Paléo Festival /

Le 22 Juillet 2026 /

Nyon (Suisse) /

Notre avis : 5/5.


Des pépites Helvétiques émergentes aux légendes incontournables du rock, en passant par des rituels théâtraux, de la chanson poétique et des traversées atmosphériques, cette journée sur la plaine de l’Asse aura incarné toute l’essence du Paléo Festival : un grand écart stylistique permanent, tenu par un même souci d’intensité et d’exigence scénique.

Du post-punk élégant des premières heures jusqu’à la déferlante techno qui a refermé la nuit, chaque concert a façonné le récit d’une édition particulièrement vibrante. Retour sur un parcours musical dense, immersif et haut en couleur.

Nonante ouvre le bal avec une nostalgie dansante

Les Lausannois de Nonante ouvrent cette journée avec une élégance. Dès les premières mesures, le quatuor installe son univers où se croisent post-punk, new wave et rock psychédélique, porté par une boîte à rythmes omniprésente qui imprime un tempo aussi froid qu’irrésistiblement dansant. Les lignes de basse hypnotiques, les nappes de synthétiseurs et les guitares nerveuses façonnent une atmosphère oscillant sans cesse entre mélancolie urbaine et euphorie nocturne.

Les compositions issues de leur récent album « Monate » prennent une nouvelle dimension sur scène. Les refrains accrocheurs et les arrangements ciselés rappellent autant les grandes heures de la cold wave que les sonorités plus contemporaines, sans jamais tomber dans le simple exercice de nostalgie. Le chant, à la fois détaché et habité, renforce cette impression où chaque morceau devient la bande-son d’une errance nocturne.

Sans effets superflus, Nonante séduit par la précision de son jeu et la cohésion de ses musiciens. Le groupe alterne passages contemplatifs et montées en puissance avec une grande fluidité, invitant progressivement le public à entrer dans son univers. Une entrée en matière raffinée, immersive et résolument suisse, qui lance idéalement les festivités du Paléo Festival.

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Witch Club Satan transforme la scène en rituel

Changement radical d’atmosphère avec les Norvégiennes de Witch Club Satan. Dès l’introduction, le trio plonge le public dans un univers aussi mystique qu’inquiétant, où le concert prend rapidement les allures d’un véritable rituel. Bien plus qu’une simple prestation musicale, les trois musiciennes proposent une performance totale mêlant black metal, théâtre, poésie et revendication féministe.

L’explosif « Hysteria » ouvre la cérémonie avec une violence maîtrisée, avant que « Wild Whores » ne fasse monter encore davantage la tension. Les compositions s’enchaînent sans véritable rupture, portées par des cris déchirants, des incantations, une saturation permanente et un jeu de scène aussi fascinant que déroutant. Avec « Water Girl / Mother Sea » puis « I Was Made By Fire », le groupe explore des atmosphères plus rituelles où la puissance sonore se mêle à une gestuelle presque chamanique.

Le manifeste « Black Metal Is Krig » rappelle l’attachement du trio à un black metal militant et libéré des codes traditionnels, tandis que « Salvation », « Mother » et « You Wildflower » alternent passages d’une grande intensité émotionnelle et explosions de fureur. Les maquillages renforce cette impression d’assister à une cérémonie païenne plus qu’à un concert conventionnel.

La dernière partie du set pousse encore plus loin la provocation avec « Fresh Blood, Fresh Pussy », véritable déflagration sonore et politique, avant l’étonnant « Witchcraft Techno », où les influences électroniques viennent enrichir leur black metal abrasif. Enfin, « Solace Sisters » referme cette expérience hors normes dans une ambiance toujours aussi hypnotique.

Radicale, dérangeante, viscérale et totalement assumée, la prestation de Witch Club Satan ne laisse personne indifférent. Entre performance artistique, rituel occulte et manifeste féministe, le trio signe sans doute l’un des moments les plus singuliers et marquants de cette édition du Paléo Festival.

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Sam Sauvage séduit par sa sincérité

Sam Sauvage nous offre une parenthèse aussi chaleureuse qu’authentique. Avec sa voix grave, son phrasé singulier et une présence scénique d’une grande simplicité, le chanteur capte rapidement l’attention d’un public qui se laisse entraîner dans son univers, quelque part entre pop, rock et chanson française. Ses textes, peuplés de marginaux, de noctambules, d’amoureux cabossés et de rêveurs, brossent des portraits du quotidien avec une sensibilité teintée d’humour et de mélancolie.

Dès « Les Gens Qui Dansent (J’Adore) », la communion s’installe avec une foule qui reprend spontanément le refrain. « Le Chant Des Sirènes » confirme la qualité de son écriture, tandis que « Pas Bourré » déclenche les premiers grands chœurs collectifs. Plus intimiste, « J’Suis Pas Bo » dévoile une facette plus fragile de l’artiste, avant que « Ne T’En Fais Pas Pour Elle » ne prolonge cette émotion avec délicatesse.

Le concert prend ensuite une tournure plus personnelle lorsque Sam Sauvage interprète « Boulogne », hommage à sa ville d’origine, avant d’enchaîner avec « Hypocrise » et « Je Ne T’Aime Plus », deux morceaux où l’ironie et les blessures sentimentales se mêlent avec justesse. L’intensité monte encore d’un cran sur « Un Cri Dans Le Métro », porté par une interprétation particulièrement habitée, puis « Avis De Tempête » apporte une énergie plus rock sans jamais perdre cette proximité avec le public qui fait la force du chanteur.

La fin du concert oscille entre optimisme et gravité. « Garder Le Sourire » est accueilli comme un véritable hymne fédérateur, avant que « La Fin Du Monde » ne vienne conclure la prestation sur une note à la fois douce-amère et lumineuse. Une performance sincère, généreuse et profondément humaine qui confirme Sam Sauvage comme l’une des belles révélations de cette édition.

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The Young Gods, toujours aussi visionnaires

The Young Gods célèbrent quarante années d’une carrière qui n’a jamais cessé d’explorer de nouveaux territoires sonores. Les Suisses démontrent avec une facilité déconcertante qu’ils demeurent l’une des formations les plus influentes du rock industriel Européen, capables de mêler puissance, expérimentation et intensité émotionnelle sans jamais tomber dans la démonstration.

Dès « Appear Disappear », qui ouvre le concert, le groupe installe une tension permanente. Les compositions du nouvel album trouvent naturellement leur place aux côtés de morceaux devenus incontournables de leur répertoire. « Systemized » et « Hey Amour » imposent leurs rythmiques mécaniques et leurs textures électroniques, tandis que « Blackwater » et « All My Skin Standing » plongent le public dans une atmosphère sombre et magnétique. Fidèle à son approche, la formation construit un véritable mur de son où les samples, les boucles, les guitares saturées et les effets se superposent avec une précision remarquable.

La prestation gagne encore en intensité avec « Kissing The Sun », « Skinflowers », véritable classique repris avec ferveur, puis « The Night Dance », dont les pulsations hypnotiques transforment la scène en une étrange transe industrielle. « Gasoline Man » rappelle toute la force brute du trio, avant que « Mes Yeux De Tous » n’apporte une touche plus contemplative sans perdre cette tension caractéristique.

Le final est à la hauteur de la réputation du groupe. « Blue Me Away » puis « Shine That Drone » concluent un concert dense et captivant, où chaque son semble sculpté avec minutie. Quarante ans après leurs débuts, The Young Gods continuent d’avancer sans nostalgie, prouvant que leur vision avant-gardiste reste plus actuelle que jamais. Une prestation puissante, immersive et fascinante, qui confirme leur statut de pionniers toujours en mouvement.

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The Last Dinner Party confirme son statut de phénomène

Les Britanniques de The Last Dinner Party signent sans conteste l’une des prestations les plus élégantes de cette journée. Dès leur entrée en scène, les cinq musiciennes imposent un univers où le glamour, l’exubérance et la dramaturgie ne font qu’un. Costumes soigneusement travaillés, jeux de lumières sophistiqués et harmonies vocales d’une grande précision transforment la scène en un véritable cabaret rock contemporain, aussi raffiné qu’intense.

Musicalement, le groupe navigue avec aisance entre rock baroque, art rock et pop orchestrale. Les influences de Kate Bush, David Bowie ou encore de la britpop la plus ambitieuse s’entremêlent dans des compositions riches en contrastes. L’ouverture avec « Burn Alive » installe immédiatement cette atmosphère fiévreuse avant que « The Feminine Urge », « Beautiful Boy » et « Gjuha » ne mettent en valeur toute la finesse de leur écriture et la complémentarité des voix.

Le concert gagne encore en intensité avec « Sinner », « My Lady Of Mercy » et le solennel « Agnus Dei », où les arrangements prennent une dimension presque liturgique. « Count The Ways », « This Is The Killer Speaking », « Rifle » et « Big Dog » démontrent ensuite la capacité du quintet à alterner passages intimistes et envolées plus rock sans jamais perdre en élégance. Enfin, l’incontournable « Nothing Matters » provoque une véritable communion avec le public, qui reprend en chœur le refrain de ce titre devenu emblématique. Une prestation parfaitement maîtrisée.

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Feu! Chatterton fait parler les mots

Avant même les premières notes, l’attente est palpable. Pour leur quatrième passage au Paléo, Feu! Chatterton confirme le lien privilégié qui l’unit au festival et retrouve un public déjà conquis. Dès « Compagnons », Arthur Teboul impose sa présence magnétique. Sa diction si singulière, à mi-chemin entre le chant et la déclamation, captive instantanément, portée par une écriture toujours aussi ciselée.

Entouré de musiciens d’une précision remarquable, le groupe déroule un répertoire où le rock progressif, la pop élégante et la poésie française se mêlent avec une rare fluidité. « Côte Concorde », « Allons Voir » et « Écran Total » illustrent parfaitement cette capacité à alterner envolées lyriques et passages plus intimistes. Les arrangements, d’une grande richesse, laissent respirer chaque instrument sans jamais éclipser la force des textes.

L’émotion gagne encore en intensité avec « Ce Qu’On Devient », « L’Étranger » et « Mille Vagues », interprétés avec une sensibilité qui suspend le temps. Puis « Libre » et « Monde Nouveau » insufflent un souffle d’espoir avant que « La Malinche » ne vienne conclure ce voyage musical avec toute son ampleur dramatique.

Moment particulièrement marquant de cette prestation, l’intégralité du concert est interprétée en langue des signes par le collectif 10 Doigts En Cavale. Loin d’être un simple accompagnement, cette traduction devient une véritable performance artistique, prolongeant les émotions véhiculées par les textes d’Arthur Teboul et offrant une dimension visuelle supplémentaire à un concert déjà d’une grande intensité. Une prestation d’une élégance rare, où chaque mot, chaque geste et chaque note semblent trouver leur juste place.

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Eivør ensorcelle le public

Une atmosphère presque mystique enveloppe la scène. Venue des Îles Féroé, Eivør entraîne immédiatement le public dans un voyage où les paysages sauvages de l’Atlantique Nord semblent se matérialiser à travers la musique. Sa voix, d’une maîtrise exceptionnelle, passe avec une aisance déconcertante d’une douceur cristalline à des envolées puissantes, presque chamaniques, faisant de chaque morceau une véritable expérience sensorielle.

Portée par des arrangements mêlant subtilement folk nordique, rock atmosphérique et textures électroniques, l’artiste construit un univers sonore d’une rare intensité. Les nappes de synthétiseurs, les percussions organiques et les jeux de lumière renforcent cette impression de traverser des fjords embrumés, des falaises balayées par les vents ou des paysages volcaniques. Sans jamais céder à l’esbroufe, Eivør captive par sa présence magnétique et la sincérité de son interprétation. Son concert, à la fois intime et monumental, possède une dimension profondément cinématographique qui suspend littéralement le temps et offre l’un des moments les plus envoûtants de cette journée de festival.

– Photo de la production –

The Cure offre un nouveau moment d’éternité

Le rendez-vous était attendu depuis des mois, et l’immense plaine de Paléo retient son souffle lorsque Robert Smith apparaît enfin sur scène sous une ovation assourdissante. Dès les premières notes d’« Alone », issu du récent « Songs Of A Lost World », le temps semble suspendu. La voix intacte du chanteur et les nappes de guitares enveloppent le public dans cette atmosphère unique, à la fois mélancolique, lumineuse et profondément hypnotique, qui fait de The Cure un groupe à part.

Le concert traverse ensuite plus de quarante ans de carrière avec une fluidité remarquable. Les incontournables « Pictures Of You », « High » et « Lovesong » rappellent l’élégance mélodique du groupe, tandis que « Burn », « Fascination Street », « alt.end » ou « Push » apportent une intensité plus sombre et électrique. Chaque morceau est accueilli par des milliers de voix, preuve de l’attachement intact du public à ce répertoire devenu intemporel.

La seconde partie du concert enchaîne les sommets. « In Between Days » et « Just Like Heaven » déclenchent une véritable communion, avant que « The Last Day Of Summer », « A Night Like This », « Play For Today » et l’incontournable « A Forest » ne replongent le public dans les atmosphères envoûtantes qui ont façonné la légende de The Cure. L’immense « From The Edge Of The Deep Green Sea » impressionne par son intensité, tandis que « Endsong », autre extrait du dernier album, clôt le premier acte sur une note majestueuse et contemplative.

Le rappel prend des allures de fête. « Lullaby », « Hot Hot Hot !!! », « The Walk » et « The Lovecats » font danser une foule entièrement acquise à la cause des Britanniques. Puis viennent les hymnes incontournables : « Friday I’m In Love », « Close To Me », « Why Can’t I Be You? » et enfin « Boys Don’t Cry », repris en chœur par des dizaines de milliers de spectateurs. Cinquième passage de The Cure au Paléo, cinquième démonstration d’un lien exceptionnel entre le groupe de Robert Smith et le festival Suisse. Plus qu’un simple concert, une célébration de plusieurs générations réunies autour de chansons devenues de véritables classiques.

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Kompromat prolonge la nuit

La fête ne s’arrête pas là. Pour refermer cette journée déjà riche en émotions, Kompromat investit la scène avec une proposition aussi radicale qu’hypnotique. Le duo formé par Vitalic et Rebeka Warrior plonge instantanément le public dans un univers où se rencontrent techno industrielle, EBM, cold wave et électronique sombre. Les pulsations mécaniques de Vitalic s’entremêlent à la voix habitée, tantôt incantatoire, tantôt rageuse, de Rebeka Warrior, donnant naissance à une performance d’une intensité rare.

Les morceaux issus de « Plдying / Prдying » prennent une ampleur nouvelle en concert. Les basses frappent la poitrine, les synthétiseurs dessinent des paysages glacés et les jeux de lumière, stroboscopes et faisceaux monochromes sculptent une atmosphère à la fois oppressante et fascinante. Peu à peu, la scène du Paléo se métamorphose en un immense club Berlinois à ciel ouvert où chaque battement de grosse caisse entraîne une foule entièrement acquise à la cause du duo.

Sans jamais relâcher la pression, Kompromat alterne montées de tension et explosions rythmiques, transformant cette fin de soirée en une véritable transe collective. Entre esthétique post-punk, électronique abrasive et énergie irrésistiblement dansante, Vitalic et Rebeka Warrior offrent un final spectaculaire qui laisse le public porté par cette déferlante sonore. Une conclusion sombre, magnétique et terriblement efficace pour clore une journée dont l’intensité ne sera jamais retombée.

– Photo de la production –

Le bilan

Cette journée du Paléo Festival aura parfaitement illustré la richesse de sa programmation : des découvertes Suisses aux légendes internationales, du black metal au folk nordique, de la poésie Française aux hymnes éternels de The Cure. Une succession de concerts qui rappellent pourquoi le Paléo reste l’un des rendez-vous musicaux incontournables de l’été Européen.

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