FESTIVAL MYTHOS  2026

JAY JAY JOHANSON

Date : 10 avril 2026
Salle : Le Cabaret Botanique
Lieu : Bretagne, Rennes (35)

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Par Mike S.

Vendredi soir, le Cabaret Botanique du parc du Thabor s’est transformé en bulle hors du temps. Plus de 500 personnes se sont réunies sous le chapiteau de bois, baignées par une lumière de fin d’après-midi filtrant à travers les vitraux. Il n’est que 18h, mais l’atmosphère est déjà dense, presque irréelle. Pas de première partie, pas d’introduction : le concert commence sans détour, dans un silence attentif.

Jay-Jay Johanson apparaît sous les applaudissements, accompagné d’un batteur et d’un claviériste, placés en retrait, presque effacés dans la pénombre. La lumière vient se poser sur lui, soulignant sa silhouette fine, presque fragile. Ses cheveux blonds, presque blancs, contrastent fortement avec sa tenue noire ample. Dès les premières secondes, une esthétique de clair-obscur s’impose.

Jay Jay Johanson

Les premières nappes électroniques de It Hurts Me So installent un climat immédiatement reconnaissable. Le trip-hop feutré qui a marqué les années 90 revient intact, porté par les textures des claviers et des samplers. Mais au-dessus de cette matière sonore, la voix détonne toujours autant. Un phrasé de crooner, presque anachronique, qui évoque davantage les années 50 que les clubs enfumés du trip-hop.

La soirée est annoncée comme un hommage aux 30 ans de Whiskey. Pourtant, seuls six titres de l’album sont joués, les plus emblématiques. Le reste de la setlist pioche dans une discographie riche de plus de quinze albums. Far Away, Smoke, Milan, Madrid, Chicago, Paris, She’s Mine But I’m Not Hers ou encore Heard Somebody Whistle jalonnent un parcours cohérent et fluide.

Sur scène, Jay-Jay Johanson se déplace sans cesse, lentement, tel un félin. Il traverse l’espace, passe derrière ses musiciens, les surprend, joue avec eux comme avec des partenaires de jeu. Par moments, il mime des gestes de percussion avec ses doigts, comme s’il tenait des baguettes invisibles. Une manière de rester en mouvement, malgré une certaine tension perceptible.

Jay Jay Johanson

Car derrière cette élégance, une forme de fragilité froide demeure. La voix vacille parfois, notamment dans les aigus. Le claviériste, récemment intégré à la tournée, connaît quelques hésitations, de légers ratés. Rien de majeur, mais suffisamment visible pour rappeler que tout ici se joue en direct, sans filet.

Le chanteur, lui, semble lutter contre la chaleur des projecteurs. Il alterne régulièrement entre une bouteille d’eau et un verre de bière, posé à portée de main. Son calme apparent laisse deviner une concentration constante, peut-être même une légère nervosité, vite absorbée dans le fil du concert.

Dans la salle, le public est captif. Beaucoup ont connu les débuts de l’artiste dans les années 90. On sent une émotion particulière, liée au souvenir, à cette musique qui a traversé les années sans se diluer. Une forme de nostalgie s’installe, renforcée par le contexte actuel, comme un refuge temporaire.

Les lumières accompagnent ce voyage intérieur. Rouges profondes, bleus froids, violets intenses. Elles enveloppent la scène sans jamais la saturer. À mesure que le jour décline derrière les vitraux, la lumière naturelle disparaît, laissant place à une ambiance plus nocturne, plus introspective.

Jay Jay Johanson

Le concert se déroule ainsi, sans rupture, porté par une continuité presque hypnotique. Les titres s’enchaînent avec douceur, créant un flux constant. Tomorrow, Not Time Yet ou encore She Doesn’t Live Here Anymore renforcent cette impression de voyage immobile.

Puis vient le rappel. Whispering Words, Finally, Believe in Us. Et enfin, My Way. Mais ce final va bien au-delà d’une simple reprise. Sur les premières notes, l’atmosphère bascule. Du spleen élégant, Jay-Jay Johanson glisse vers une énergie brute, punk, avec la version des Sex Pistols. Dans un premier temps, on a l’impression que le concert est terminé et que la salle a remis la musique d’ambiance. Mais Jay Jay reprend le micro puis descend de scène. Traverse la foule. Va à la rencontre du public, presque un par un. Le morceau s’étire, se transforme. La musique change encore, laissant place à une référence à Trainspotting, dont la bande-son culte refait surface, vieille de trois décennie, elle aussi (Underworld et son Born Slippy).  La salle entre en mouvement. Une transe collective s’installe, inattendue, libératrice.

Jay Jay Johanson

Pendant plus de dix minutes, le chanteur déambule, danse, sourit, lâche prise. La tension du concert disparaît. Ne reste que le plaisir. Une communion totale avec le public, fidèle depuis plus de trente ans. Lorsque tout s’arrête, le contraste est saisissant. Le calme revient, doucement. À Rennes, Jay-Jay Johanson n’a pas seulement célébré un anniversaire. Il a ravivé une mémoire collective. Celle d’une époque, d’un son, d’une émotion. Et prouvé, une fois encore, que certaines mélancolies ne vieillissent jamais.

 
Jay Jay Johanson

Merci aux musiciens, aux techniciens et aux organisateurs de cette belle soirée du Festival Mythos !


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