Le Cabaret Vert /

Le 20 Août 2026 /

Charleville-Mézières (08) /

Notre avis : 5/5.


Le Cabaret Vert ouvre son édition 2026 avec une journée placée sous le signe des guitares lourdes et des croisements sans frontières. Du hardcore fédérateur de Speed au nu metal Nancéien de Goya, du rap-metal historique de Body Count aux atmosphères envoûtantes de Deftones, les scènes Carolomacériennes ont vu défiler plusieurs générations de groupes. Entre découvertes, concerts écourtés et démonstrations de force, ce jeudi 20 août a fait monter la pression sans jamais vraiment la relâcher.

SPEED déclenche l’onde de choc

Sur la scène Zanzibar, Speed ne tarde pas à rappeler pourquoi son nom est devenu indissociable du renouveau du hardcore. Les Australiens frappent immédiatement avec Real Life Love, avant que Don’t Need et Real Sick ne transforment les premiers rangs en vaste mouvement collectif. Les riffs sont épais, les ruptures sèches et chaque morceau semble conçu pour abolir la distance entre la scène et le public.

Mais Speed ne se résume pas à une simple démonstration de puissance. Derrière l’impact de Shut It Down, Ain’t My Game et We See U, le groupe défend une vision profondément communautaire du hardcore. Les mots d’authenticité, de respect et d’inclusivité trouvent un prolongement naturel dans cette foule invitée à participer plutôt qu’à rester spectatrice.

Peace et All My Angels entretiennent cette ferveur, tandis que Big Bite, Kill Cap et One Blood We Bleed durcissent encore le ton. Le groupe ne baisse jamais la garde et termine avec Not That Nice, Only Foes… et The First Test. Speed quitte la scène après un concert compact, frontal et fédérateur, confirmant que son ascension mondiale n’a rien atténué de ses racines Australiennes.

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GOYA bouscule les codes

Goya poursuit les festivités avec un nu metal qui puise autant dans l’effervescence des années 2000 que dans les sonorités les plus actuelles. Le groupe nancéien refuse toutefois de se laisser enfermer dans une seule esthétique. Jazz, trap, djent, passages mélodiques et riffs massifs s’entremêlent au sein d’un univers entièrement autoproduit, pensé dans ses moindres détails.

Sur scène, cette combinaison gagne en relief et en intensité. Les guitares imposent leur poids, les basses renforcent l’impact de l’ensemble et les éléments électroniques apportent une profondeur supplémentaire. Goya joue constamment sur les contrastes, alternant passages aériens, mélodies accrocheuses et décharges beaucoup plus brutales. Chaque changement d’atmosphère entretient la tension et empêche le concert de suivre une trajectoire trop prévisible.

Le groupe ne cherche pas à reproduire docilement les recettes du nu metal. Il préfère en démonter les mécanismes pour les réassembler à sa manière, en y intégrant des influences contemporaines et une approche résolument personnelle. Cette liberté permet aux morceaux de passer naturellement de l’introspection à la confrontation, sans perdre leur cohérence.

Encore jeune, Goya affiche déjà une identité solide et une véritable maîtrise de son univers. Sa prestation révèle un groupe ambitieux, capable de conjuguer puissance, modernité et sens de la mélodie tout en traçant progressivement sa propre voie.

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BASEMENT entre tension et mélancolie

Basement impose ensuite une tout autre nuance. Le groupe d’Ipswich puise dans le rock alternatif britannique et les élans mélodiques de la britpop pour construire un concert où l’énergie reste constamment traversée par la mélancolie. Dès Time Waster, les guitares claires et nerveuses installent un climat tendu. Deadweight accentue cette sensation, avant que Broken By Design ne resserre le propos avec davantage d’urgence.

Avec Covet, Basement trouve immédiatement un écho dans le public. Le morceau révèle tout le sens mélodique du groupe : les guitares dessinent des lignes accrocheuses, la section rythmique accompagne chaque variation avec précision et le chant conserve cette fragilité caractéristique qui traverse sa discographie. L’immédiateté du refrain contraste avec la vulnérabilité du texte et donne au concert une profondeur particulière.

Spoiled, Are You The One et Wired prolongent cet équilibre subtil entre énergie contenue et émotions à fleur de peau. Basement ne recherche jamais l’explosion permanente. Le groupe préfère laisser les mélodies s’installer, jouer sur les silences et faire évoluer les atmosphères par petites touches. Derrière l’apparente simplicité des compositions se dévoile une écriture soigneusement travaillée, attentive aux nuances et aux changements de lumière.

La seconde moitié du concert s’appuie sur Sever, The Way I Feel et Head Alight. Les morceaux s’enchaînent avec une fluidité qui renforce la cohérence de la prestation, entre refrains lumineux, tension intérieure et nostalgie diffuse. Les accents de rock alternatif se mêlent alors à une élégance typiquement britannique, sans jamais céder à la démonstration.

Whole, Pine et Earl Grey replongent ensuite dans les racines du groupe et rappellent la permanence de cette écriture directe, intime et profondément mélodique. Les arrangements restent sobres, laissant suffisamment d’espace au chant et aux émotions pour s’exprimer pleinement.

Promise Everything referme le concert avec la même retenue qui en accompagne chaque instant. Basement n’a besoin ni d’artifices ni d’effets excessifs pour marquer les esprits. La sincérité de ses compositions, la finesse de ses mélodies et la justesse de son interprétation suffisent à donner à cette prestation toute sa force et sa profondeur.

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BODY COUNT, la colère intacte

L’arrivée de Body Count provoque un changement radical d’atmosphère. Mené par Ice-T et Ernie C, le groupe impose immédiatement sa présence avec Body Count’s In The House. Quelques secondes suffisent pour rappeler que la formation Californienne demeure une redoutable machine de scène. Le ton est donné, avant que la reprise de Raining Blood / Postmortem de Slayer ne fasse déferler une première vague de violence sonore sur le Cabaret Vert.

Ice-T occupe l’espace avec une autorité naturelle. Entre rap, harangues et chant scandé, il mène le concert comme une charge frontale, sans laisser le moindre temps mort. À ses côtés, Ernie C fait parler des guitares lourdes et acérées, véritables piliers d’un son qui refuse toute concession. Point The Finger et There Goes The Neighborhood replongent dans les premières années du groupe, à une époque où Body Count faisait voler en éclats les frontières entre rap, punk et metal.

Avec The Purge, Manslaughter et No Lives Matter, le propos revient brutalement au présent. Derrière la puissance des riffs, les textes conservent toute leur portée politique et sociale. Inégalités, violences institutionnelles et fractures de la société nourrissent une colère qui ne s’est jamais émoussée. Body Count ne transforme pas son engagement en simple posture : le groupe puise dans plusieurs décennies de tensions, d’injustices et de confrontations pour donner à chaque morceau une force concrète.

La prestation se poursuit avec Psychopath, Drive By et Necessary Evil, trois titres qui entretiennent une pression constante. Body Count rend ensuite hommage à The Exploited à travers War / UK 82 / Disorder. Cette séquence fait ressortir les racines punk du groupe et souligne la proximité naturelle entre les deux univers, réunis par la même urgence et le même refus de l’ordre établi.

Talk Shit, Get Shot prépare enfin le terrain pour Cop Killer, toujours aussi brûlant plus de trente ans après sa sortie. Le morceau conserve intact son pouvoir de provocation et referme le concert sur une ultime déflagration. Body Count ne se repose ni sur son histoire ni sur la nostalgie : il démontre que son rap-metal reste une arme parfaitement affûtée, aussi directe, menaçante et nécessaire qu’à ses débuts.

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LAST TRAIN, la tension à son comble

Sur la Razorback, Last Train avance avec l’assurance d’un groupe qui maîtrise parfaitement les rouages de la scène. Les Alsaciens livrent un concert sombre et frontal, fidèle à la direction empruntée sur leur troisième album, III. Débarrassée du superflu, leur musique privilégie une écriture directe, portée par des guitares rugueuses, des contrastes marqués et une tension qui ne faiblit jamais.

Le groupe ne se contente pas d’enchaîner les morceaux : il construit un véritable récit sonore, fait de montées progressives, d’accalmies trompeuses et de brusques déflagrations. Chaque silence semble suspendre le temps avant que les instruments ne reprennent leurs droits avec une intensité renouvelée. La densité du son n’efface pourtant jamais les mélodies ni cette sensibilité à vif qui donne aux compositions toute leur profondeur.

Des titres comme Home, Way Out et On Our Knees illustrent parfaitement cette recherche d’équilibre entre puissance et retenue. Disappointed laisse davantage affleurer la fragilité du groupe, tandis que Between Wounds et This Is Me Trying renforcent la dimension viscérale de la prestation. Last Train joue avec une implication totale, comme si chaque morceau devait être le dernier.

Cette montée en puissance est malheureusement interrompue lorsqu’une altercation physique éclate dans le public. Le concert s’arrête le temps que la situation retrouve son calme. Cette coupure brutale pourrait briser l’élan du groupe, mais Last Train parvient à reprendre le fil de sa prestation sans perdre sa concentration ni sa cohérence.

The Big Picture figure également parmi les morceaux interprétés au cours de ce set aussi sombre que saisissant. Entre tension électrique, mélancolie contenue et explosions instrumentales, Last Train confirme sa capacité à transformer chaque concert en une expérience intense. Même interrompue, la prestation conserve toute sa force et laisse derrière elle une impression durable.

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TURNSTILE ouvre toutes les portes

Turnstile arrive avec une ambition différente : transformer le hardcore en un territoire ouvert, où les genres, les couleurs et les émotions peuvent librement se rencontrer. Never Enough lance le concert avec une énergie immédiate, bientôt prolongée par T.L.C. (Turnstile Love Connection). Le groupe de Baltimore investit chaque recoin de la scène, multiplie les mouvements et recherche constamment le contact avec la foule.

Endless, I Care et Dull confirment cette volonté de faire tomber les barrières. Les fondations restent profondément ancrées dans le hardcore, mais Turnstile les enrichit de mélodies lumineuses, de textures plus aériennes et de respirations inattendues. Les morceaux alternent accélérations fulgurantes et passages plus ouverts, sans jamais perdre leur cohérence ni leur impact.

Cette liberté permet au groupe de dépasser les codes du genre sans en atténuer la force. Don’t Play et I Don’t Wanna Be Blind conservent leur intensité frontale, tout en révélant un sens aigu du refrain et du contraste. Turnstile ne cherche pas à enfermer sa musique dans une formule : chaque titre devient l’occasion d’explorer une nouvelle direction, de déplacer les lignes et de surprendre.

Avec Sole, Holiday et Look Out For Me, la scène se transforme en un vaste espace de liberté. Le public saute, danse et reprend les refrains dans une ambiance qui tient autant de la fête que du défoulement collectif. La distance entre les musiciens et la foule semble disparaître au profit d’un même mouvement, généreux et fédérateur.

Turnstile revient finalement pour un rappel composé de Mystery, Blackout et Birds. Ces trois derniers titres concentrent tout ce qui fait la singularité du groupe : une énergie débordante, des mélodies immédiates et une capacité rare à rassembler sans jamais lisser son identité. Le groupe quitte la scène après avoir démontré que le hardcore peut rester incandescent tout en repoussant ses propres frontières.

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DEFTONES entre vertige et brutalité

Deftones plonge ensuite le Cabaret Vert dans un univers plus trouble, où la violence sonore côtoie une forme de beauté vaporeuse. Be Quiet And Drive (Far Away) ouvre le concert avec une intensité immédiatement reconnaissable. La voix de Chino Moreno oscille entre murmures suspendus, lignes mélodiques fragiles et éclats rageurs, tandis que les guitares dressent un mur sonore aussi massif qu’enveloppant. Dès les premières minutes, le groupe impose cette tension permanente qui constitue depuis toujours le cœur de son identité.

Swerve City resserre l’étau avant l’arrivée des nouveaux titres My Mind Is A Mountain et Locked Club. Loin de rompre l’équilibre du concert, ces morceaux trouvent naturellement leur place au milieu des classiques et prolongent les explorations sonores du groupe. Tempest prend ensuite le temps d’étirer les atmosphères, laissant la tension se développer lentement, avant qu’Around The Fur ne ramène une brutalité plus directe et viscérale.

Deftones joue constamment sur ce contraste entre pesanteur et apesanteur. Les guitares peuvent écraser l’espace avant de s’effacer derrière des textures plus aériennes, tandis que la section rythmique maintient une pression sourde et continue. Rosemary, Rocket Skates et Risk traversent différentes périodes de la carrière du groupe sans jamais briser la cohérence de l’ensemble. Chaque morceau semble appartenir à un même paysage, à la fois inquiétant, hypnotique et profondément immersif.

Le climat devient plus sensuel avec Sextape, dont les mélodies enveloppent progressivement la scène. Infinite Source et Entombed prolongent cette parenthèse presque irréelle, entre lumière diffuse et sonorités cotonneuses. Deftones ne cherche pas seulement l’impact immédiat : le groupe façonne une expérience qui joue sur les sensations, les contrastes et les changements de densité.

La fin du set principal gagne progressivement en intensité avec Korea, Change (In The House Of Flies) et Milk Of The Madonna, prolongé par une outro de Souvenir. La noirceur se fait plus pressante, portée par une interprétation qui conserve toute sa puissance sans sacrifier les nuances. Le public accompagne chaque montée, happé par cette succession de vagues sonores.

Deftones revient finalement avec Cherry Waves, repris par une foule conquise. My Own Summer (Shove It) et 7 Words referment le concert dans une ultime décharge abrasive, renouant avec la fureur des premiers albums. Après près de quatre décennies d’existence, les Californiens continuent d’échapper aux catégories. Leur musique n’a rien perdu de sa capacité à troubler, à surprendre et à transformer chaque concert en une expérience profondément sensorielle.

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RISE OF THE NORTHSTAR porte le coup de grâce

Rise Of The Northstar se charge de porter le dernier coup avec un crossover explosif, nourri de rap, de metal, de hardcore et de culture japonaise. Neo Paris ouvre les portes d’un univers singulier, dans lequel la réalité urbaine se mêle à une fiction façonnée par l’imagerie des mangas, les riffs thrash et des rythmiques massives. Dès les premières minutes, le groupe parisien impose une esthétique immédiatement reconnaissable, pensée comme le prolongement visuel de sa musique.

Showdown et Welcame (Furyo State Of Mind) font rapidement monter la tension, avant qu’Here Comes The Boom ne provoque une première déflagration collective. Rise Of The Northstar maîtrise parfaitement l’art du morceau taillé pour la scène : les refrains appellent la participation du public, les ruptures déclenchent les mouvements de foule et chaque pose contribue à renforcer la dimension spectaculaire de la prestation.

Le groupe ne laisse aucun détail au hasard. Les guitares tranchantes, les basses épaisses et les passages rappés s’imbriquent dans un ensemble compact, où chaque accélération semble préparer un impact encore plus puissant. La mise en scène, les attitudes martiales et l’identité visuelle inspirée de la culture japonaise donnent au concert des allures de combat chorégraphié. Derrière cette maîtrise, l’énergie reste pourtant spontanée et le contact avec le public permanent.

Le concert prend une dimension particulière avec One Love, interprété en compagnie d’Enhancer. La rencontre entre deux générations du rap-metal français dépasse le simple effet de surprise et s’impose comme l’un des moments marquants du set. Les deux groupes partagent la même énergie fédératrice et le même goût pour le décloisonnement. Payback maintient ensuite la pression, avant que Back 2 Basics, partagé avec LANDMVRKS, ne prolonge cette démonstration de force.

Après Turbo-Intro, Rise Of The Northstar repart à l’assaut avec Falcon, A.I.R. Max et Rise. Le groupe accélère encore sans jamais donner l’impression de subir son propre rythme. Sur scène comme dans le public, les corps restent en mouvement et chaque refrain nourrit une communion aussi intense que physique.

Again And Again vient conclure le concert dans un dernier élan collectif. Rise Of The Northstar quitte la scène après avoir imposé un univers cohérent, spectaculaire et résolument personnel. Du hardcore australien au metal atmosphérique californien, cette première journée du Cabaret Vert trouve ainsi une conclusion à son image : massive, ouverte et entièrement tournée vers la scène.

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