FESTIVAL LA ROUTE DU ROCK
Collection Hiver 20
avec Jehnny Beth – dälek – Dééfait – shortstraw. – Le Roy se meurt – Stereolab – Spill Gold – Chaton Laveur – Humour…
Date : 6 et 7 mars 2026
Salle : La Nouvelle Vague
Lieu : Bretagne, Saint Malo (35)
.
Par Mike S.
Pour sa 20ᵉ édition hivernale, le festival La Route du Rock – Collection Hiver célèbre deux décennies d’explorations musicales fidèles à son ADN : curieux, exigeant et indépendant. Pour marquer l’événement, les programmateurs ont vu grand, en invitant notamment le retour sur scène du mythique Stereolab, longtemps absent des radars. Presqu’autant que l’ancienneté des éditions hiver du frestival. Ajoutez à cela la présence d’une habituée du festival, Jehnny Beth, et vous obtenez déjà deux excellentes raisons de venir découvrir le reste d’une programmation 2026 qui promet de belles secousses sonores.
JOUR 1 – 6 MARS 2026
Jehnny Beth – dälek – Dééfait – shortstraw. – Le Roy se meurt
Il fallait arriver tôt à la salle de La Nouvelle Vague pour assister à l’ouverture de cette première soirée. Sur scène, le groupe franco-mexicain DEEFAIT donne le ton avec une prestation dense et incantatoire.

Basé à Paris et signé sur le label Ici d’Ailleurs, le quintette vient défendre un premier EP qui mêle « krautrock, noise rock, psychédélisme en décomposition et proto-punk païen ». Sur scène, la tension est immédiate. Le chanteur Riki Lara entre rapidement dans une transe quasi rituelle, embarquant le public dans une expérience sonore intense. Pendant quarante minutes, la salle retient son souffle, suspendue aux guitares abrasives de Lucas et Grégoire Couvert, à la rythmique implacable de Pablo Valero et à la basse d’Enir Da. Une entrée en matière physique et hallucinée, qui installe d’emblée une atmosphère électrique. Les retardataires sont passés à côté de quelque chose !
Le changement de décor est radical avec l’arrivée de la rappeuse britannique shortstraw.. Seule au centre d’une scène presque nue — une batterie pour unique compagnon — l’artiste originaire de Coventry transforme la salle en ring.

Dans un esprit résolument DIY, elle aborde le rap avec une énergie punk. Son flow, tendu et percutant, enchaîne les uppercuts contre la société britannique contemporaine. Elle revendique d’ailleurs des influences allant de Hak Baker à The Streets, en passant par The Prodigy ou Amyl and The Sniffers. Résultat : un set frontal, nerveux, alimentée par cette rage quasi viscérale, qui met littéralement le feu à la salle de la Nouvelle Vague. Seul bémol, je ne suis pas certain qu’on tiendrait plus de 30 ou 40 mn à ce type de show, à moins de mieux cerner les paroles peut-être.
La soirée monte encore d’un cran avec l’arrivée de JEHNNY BETH. L’artiste connaît bien la Route du Rock : elle s’y est déjà produite à plusieurs reprises avec son groupe SAVAGES, sur la scène du Fort de Saint-Père.

Forte d’un second album solo, You Heartbreaker, You, paru en 2025, la chanteuse franco-britannique déploie un show intense, et très radical. Sa présence scénique magnétique, ses gestes et postures, et l’urgence de ses morceaux transforment rapidement la salle en véritable chaudière. Entre tension post-punk, explosions électroniques et émotion brute, Jehnny Beth prouve une nouvelle fois qu’elle possède l’une des présences scéniques les plus puissantes de sa génération. On y perçoit des échos d’une PJ Harvey survitaminée ou la noirceur magnétique de Siouxsie, dans un concert profondément habité, tendu et résolument punk.

La nuit, elle, est encore loin d’être terminée. Elle se prolonge avec le hip-hop abrasif du groupe américain dälek, que je n’ai pas eu l’occasion d’apercevoir mais aura aussi marqué les esprits des fans de ce pionnier du rap expérimental mêlant noise, shoegaze et textures industrielles depuis la fin des années 1990. Avant de s’achever dans une ambiance plus dansante grâce au duo parisien Le Roy se meurt, chargé de faire vibrer les derniers festivaliers malouins jusqu’au bout de la nuit.
JOUR 2 – 7 MARS 2026
Stereolab – Spill Gold – Chaton Laveur – Humour
La deuxième soirée du festival prolonge l’expérience sonore entamée la veille avec une affiche différente, où les textures électroniques et les atmosphères hypnotiques tiennent une place centrale. Entre pop minimaliste, mysticisme électronique et retour très attendu d’un groupe culte des années 1990, cette soirée du 7 mars offrait un parcours musical aussi varié qu’envoûtant.
La soirée débute avec le duo belge CHATON LAVEUR. Derrière ce nom espiègle se cache une pop instinctive et minimaliste, qui s’installe rapidement dans la salle avec une fraîcheur communicative. Le groupe cultive une pop légère, faite de rythmes répétitifs, de sonorités analogiques et de mélodies simples mais efficaces.
Leur univers évoque par moments la naïveté dansante de Vive La Fête ou certaines couleurs psychédéliques du groupe français La Femme. Les voix, chantées en français, apportent une douceur presque enfantine à des morceaux pourtant traversés d’une discrète mélancolie. Une entrée en matière rafraîchissante qui installe une ambiance légère pour cette seconde soirée du festival.

Le climat se fait ensuite plus habité avec l’arrivée du duo néerlandais Spill Gold. Sur scène, Rosa Ronsdorf et Nina de Jong forment un tandem aussi minimal que magnétique : claviers et voix d’un côté, batterie de l’autre. Une configuration simple qui suffit pourtant à bâtir un univers sonore particulièrement dense.
Leur musique, nourrie de synthétiseurs analogiques et de percussions hypnotiques, développe une atmosphère presque mystique. On pense parfois à la dimension spirituelle et incantatoire de Dead Can Dance, notamment dans la manière dont la voix flotte au-dessus des textures sonores — évoquant par instants la présence de Lisa Gerrard. Mais l’on perçoit aussi des filiations avec les nappes éthérées de Cocteau Twins ou encore les paysages électroniques sophistiqués de Goldfrapp et de sa chanteuse Alison. Peu à peu, le duo installe une transe douce, presque méditative, où les couches de synthés enveloppent la salle dans une atmosphère envoûtante.

La tête d’affiche de la soirée était cependant attendue avec une certaine émotion : le retour sur scène de STEREOLAB. Mené par Tim Gane et Laetitia Sadier, le groupe demeure l’une des formations les plus singulières et influentes de la scène alternative des années 1990.
Leur mélange unique de krautrock, pop expérimentale et électronique vintage a profondément marqué l’histoire de la musique indépendante. Après un long hiatus entamé en 2009, le groupe a retrouvé le chemin des studios et publié en 2025 Instant Holograms On Metal Film, premier album en quinze ans.
Sur scène, la formation impressionne aussi par son ampleur : plusieurs musiciens et une riche instrumentation qui rappellent par moments les ensembles pop orchestraux de Belle and Sebastian — eux aussi habitués de la version estivale de la Route du Rock. Dès les premiers morceaux, les fans des années 1990 retrouvent avec plaisir ces mélodies entêtantes et cette pop lumineuse qui ont fait la réputation du groupe.
Laetitia Sadier semble parfois légèrement tendue face à cette salle bien remplie — près d’un millier de spectateurs venus assister à ce retour attendu près de vingt ans après la dernière grande tournée du groupe. La chanteuse franco-britannique parvient néanmoins à échanger quelques mots avec le public, notamment lorsqu’elle évoque les chansons interprétées en français. Un clin d’œil particulièrement apprécié par le public hexagonal, qui les accueille forcément différemment que lors des concerts outre-Manche.

Musicalement, le concert réserve aussi quelques surprises. Derrière la légèreté apparente de cette pop sophistiquée, certains morceaux bifurquent soudain vers des passages plus musclés, où les rythmiques rock et les guitares plus abrasives viennent densifier l’ensemble. Une dynamique qui surprend parfois mais contribue aussi à donner au concert une énergie inattendue. Dans la salle, l’accueil est chaleureux : le public se montre très réceptif et savoure visiblement ce moment suspendu.

La soirée s’est enfin prolongée avec le groupe post-punk écossais Humour, originaire de Glasgow. Formé durant les confinements de 2021, le quintette s’est rapidement imposé sur la scène britannique avec ses EP Pure Misery et A Small Crowd Gathered to Watch Me, avant de publier en 2025 l’album Learning Greek sur So Young Records, produit par Rod Jones du groupe Idlewild. Un concert que certains festivaliers auront apprécié donc tard dans la nuit — même si, pour notre part, il était déjà temps de refermer ce deuxième chapitre du festival.
Merci aux musiciens, aux techniciens et aux organisateurs de ces deux belles soirées à la Nouvelle Vague de St Malo !
Plus de photos sur notre page FB :
Stereolab – Spill Gold – Chaton Laveur
Jehnny Beth – Dééfait – shortstraw.
FESTIVAL LA ROUTE DU ROCK
Collection Hiver 20
avec Jehnny Beth – dälek – Dééfait – shortstraw. – Le Roy se meurt – Stereolab – Spill Gold – Chaton Laveur – Humour…
Date : 6 et 7 mars 2026
Salle : La Nouvelle Vague
Lieu : Bretagne, Saint Malo (35)
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Par Mike S.
Pour sa 20ᵉ édition hivernale, le festival La Route du Rock – Collection Hiver célèbre deux décennies d’explorations musicales fidèles à son ADN : curieux, exigeant et indépendant. Pour marquer l’événement, les programmateurs ont vu grand, en invitant notamment le retour sur scène du mythique Stereolab, longtemps absent des radars. Presqu’autant que l’ancienneté des éditions hiver du frestival. Ajoutez à cela la présence d’une habituée du festival, Jehnny Beth, et vous obtenez déjà deux excellentes raisons de venir découvrir le reste d’une programmation 2026 qui promet de belles secousses sonores.
JOUR 1 – 6 MARS 2026
Jehnny Beth – dälek – Dééfait – shortstraw. – Le Roy se meurt
Il fallait arriver tôt à la salle de La Nouvelle Vague pour assister à l’ouverture de cette première soirée. Sur scène, le groupe franco-mexicain DEEFAIT donne le ton avec une prestation dense et incantatoire.
Basé à Paris et signé sur le label Ici d’Ailleurs, le quintette vient défendre un premier EP qui mêle « krautrock, noise rock, psychédélisme en décomposition et proto-punk païen ». Sur scène, la tension est immédiate. Le chanteur Riki Lara entre rapidement dans une transe quasi rituelle, embarquant le public dans une expérience sonore intense. Pendant quarante minutes, la salle retient son souffle, suspendue aux guitares abrasives de Lucas et Grégoire Couvert, à la rythmique implacable de Pablo Valero et à la basse d’Enir Da. Une entrée en matière physique et hallucinée, qui installe d’emblée une atmosphère électrique. Les retardataires sont passés à côté de quelque chose !
Le changement de décor est radical avec l’arrivée de la rappeuse britannique shortstraw.. Seule au centre d’une scène presque nue — une batterie pour unique compagnon — l’artiste originaire de Coventry transforme la salle en ring.
Dans un esprit résolument DIY, elle aborde le rap avec une énergie punk. Son flow, tendu et percutant, enchaîne les uppercuts contre la société britannique contemporaine. Elle revendique d’ailleurs des influences allant de Hak Baker à The Streets, en passant par The Prodigy ou Amyl and The Sniffers. Résultat : un set frontal, nerveux, alimentée par cette rage quasi viscérale, qui met littéralement le feu à la salle de la Nouvelle Vague. Seul bémol, je ne suis pas certain qu’on tiendrait plus de 30 ou 40 mn à ce type de show, à moins de mieux cerner les paroles peut-être.
La soirée monte encore d’un cran avec l’arrivée de JEHNNY BETH. L’artiste connaît bien la Route du Rock : elle s’y est déjà produite à plusieurs reprises avec son groupe SAVAGES, sur la scène du Fort de Saint-Père.
Forte d’un second album solo, You Heartbreaker, You, paru en 2025, la chanteuse franco-britannique déploie un show intense, et très radical. Sa présence scénique magnétique, ses gestes et postures, et l’urgence de ses morceaux transforment rapidement la salle en véritable chaudière. Entre tension post-punk, explosions électroniques et émotion brute, Jehnny Beth prouve une nouvelle fois qu’elle possède l’une des présences scéniques les plus puissantes de sa génération. On y perçoit des échos d’une PJ Harvey survitaminée ou la noirceur magnétique de Siouxsie, dans un concert profondément habité, tendu et résolument punk.
La nuit, elle, est encore loin d’être terminée. Elle se prolonge avec le hip-hop abrasif du groupe américain dälek, que je n’ai pas eu l’occasion d’apercevoir mais aura aussi marqué les esprits des fans de ce pionnier du rap expérimental mêlant noise, shoegaze et textures industrielles depuis la fin des années 1990. Avant de s’achever dans une ambiance plus dansante grâce au duo parisien Le Roy se meurt, chargé de faire vibrer les derniers festivaliers malouins jusqu’au bout de la nuit.
JOUR 2 – 7 MARS 2026
Stereolab – Spill Gold – Chaton Laveur – Humour
La deuxième soirée du festival prolonge l’expérience sonore entamée la veille avec une affiche différente, où les textures électroniques et les atmosphères hypnotiques tiennent une place centrale. Entre pop minimaliste, mysticisme électronique et retour très attendu d’un groupe culte des années 1990, cette soirée du 7 mars offrait un parcours musical aussi varié qu’envoûtant.
La soirée débute avec le duo belge CHATON LAVEUR. Derrière ce nom espiègle se cache une pop instinctive et minimaliste, qui s’installe rapidement dans la salle avec une fraîcheur communicative. Le groupe cultive une pop légère, faite de rythmes répétitifs, de sonorités analogiques et de mélodies simples mais efficaces.
Leur univers évoque par moments la naïveté dansante de Vive La Fête ou certaines couleurs psychédéliques du groupe français La Femme. Les voix, chantées en français, apportent une douceur presque enfantine à des morceaux pourtant traversés d’une discrète mélancolie. Une entrée en matière rafraîchissante qui installe une ambiance légère pour cette seconde soirée du festival.
Le climat se fait ensuite plus habité avec l’arrivée du duo néerlandais Spill Gold. Sur scène, Rosa Ronsdorf et Nina de Jong forment un tandem aussi minimal que magnétique : claviers et voix d’un côté, batterie de l’autre. Une configuration simple qui suffit pourtant à bâtir un univers sonore particulièrement dense.
Leur musique, nourrie de synthétiseurs analogiques et de percussions hypnotiques, développe une atmosphère presque mystique. On pense parfois à la dimension spirituelle et incantatoire de Dead Can Dance, notamment dans la manière dont la voix flotte au-dessus des textures sonores — évoquant par instants la présence de Lisa Gerrard. Mais l’on perçoit aussi des filiations avec les nappes éthérées de Cocteau Twins ou encore les paysages électroniques sophistiqués de Goldfrapp et de sa chanteuse Alison. Peu à peu, le duo installe une transe douce, presque méditative, où les couches de synthés enveloppent la salle dans une atmosphère envoûtante.
La tête d’affiche de la soirée était cependant attendue avec une certaine émotion : le retour sur scène de STEREOLAB. Mené par Tim Gane et Laetitia Sadier, le groupe demeure l’une des formations les plus singulières et influentes de la scène alternative des années 1990.
Leur mélange unique de krautrock, pop expérimentale et électronique vintage a profondément marqué l’histoire de la musique indépendante. Après un long hiatus entamé en 2009, le groupe a retrouvé le chemin des studios et publié en 2025 Instant Holograms On Metal Film, premier album en quinze ans.
Sur scène, la formation impressionne aussi par son ampleur : plusieurs musiciens et une riche instrumentation qui rappellent par moments les ensembles pop orchestraux de Belle and Sebastian — eux aussi habitués de la version estivale de la Route du Rock. Dès les premiers morceaux, les fans des années 1990 retrouvent avec plaisir ces mélodies entêtantes et cette pop lumineuse qui ont fait la réputation du groupe.
Laetitia Sadier semble parfois légèrement tendue face à cette salle bien remplie — près d’un millier de spectateurs venus assister à ce retour attendu près de vingt ans après la dernière grande tournée du groupe. La chanteuse franco-britannique parvient néanmoins à échanger quelques mots avec le public, notamment lorsqu’elle évoque les chansons interprétées en français. Un clin d’œil particulièrement apprécié par le public hexagonal, qui les accueille forcément différemment que lors des concerts outre-Manche.
Musicalement, le concert réserve aussi quelques surprises. Derrière la légèreté apparente de cette pop sophistiquée, certains morceaux bifurquent soudain vers des passages plus musclés, où les rythmiques rock et les guitares plus abrasives viennent densifier l’ensemble. Une dynamique qui surprend parfois mais contribue aussi à donner au concert une énergie inattendue. Dans la salle, l’accueil est chaleureux : le public se montre très réceptif et savoure visiblement ce moment suspendu.
La soirée s’est enfin prolongée avec le groupe post-punk écossais Humour, originaire de Glasgow. Formé durant les confinements de 2021, le quintette s’est rapidement imposé sur la scène britannique avec ses EP Pure Misery et A Small Crowd Gathered to Watch Me, avant de publier en 2025 l’album Learning Greek sur So Young Records, produit par Rod Jones du groupe Idlewild. Un concert que certains festivaliers auront apprécié donc tard dans la nuit — même si, pour notre part, il était déjà temps de refermer ce deuxième chapitre du festival.
Merci aux musiciens, aux techniciens et aux organisateurs de ces deux belles soirées à la Nouvelle Vague de St Malo !
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Stereolab – Spill Gold – Chaton Laveur
Jehnny Beth – Dééfait – shortstraw.