ROUTE DU ROCK  Eté #34

Jour 2 :  The Divine Comedy – Darkside – Peaches – Cate Le Bon – Ditz – Smerz – Horsegirl… 

Date : 13 aout 2026
Salle : Fort de St Père
Lieu : Bretagne, Saint Malo (35)

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Par Mike S.

 

La 34ᵉ édition de la Collection Été de la Route du Rock avait prévenu : cette année encore, il faudrait accepter de ne pas connaître grand monde. Une programmation exigeante, presque insolente dans sa volonté de ne pas courir après les évidences, où les noms familiers se comptent sur les doigts d’une main. À peine 5 % de la programmation semblent destinés au grand public. Pour les autres, il faudra faire confiance au festival.

Après une première soirée à La Nouvelle Vague, direction le Fort de Saint-Père pour le véritable baptême du feu de cette édition 2026. Un décor que l’on connaît, évidemment, mais qui conserve cette capacité à transformer n’importe quel concert en moment particulier. Et ce soir, entre découvertes contemporaines et fantômes de la Route du Rock des années 90, le voyage promettait quelques beaux écarts temporels.

Horsegirl, retour vers 1996

Premier arrêt avec Horsegirl, trio féminin originaire de Chicago. Trois musiciennes qui se connaissent depuis l’enfance et qui ont commencé à se produire ensemble sur scène en 2019. Signées chez Matador, elles revendiquent des influences qui parlent immédiatement aux habitués du Fort : Sonic Youth, PJ Harvey, The Breeders et, plus largement, cette école du rock indépendant américain qui n’a jamais vraiment cessé de faire du bruit.

Sur la scène des remparts, Horsegirl ne cherche pas à réinventer la roue. Et c’est précisément ce qui fonctionne. Deux guitares, une batterie, deux voix qui se succèdent et un son volontairement rugueux donnent au trio un petit parfum de 1996. L’une des guitaristes utilise d’ailleurs son instrument comme une basse, en jouant la rythmique avec des notes très basses. L’ensemble est brut, énergique, sans fioritures. On aurait parfaitement pu croiser Horsegirl sur une affiche de la Route du Rock au milieu des années 90, entre Suede, Placebo, Garbage ou The Divine Comedy. Les affiches avaient de la gueule à l’époque !

Une entrée en matière particulièrement convaincante.

Cate Le Bon, quand le soleil disparaît

Changement d’atmosphère avec Cate Le Bon. En écoutant ses disques, difficile de ne pas penser aux Cocteau Twins et à cette pop qui préfère les brumes aux lignes droites. Sur scène, l’impression se confirme.

Derrière le nom de Cate Le Bon se trouve en réalité un groupe de six musiciens, qui déploie progressivement une musique de plus en plus aérienne. Le concert avance au même rythme que le soleil qui descend derrière les remparts. La lumière naturelle disparaît peu à peu, tandis que les compositions gagnent en profondeur et en étrangeté. 

Il y a quelque chose de presque hypnotique dans cette progression. Une musique qui ne cherche jamais l’explosion facile mais préfère installer ses textures, laisser les morceaux respirer et embarquer progressivement le public.

Le Fort commence alors à prendre cette allure si particulière qu’il ne possède qu’à la tombée du jour : celle d’un lieu où les concerts semblent flotter quelques mètres au-dessus du sol.

The Divine Comedy, trente ans plus tard

Puis arrive Neil Hannon.

À 55 ans, le leader de The Divine Comedy fait désormais figure de vétéran dans une programmation qui donne volontiers la parole à des groupes « adolescents ». Mais dès son entrée sur scène, costume et allure de dandy anglais impeccablement en place, le temps semble soudain partir à rebours.

Hannon connaît bien le Fort de Saint-Père. Il y revient pour la troisième fois, après deux précédents passages dont le premier remonte à 1996. Trente ans. Une éternité à l’échelle d’un festival, mais finalement pas grand-chose pour The Divine Comedy.

1996, justement. Une autre époque de la Route du Rock, lorsque la programmation flirtait encore franchement avec la britpop et alignait Suede, Garbage, Bluetones, Placebo, Sleeper ou The Frank and Walters dans une même saison. Neil Hannon était déjà là. Il est toujours là. Et il n’a visiblement pas l’intention de jouer les retraités.

Les classiques sont évidemment au rendez-vous : « Absent Friends », « Alfie », « Generation Sex », « Tonight We Fly »… Quelques titres plus récents viennent compléter le tableau, accueillis avec la même attention par un public qui, visiblement, n’a pas perdu le fil de la discographie.

Mais ce soir, le véritable spectacle est peut-être autant entre les morceaux que pendant ceux-ci. Neil Hannon parle. Il raconte, plaisante, fouille dans ses souvenirs et demande combien de personnes présentes étaient déjà là en 1996. Une manière élégante de mesurer le temps qui passe. Puis le dandy se transforme brièvement en barman et entreprend de servir ses musiciens : cocktail, soda, bière… chacun aura droit à sa tournée. L’ambiance est détendue, presque familiale.

Musicalement, The Divine Comedy reste fidèle à cette pop sophistiquée, arrangée et profondément britannique, loin de la déflagration sonore que certains concerts de la soirée réservent au public. Ici, pas besoin de volume démesuré. La majesté vient des arrangements, du violon, des mélodies et de cette voix immédiatement reconnaissable.

Et lorsque le soleil disparaît définitivement derrière les remparts, Neil Hannon semble avoir refermé une boucle ouverte trente ans plus tôt.

Smerz, l’énigme de la soirée

La suite devient plus difficile à appréhender avec Smerz. Le duo norvégien s’installe dans un univers électronique difficile à saisir, où les repères se brouillent et où l’on peine parfois à comprendre ce qui justifie réellement sa présence dans une programmation aussi éclectique. Une proposition qui laisse davantage perplexe qu’enthousiaste ce soir.

Mais après tout, c’est aussi cela, la Route du Rock : programmer des artistes que l’on ne comprend pas forcément du premier coup.

Peaches, toujours plus loin que le concert

Et puis il y a Peaches. Difficile de parler de concert lorsqu’il n’y a pas réellement de groupe sur scène. Comme lors de son précédent passage au Fort en 2009, l’artiste canadienne propose avant tout un spectacle. Un show frontal, provocateur, parfois dérangeant, qui emprunte davantage au théâtre, à la performance et au cabaret punk qu’au traditionnel concert rock.

Peaches n’est jamais vraiment là pour défendre une setlist. Elle vient occuper l’espace, provoquer, repousser les limites et imposer son propre langage scénique. On peut être fasciné, gêné, amusé ou franchement déconcerté. Mais certainement pas indifférent.

© Nicolas Joubard – La Route du Rock

Et c’est peut-être là que réside toute la particularité de cette première journée : la Route du Rock ne cherche décidément pas à mettre tout le monde d’accord. Elle préfère provoquer la curiosité, réveiller les souvenirs et, parfois, nous laisser avec quelques points d’interrogation.

Une première journée à l’image du festival : exigeante, imprévisible, parfois déroutante, mais suffisamment singulière pour donner envie de revenir dès le lendemain. 


Merci aux musiciens, aux techniciens et aux organisateurs de ce festival unique en France !