxe. Mais la violence du son n’est jamais gratuite. Elle sert un propos, une dynamique, une architecture. À noter également un geste politique assumé : le groupe arbore le drapeau palestinien, rappel discret mais nécessaire d’un conflit que l’actualité a déjà tendance à reléguer à l’arrière-plan. Ce clin d’oeil sera répété le lendemain par les voisins irlandais de Fontaines DC.
Au final, Mogwai ne cherche pas à séduire. Il impose sa patte. Et ça fonctionne toujours 30 ans après !
Baxter Dury, bienvenu au théâtre burlesque !
Changement radical d’ambiance avec Baxter Dury. Là où Mogwai construit des murs de son, Baxter Dury joue avec le vide et les postures. Plus qu’un concert, c’est une mise en scène. Une performance presque chorégraphiée, où chaque déplacement semble pensé pour être capté par la nuée de photographes massée au pied de la scène.

Costume impeccable, regard détaché, voix grave et nonchalante : Dury cultive un personnage. Il chante peu, parle beaucoup, évoluant dans un registre spoken word qui peut parfois perdre les non-anglophones en route. Heureusement, la présence de sa choriste — plus mélodique — vient équilibrer l’ensemble, tout en assurant les textures électroniques qui structurent les morceaux.
Musicalement, on navigue dans une pop minimaliste, élégante, parfois absurde. Son album Happy Soup reste une bonne porte d’entrée pour comprendre l’univers et le peu de sérieux qu’il accorde à son style. Ce soir, c’est le nouveau LP, Allbarone, qui sert de fil conducteur à un set d’une quinzaine de titres.
“I’m Not Your Dog”, “It’s My Pleasure”, ou encore le morceau-titre s’enchaînent avec fluidité, à peine perturbés par un incident dans la foule. Il faut dire que la fausse s’était rapidement transformée en terrain de jeu pour quelques amateurs de stage diving.
Le spectacle est rodé. Peut-être un peu trop. Difficile de nier l’efficacité du personnage, mais l’ensemble donne parfois une impression de déjà-vu, surtout pour ceux qui l’ont déjà croisé ici à plusieurs reprises. Une performance qui amuse, intrigue, mais qui peine à réellement surprendre.
Sprints, la claque
Et puis il y a eu Sprints. Sans doute la révélation de cette édition 2026. Le groupe irlandais débarque sans fioritures et retourne littéralement le Fort depuis la scène des remparts. Deux guitares, une basse, une batterie : la formule est classique. L’impact, lui, ne l’est pas. Au centre de tout : Karla Chubb. Présence scénique immédiate, énergie brute, tension permanente. La chanteuse capte le regard dès les premières secondes et ne le lâche plus. Il y a chez elle quelque chose qui rappelle l’intensité des grandes figures du rock des années 70 : une urgence, une manière d’habiter chaque morceau comme s’il pouvait être le dernier. Impossible de ne pas penser au Rock ‘n’ Roll Nigger de Patti Smith à certains moments du live.

En une douzaine de titres, Sprints plie l’affaire. Le son est frontal, précis, sans concession. C’est sans doute le set le plus puissant et le plus cohérent des deux journées au Fort. Là où d’autres installent une ambiance, eux imposent une décharge. Le public ne s’y trompe pas. Sprints ne joue pas : il prend. Et laisse derrière lui l’impression d’avoir assisté à quelque chose de rare. Un groupe en train de basculer dans une autre dimension !
Le reste, entre promesses et transitions
Autour de ces trois temps forts, la journée s’est construite par paliers. Alice Costelloe propose une pop indie délicate, portée par une voix immédiatement attachante. Un format sans doute plus adapté à des conditions d’écoute plus intimistes, peut-être lors de la version hivernale du festival.

Dry Cleaning et Moin assurent des sets solides mais moins marquants, davantage perçus comme des respirations entre deux déflagrations. Mention tout de même pour la batteuse de Moin, dont le jeu apporte une vraie intensité à l’ensemble.

Une journée globalement plus homogène que la première, mais aussi plus frontale dans ses propositions. Et au final, une confirmation : à la Route du Rock, les têtes d’affiche font venir, mais ce sont souvent les outsiders qui marquent vraiment.

Merci aux musiciens, aux techniciens et aux organisateurs de ce festival unique en France !
ROUTE DU ROCK Eté #34
Jour 3 : Mogwai – Baxter Dury – Dry Cleaning – Moin – Sprints – Marie Davidson – The Femcels – Alice Costelloe – Bibi Club …
Date : 15 aout 2026
Salle : Fort de St Père
Lieu : Bretagne, Saint Malo (35)
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Par Mike S.
Pour cette seconde journée au Fort de Saint-Père, la hiérarchie semblait plus lisible. Deux têtes d’affiche dominaient clairement la programmation : les Écossais de Mogwai, figures tutélaires du post-rock, et Baxter Dury, devenu au fil des années un habitué presque institutionnel de la Route du Rock. Deux visions opposées du live, deux manières d’occuper l’espace.
Mais comme souvent ici, ce ne sont pas forcément les noms les plus attendus qui laissent l’empreinte la plus durable.
Mogwai, la déflagration maîtrisée
Mogwai fait partie de ces groupes que la Route du Rock a accompagnés très tôt. Nés dans la vague post-rock des années 90, les Écossais ont bâti leur réputation sur un équilibre subtil entre tension mélodique et puissance sonore.
Sur scène, le principe reste le même : peu de voix, voire pas du tout, remplacées par des nappes de guitares qui s’empilent, se répondent et finissent par saturer l’espace. Une musique qui se construit par couches, jusqu’à atteindre un point de bascule. Le groupe s’autorise peu d’écarts à cette règle en intégrant à deux reprises seulement du chant, mais sans jamais rompre l’immersion. Car immersion, il y a.
Le set — une douzaine de titres — fonctionne comme un bloc. Il s’ouvre avec “Yes! I Am a Long Way From Home” et se referme sur “We’re No Here”, deux pièces qui résument parfaitement l’ADN du groupe : lente montée en pression, explosion contrôlée, puis retombée presque apaisée.
Le parallèle avec la performance de Kraftwerk l’an passé sur cette même scène n’est pas si absurde. Pas pour le style, évidemment, mais pour cette capacité à proposer une expérience autant visuelle que sonore, où le public est littéralement absorbé par ce qui se joue devant lui.
Devant la scène, les bouchons d’oreilles ne sont pas un luxe. Mais la violence du son n’est jamais gratuite. Elle sert un propos, une dynamique, une architecture. À noter également un geste politique assumé : le groupe arbore le drapeau palestinien, rappel discret mais nécessaire d’un conflit que l’actualité a déjà tendance à reléguer à l’arrière-plan. Ce clin d’oeil sera répété le lendemain par les voisins irlandais de Fontaines DC.
Au final, Mogwai ne cherche pas à séduire. Il impose sa patte. Et ça fonctionne toujours 30 ans après !
Baxter Dury, bienvenu au théâtre burlesque !
Changement radical d’ambiance avec Baxter Dury. Là où Mogwai construit des murs de son, Baxter Dury joue avec le vide et les postures. Plus qu’un concert, c’est une mise en scène. Une performance presque chorégraphiée, où chaque déplacement semble pensé pour être capté par la nuée de photographes massée au pied de la scène.
Costume impeccable, regard détaché, voix grave et nonchalante : Dury cultive un personnage. Il chante peu, parle beaucoup, évoluant dans un registre spoken word qui peut parfois perdre les non-anglophones en route. Heureusement, la présence de sa choriste — plus mélodique — vient équilibrer l’ensemble, tout en assurant les textures électroniques qui structurent les morceaux.
Musicalement, on navigue dans une pop minimaliste, élégante, parfois absurde. Son album Happy Soup reste une bonne porte d’entrée pour comprendre l’univers et le peu de sérieux qu’il accorde à son style. Ce soir, c’est le nouveau LP, Allbarone, qui sert de fil conducteur à un set d’une quinzaine de titres.
“I’m Not Your Dog”, “It’s My Pleasure”, ou encore le morceau-titre s’enchaînent avec fluidité, à peine perturbés par un incident dans la foule. Il faut dire que la fausse s’était rapidement transformée en terrain de jeu pour quelques amateurs de stage diving.
Le spectacle est rodé. Peut-être un peu trop. Difficile de nier l’efficacité du personnage, mais l’ensemble donne parfois une impression de déjà-vu, surtout pour ceux qui l’ont déjà croisé ici à plusieurs reprises. Une performance qui amuse, intrigue, mais qui peine à réellement surprendre.
Sprints, la claque
Et puis il y a eu Sprints. Sans doute la révélation de cette édition 2026. Le groupe irlandais débarque sans fioritures et retourne littéralement le Fort depuis la scène des remparts. Deux guitares, une basse, une batterie : la formule est classique. L’impact, lui, ne l’est pas. Au centre de tout : Karla Chubb. Présence scénique immédiate, énergie brute, tension permanente. La chanteuse capte le regard dès les premières secondes et ne le lâche plus. Il y a chez elle quelque chose qui rappelle l’intensité des grandes figures du rock des années 70 : une urgence, une manière d’habiter chaque morceau comme s’il pouvait être le dernier. Impossible de ne pas penser au Rock ‘n’ Roll Nigger de Patti Smith à certains moments du live.
En une douzaine de titres, Sprints plie l’affaire. Le son est frontal, précis, sans concession. C’est sans doute le set le plus puissant et le plus cohérent des deux journées au Fort. Là où d’autres installent une ambiance, eux imposent une décharge. Le public ne s’y trompe pas. Sprints ne joue pas : il prend. Et laisse derrière lui l’impression d’avoir assisté à quelque chose de rare. Un groupe en train de basculer dans une autre dimension !
Le reste, entre promesses et transitions
Autour de ces trois temps forts, la journée s’est construite par paliers. Alice Costelloe propose une pop indie délicate, portée par une voix immédiatement attachante. Un format sans doute plus adapté à des conditions d’écoute plus intimistes, peut-être lors de la version hivernale du festival.
Dry Cleaning et Moin assurent des sets solides mais moins marquants, davantage perçus comme des respirations entre deux déflagrations. Mention tout de même pour la batteuse de Moin, dont le jeu apporte une vraie intensité à l’ensemble.
Une journée globalement plus homogène que la première, mais aussi plus frontale dans ses propositions. Et au final, une confirmation : à la Route du Rock, les têtes d’affiche font venir, mais ce sont souvent les outsiders qui marquent vraiment.
Merci aux musiciens, aux techniciens et aux organisateurs de ce festival unique en France !