Daisy Driver – En Désaccord

2026 – 16  titres – 57’40
Label : Autoproduit
St
yle : Rock
Origine : France, Grand Est, Lorraine, Verdun (55)
Date de sortie de l’album : 03 octobre 2026

 


Par Fabrice A.

Neuf ans après Nulle Part, Daisy Driver revient avec En Désaccord, sorti le 03 octobre 2026. Une longue attente qui n’a entamé ni l’envie ni le caractère du groupe Verdunois. À travers seize titres, la formation conjugue guitares affirmées, mélodies accrocheuses et textes nourris d’histoires humaines. Amitié, absence, amour, violence ou solidarité traversent ce deuxième opus, où deux classiques de la chanson française trouvent également leur place. Un retour généreux, avec la scène en ligne de mire et beaucoup de choses à raconter.

Renouer le contact, retrouver les siens

L’ouverture avec Le Silence Est D’Or prend une résonance particulière après ces années d’attente. La chanson évoque le contact que l’on reprend avec quelqu’un après une longue période de coupure. Pour Daisy Driver, elle fait notamment écho à l’après-Covid, durant lequel le groupe a considérablement ralenti son activité. Une manière de renouer le dialogue qui donne tout son sens à cette entrée en matière.

Manque, l’une des dernières compositions écrites pour l’album, prolonge cette réflexion sur les liens qui se distendent. Le morceau parle d’amitié et de ces personnes que l’on finit par perdre de vue. Il ouvre aussi une lecture plus douloureuse : celle d’un ami que la drogue éloigne, jusqu’à rendre la relation presque inaccessible. Derrière un titre simple se dessinent plusieurs formes d’absence.

Avec Tout Le Monde Il Est Beau, Daisy Driver aborde la tolérance. Mais le morceau porte aussi une présence singulière : le message téléphonique entendu en introduction est celui de Mike, le tourneur du groupe, disparu l’année précédente. Dan l’a retrouvé dans sa messagerie quelques mois avant la sortie du disque. Cette voix conservée prend alors la valeur d’un signe, comme si Mike venait encore parler aux musiciens depuis son étoile. Un détail profondément humain qui donne à la chanson une dimension supplémentaire.

Ceux que l’on voit moins

Sous son titre provocateur, Trop Con défend un propos solidaire. Cette chanson, que Daisy Driver emporte avec lui depuis des années, rend hommage aux gens de l’ombre : celles et ceux qui se lèvent chaque matin pour faire fonctionner le monde, tandis que d’autres occupent la lumière. Des personnes indispensables, mais trop rarement reconnues. Le mordant du titre sert ainsi un message de soutien à tous ces anonymes sans lesquels rien ne tiendrait debout.

Laisse Aller déplace ensuite le regard vers l’intime. Le morceau raconte une histoire d’amour entre deux personnes, dont l’une se sait condamnée. Elle demande à l’autre de la laisser partir et de poursuivre sa vie. L’invitation à « laisser aller » prend ici un sens bouleversant : aimer suffisamment pour souhaiter que l’autre puisse continuer après soi.

Ces premiers titres révèlent la place essentielle de l’écriture sur En Désaccord. Derrière l’énergie rock, Daisy Driver s’intéresse aux relations humaines, à ce qui les nourrit et à ce qui les fragilise.

La chanson française sous tension

Deux reprises dialoguent avec ces compositions : Foule Sentimentale, d’Alain Souchon, et La Corrida, de Francis Cabrel. Deux classiques auxquels Daisy Driver imprime son tempérament électrique.

Sur Foule Sentimentale, la mélodie reste immédiatement reconnaissable, mais les guitares donnent davantage de corps au morceau. Le groupe en préserve l’esprit tout en l’inscrivant dans son univers. Cette relecture souligne son attachement à une chanson française capable de réunir la force du texte et celle du refrain.

Plus loin dans le disque, La Corrida gagne elle aussi en puissance et en tension. L’interprétation devient plus incisive, portée par des arrangements qui accentuent la charge du morceau. Ces reprises s’intègrent naturellement à l’album, tant elles rejoignent le goût de Daisy Driver pour les chansons qui ont quelque chose à dire.

Des mensonges aux blessures

Après Foule Sentimentale, Le Comédien dresse le portrait d’un menteur qui se joue de son entourage. Le titre renvoie à ce personnage qui transforme ses relations en représentation, avançant derrière un rôle et manipulant ceux qui lui font confiance.

Avec Le Poing Des Maux, dernière chanson composée pour l’album, le propos devient particulièrement sombre. Daisy Driver raconte l’histoire d’une femme victime des violences de son compagnon, jusqu’à en mourir. Le jeu de mots du titre prend alors toute sa gravité, reliant les coups à la souffrance qu’ils provoquent. Le groupe aborde ici les violences conjugales à travers une tragédie humaine, donnant au morceau une place à part dans l’album.

Sigo Resistiendo ouvre ensuite une perspective collective. Présentée par les musiciens comme leur chanson « révolutionnaire », elle se veut surtout un cri de ralliement adressé à la jeunesse. Celle qui devra avancer avec le monde que les générations précédentes lui laisseront. Une invitation à tenir debout et à continuer, portée par l’envie de transmettre un élan.

Quand les liens se brisent

Avec Pas Comme Toi, Daisy Driver revient à la question de l’abandon. La chanson se place du côté de ceux qui restent et doivent se battre face au départ de l’autre, vécu comme une forme de lâcheté. Elle donne une voix à celles et ceux qui portent les conséquences d’une séparation qu’ils n’ont pas choisie.

Le morceau-titre, En Désaccord, raconte lui aussi une rupture. Le nom de l’album trouve ainsi un ancrage intime, dans ce moment où deux personnes ne parviennent plus à avancer ensemble. Au fil du disque, les désaccords prennent plusieurs visages : ils traversent les couples, les amitiés et notre manière de vivre avec les autres.

Jessica apporte une autre nuance à ces histoires de liens. Le morceau raconte l’inquiétude d’un père pour sa fille, cet amour traversé par la peur et le désir de protéger. Daisy Driver poursuit ainsi son exploration des sentiments à hauteur de vie, à travers des situations auxquelles chacun peut être sensible.

Désirs, cinéma et déclaration d’amour

Après La Corrida, I’m Bad assume une dimension sexuelle et apporte une tonalité plus charnelle à cette dernière partie. Le groupe laisse ensuite parler son goût du cinéma avec Terminator, véritable déclaration d’amour aux films d’action des années 1980.

Le disque se referme sur I Love Paris, autre hommage revendiqué, cette fois à la capitale. Après les absences, les ruptures et les blessures qui traversent plusieurs chansons, Daisy Driver termine sur un cri d’amour. Ces derniers morceaux rappellent aussi la liberté avec laquelle le groupe construit son répertoire, laissant cohabiter des sujets graves, le désir et ses enthousiasmes.

La scène en ligne de mire

Cette diversité trouve un prolongement naturel sur scène. Les guitares prennent de l’espace, les refrains invitent au partage et les changements d’atmosphère permettent de construire un concert aux multiples reliefs.

Nous avions déjà pu en mesurer le potentiel au RTT Festival, au Lac de Madine, où plusieurs de ces titres avaient été présentés devant le public. Leur passage en live mettait en évidence cette capacité à faire circuler les chansons entre les musiciens et la salle. Nous l’avons également constaté lors du concert événement à Verdun le soir de la sortie de l’album.

Connaître les histoires qui les accompagnent leur donne désormais un relief supplémentaire. Derrière un refrain se tient parfois un ami perdu de vue, une voix retrouvée dans une messagerie, une séparation ou une inquiétude de père. Autant de présences qui nourrissent le disque et prolongent l’écoute.

Un retour qui a quelque chose à dire

Avec En désaccord, Daisy Driver signe un deuxième album solide et généreux. Neuf ans après Nulle Part, le groupe conserve ses points d’ancrage — les guitares, les mélodies et l’envie de jouer — tout en donnant une place centrale aux récits qui habitent ses chansons.

La force du disque tient à cette variété de regards. Daisy Driver parle des anonymes qui font tourner le monde, des proches qui s’éloignent, de ceux qui restent et de la jeunesse qui devra prendre la suite. Il laisse aussi de la place au désir, au cinéma et à l’amour d’une ville. Un ensemble éclectique, lié par une même attention aux mots et par un tempérament rock bien affirmé.

Après neuf ans d’attente, Daisy Driver remet les watts. Avec des histoires à partager autant que des refrains à reprendre.

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Line up :
Dan au chant
Hugo à la guitare
Greg à la basse
Alexis à la batterie

Ghislain aux claviers et aux choeurs


Tracklist : 

01 – Le Silence Est D’Or – 3’22
02 – Manque – 3’14
03 – Tout Le Monde Il Est Beau – 2’57
04 – Trop Con – 3’57
05 – Laisse Aller – 3’16
06 – Foule Sentimentale – 3’50
07 – Le Comédien – 3’23
08 – Le Poing Des Maux – 4’13
09 – Sigo Resistiendo – 3’38
10 – Pas Comme Toi – 4’13
11 – En Désaccord – 4’05
12 – Jessica – 2’45
13 – La Corrida – 4’47
14 – I’m Bad – 2’53
15 – Terminator – 3’22
16 – I Love Paris – 3’37