Rock En Seine /

Le 30 Août 2026 /

Saint-Cloud (92) /

Notre avis : 5/5.


Le dernier jour d’un festival possède toujours une saveur particulière. Les kilomètres commencent à peser dans les jambes, mais l’envie de profiter de chaque concert reste intacte. Le sac retrouve donc sa place sur l’épaule, l’appareil photo est prêt et nous reprenons une dernière fois le chemin des scènes du Domaine National de Saint-Cloud. Après deux journées particulièrement riches, ce dimanche s’annonce comme une conclusion idéale. Bertrand Belin, Dry Cleaning, Slowdive, Wolf Alice et Interpol doivent progressivement nous conduire jusqu’à The Cure, attendu pour refermer cette édition 2026. Une ultime journée placée sous le signe de l’élégance, de la tension et des guitares enveloppées de brume.

BERTRAND BELIN – L’élégance sans effort

Trois ans après son précédent passage à Rock En Seine, Bertrand Belin retrouve la Grande Scène avec son allure toujours aussi soignée. Costume impeccable, attitude décontractée et voix grave immédiatement reconnaissable : il lui suffit de quelques instants pour installer son univers.

Anton Newcombe l’a un jour présenté comme le « Nick Cave Français ». La comparaison peut se comprendre, mais Bertrand Belin n’a besoin d’aucun rapprochement pour exister. Sa manière de jouer avec les mots, les silences et les sonorités suffit largement à le distinguer.

Avec Watt, paru en 2025, le musicien poursuit une trajectoire singulière entre chanson Française, rock, folk et touches électroniques. Que Dalle Tout ouvre le concert avec une sobriété parfaitement maîtrisée. La voix s’installe tandis que les musiciens dessinent progressivement les contours de ce décor sonore.

Pluie De Data et Sur Mon 31 prolongent cette entrée en matière. Les arrangements restent précis, laissant suffisamment d’espace aux textes et à cette diction légèrement traînante qui constitue l’une des signatures de l’artiste. On pense parfois à Bashung dans cette façon de détourner les mots et d’en déplacer le sens, sans jamais tomber dans l’imitation.

Avec Berger, L’Inconnu En Personne et Oiseau, Bertrand Belin capte pleinement l’attention du public. Ici, pas besoin de provoquer une déferlante sonore : une phrase, une ligne de guitare ou un simple regard suffisent à maintenir le lien avec la Grande Scène.

Seul, Tambour et La Béatitude referment ce concert avec la même élégance. Bertrand Belin quitte la scène sans éclat inutile, mais avec la satisfaction d’avoir imposé son univers tout en finesse.

Une ouverture de journée sobre, classe et parfaitement maîtrisée.

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DRY CLEANING – La tension derrière les mots

Le changement de décor est immédiat avec Dry Cleaning. Les guitares deviennent plus sèches, la basse s’impose et la batterie donne au concert une tension beaucoup plus physique.

Au centre de ce dispositif, Florence Shaw conserve son attitude impassible. Le regard posé sur le public, elle déroule ses textes sur ce ton parlé devenu indissociable de l’identité du groupe. Les scènes ordinaires, les pensées fragmentées et les absurdités du quotidien prennent une tout autre dimension lorsqu’elles se confrontent aux guitares nerveuses de Tom Dowse.

Strong Feelings donne le ton. La guitare tranche tandis que la basse de Lewis Maynard avance avec une lourdeur contenue. Florence Shaw reste presque immobile, créant un contraste saisissant avec l’agitation qui l’entoure.

Gary Ashby, Her Hippo et Magic Of Meghan prolongent cette étrange conversation avec le public. La chanteuse semble raconter ses histoires sans y prêter attention, mais chaque mot trouve sa place au milieu d’une musique qui ne cesse de se tendre.

Le concert gagne ensuite en intensité avec Let Me Grow And You’ll See The Fruit, Jam After School et Scratchcard Lanyard. Devant la scène, les corps commencent à répondre davantage aux mouvements de la basse et aux ruptures de la batterie.

C’est toute la singularité de Dry Cleaning : parvenir à faire bouger le public avec des chansons dont le chant semble parfois relever davantage du monologue intérieur que du refrain traditionnel.

Don’t Press Me accentue encore cette impression avant que Viking Hair ne fasse basculer le concert dans quelque chose de plus frontal. Derrière l’apparente froideur, le groupe déploie une énergie brute qui finit par emporter la scène.

Conversation clôt ce set singulier, à la frontière du post-punk, de la performance théâtrale et de l’expérimentation sonore. Dry Cleaning nous laisse avec cette drôle d’impression d’avoir assisté à une conversation dont personne ne possède véritablement toutes les clés.

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SLOWDIVE – Dans les brumes du shoegaze

Après la tension de Dry Cleaning, Slowdive transforme complètement l’atmosphère. Les lumières se font plus douces, les guitares s’étirent et les premières notes de Star Roving enveloppent progressivement la Grande Scène.

Le contraste est saisissant. Là où Dry Cleaning maintenait le public sous pression, Slowdive lui offre un espace dans lequel se perdre.

Catch The Breeze confirme rapidement que le shoegaze ne s’écoute pas seulement : il se traverse. Les voix de Rachel Goswell et Neil Halstead flottent au-dessus des guitares, tandis que les nappes sonores effacent peu à peu tout ce qui entoure la scène.

Avec Crazy For You, Souvlaki Space Station, Slomo et Machine Gun, le groupe construit un véritable mur de son, mais sans jamais écraser les mélodies. Les guitares de Neil Halstead et Christian Savill se croisent, se superposent et disparaissent dans les effets avant de refaire surface quelques instants plus tard.

Le public se laisse porter par cette musique qui semble suspendre le temps. Malgré la foule, l’expérience possède quelque chose d’intime, presque isolant.

Les premières notes de Sugar For The Pill ouvrent l’un des plus beaux moments du concert. Quelques voix accompagnent Rachel Goswell, mais beaucoup choisissent simplement de regarder et de profiter de cette mélodie délicate.

Kisses et Alison prolongent ce voyage avant l’incontournable When The Sun Hits. La chanson ramène forcément vers les années 1990, mais Slowdive ne donne jamais l’impression de vivre dans son propre passé. Le groupe continue de faire évoluer son univers et conserve sur scène une présence remarquable.

40 Days referme cette parenthèse cotonneuse. Les dernières guitares s’éloignent et il faut quelques secondes pour reprendre pleinement contact avec le Domaine National de Saint-Cloud.

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WOLF ALICE – Douceur pop et éclats électriques

Wolf Alice prend ensuite possession de la scène avec cette faculté qui lui est propre : passer d’une douceur presque rêveuse à une explosion rock sans jamais perdre le fil.

Mené par Ellie Rowsell, les Londoniens attaque avec Bloom Baby Bloom. Le morceau montre immédiatement le chemin parcouru depuis My Love Is Cool. Le shoegaze et la dream pop des débuts restent présents, mais le groupe les intègre désormais dans une musique plus ample, capable d’aller chercher du côté de la pop comme du soft rock des années 1970.

White Horses, Formidable Cool et Just Two Girls installent cette nouvelle facette. Ellie Rowsell occupe pleinement l’espace, alternant fragilité apparente et assurance, tandis que le groupe construit autour d’elle des arrangements particulièrement soignés.

La tension augmente avec Leaning Against The Wall, How Can I Make It OK ? et Bros. Wolf Alice excelle dans l’art du contraste. Une mélodie lumineuse peut soudainement se fissurer sous l’effet d’une guitare plus abrasive, avant de retrouver quelques instants plus tard une douceur presque pop.

The Sofa et Bread Butter Tea Sugar poursuivent ce jeu d’équilibre avant que Yuk Foo ne vienne tout bousculer. Le morceau agit comme une décharge. Le public saute, crie et accompagne l’énergie déployée sur scène.

Le groupe ne relâche pas la pression et enchaîne avec Play The Greatest Hits puis Smile, deux titres qui confirment la dimension beaucoup plus directe du concert.

Wolf Alice sait néanmoins éviter la démonstration permanente. The Last Man On Earth ramène une respiration bienvenue avant que Don’t Delete The Kisses ne referme le set dans une ambiance plus lumineuse.

Entre pop ambitieuse, guitares shoegaze et fulgurances rock, Wolf Alice confirme sa capacité à faire évoluer sa musique sans perdre ce qui constitue son identité.

INTERPOL – L’élégance dans la pénombre

Le soleil disparaît derrière les arbres et le Domaine Nnational de Saint-Cloud change progressivement de visage. Les éclairages prennent le dessus, les silhouettes deviennent plus sombres et la Grande Scène semble attendre l’arrivée d’Interpol.

Quelques accords suffisent pour installer l’atmosphère. Avec This Mirror Weighs A Ton, le groupe New-Yorkais plonge immédiatement le public dans son univers tendu et nocturne.

Evil ramène ensuite toute une partie de la foule vers le New York du début des années 2000. La basse s’impose, la guitare de Daniel Kessler dessine ses motifs anguleux et la voix de Paul Banks conserve cette distance froide parfaitement adaptée aux compositions du groupe.

Interpol n’a jamais eu besoin de beaucoup d’artifices. La sobriété de la mise en scène renforce même la précision de sa musique.

C’Mere et NYC sont accueillis avec enthousiasme par un public qui reprend les paroles et accompagne chaque accélération. All The Rage Back Home fait encore monter l’intensité avant que le groupe ne déroule un set sans véritable temps mort.

See Out Loud, Rest My Chemistry et Obstacle 1 s’enchaînent avec une précision redoutable. Peu de bavardages, aucune dispersion : Interpol reste concentré sur cette musique sombre, tendue et élégante qui constitue sa marque de fabrique depuis plus de vingt ans.

Iron City, Wings On Fire, Pioneer To The Falls et The New entretiennent cette atmosphère crépusculaire jusqu’à l’arrivée de Slow Hands. Le titre provoque une réaction immédiate et réveille encore un peu plus la Grande Scène.

PDA vient refermer le concert dans une dernière montée en puissance. Les instruments se taisent, les musiciens quittent la scène et le public commence déjà à se resserrer.

Il ne reste plus qu’un concert.

Et pas n’importe lequel.

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THE CURE – Une nuit avec Robert Smith

La Grande Scène est plongée dans le noir. Devant elle, la foule est devenue compacte et l’attente se lit sur tous les visages.

Lorsque Robert Smith apparaît enfin, il suffit de quelques secondes pour mesurer ce que représente The Cure. Près de cinquante années d’histoire viennent de prendre place devant nous, portées par une silhouette, une voix et une guitare devenues immédiatement reconnaissables.

Alone ouvre le concert dans l’atmosphère brumeuse de Songs Of A Lost World. Le morceau impose une tonalité grave, presque solennelle, avant que Pictures Of You ne provoque les premiers grands frissons de la soirée.

Autour de nous, plusieurs générations se retrouvent. Certains accompagnent The Cure depuis les années 1980, d’autres ont découvert le groupe bien plus tard, mais tous semblent connaître chaque parole.

High, Lovesong, Burn et Fascination Street plongent la Grande Scène dans une nuit désormais complète. Les éclairages découpent les silhouettes tandis que la voix de Robert Smith conserve une clarté impressionnante.

Le concert prend ensuite une tournure plus directe avec Never Enough et Push. The Cure transforme progressivement Saint-Cloud en une gigantesque machine à souvenirs.

Les premières notes d’In Between Days déclenchent une réaction immédiate. Le public chante, danse et accueille avec le même enthousiasme Just Like Heaven, dont la mélodie traverse les générations sans montrer le moindre signe d’usure.

The Cure ne se contente pourtant pas de dérouler ses titres les plus connus. The Last Day Of Summer, Three Imaginary Boys, A Night Like This, enrichi par le saxophone de Gabriel Cooper, puis Secrets permettent de parcourir plusieurs décennies d’une discographie particulièrement dense.

Cette traversée ne ressemble jamais à une célébration nostalgique. Le groupe joue avec une intensité qui éloigne toute impression de routine, tandis que Robert Smith demeure pleinement habité par chacune de ses chansons.

Play For Today prépare le terrain avant l’arrivée d’A Forest.

La basse se répète. Les guitares s’étirent. Les lumières tournent autour des musiciens et la chanson emporte la Grande Scène dans cette forêt où The Cure nous entraîne depuis près d’un demi-siècle.

From The Edge Of The Deep Green Sea prolonge cette immersion avant qu’Endsong ne semble annoncer la fin du concert.

Les musiciens quittent la scène, mais personne ne bouge.

Tout le monde sait que la nuit n’est pas terminée.

Un rappel pour traverser les décennies

The Cure revient avec Lullaby, qui happe immédiatement le public dans son atmosphère inquiétante. Wrong Number, The Walk, Mint Car et The Lovecats donnent ensuite une orientation beaucoup plus légère à cette dernière partie du concert.

La grande cérémonie sombre se transforme peu à peu en fête collective.

Let’s Go To Bed poursuit cette remontée dans le temps avant que Friday I’m In Love ne fasse chanter l’ensemble du Domaine national de Saint-Cloud. Les sourires se multiplient et les paroles sont reprises jusque dans les derniers rangs.

Close To Me et Why Can’t I Be You? maintiennent cette ambiance avant l’ultime morceau.

Quelques notes suffisent.

Boys Don’t Cry.

Robert Smith chante une dernière fois tandis que le public reprend chaque mot. Sur scène, le groupe savoure ces derniers instants avant que les instruments ne se taisent définitivement.

Les lumières se rallument.

Cette fois, c’est terminé.

Trois jours de musique viennent de s’achever.

Il faudra attendre un an avant de revenir.

Mais ce soir, nous n’avons vraiment pas envie de rentrer.

Photos by Deadly Sexy Carl / Carl Curtis

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