SIXTEEN HORSEPOWER 
en concert

Date : 14 mai 2026
Salle : Le MeM
Lieu : Bretagne, Rennes (35).


Par Mike S.

Le public breton a profité de ce jeudi férié pour remplir le MeM de Rennes.. Près de 1400 fidèles se sont pressés pour le retour d’un culte oublié : 16 Horsepower, ressuscité après plus de vingt ans de silence. Sur scène, David Eugene Edwards, silhouette hiératique, reprend le flambeau d’un folk gothique, hanté par le blues et la colère divine.

Le concert s’ouvre sur « I See What I Saw », le premier titre du premier album, Sackcloth ’n’ Ashes (1995). D’entrée, les grondements de basse accrochent, la batterie martèle sec, et les guitares enchaînent leurs arpèges acérés. Le son est rugueux, chargé, un peu comme si la poussière du Colorado avait envahi la scène bretonne. Les premiers accords suffisent : le public est embarqué.

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Edwards, assis sur son tabouret, reste immobile. Son chapeau et ses lunettes lui cachent une partie du visage. Pas un mot entre les morceaux, à peine un regard lancé vers la salle. Cette attitude, quasi mystique, colle à son personnage — mais le silence devient pesant. Certains, au fond, s’agitent, partagés entre fascination et frustration. On entend même des blagues fuser, quelques sifflements polis. Le chanteur, lui, ne bronche pas. Il prêche, concentré, austère. On a beau savoir que le charisme froid fait partie du mythe, on aurait aimé un simple “merci” pour briser l’autel de distance. Le « merci » n’arrivera qu’en tout fin de concert. En français de surcroit. 

Heureusement, la musique parle. Et fort. La voix d’Edwards, nasale et vibrante, a peut-être perdu un peu de puissance, mais conserve cette intensité qui serre la poitrine. Elle n’a pas d’âge, ou plutôt, elle les résume tous. Autour de lui, le français Pascal Humbert (ex-Passion Fodder et Detroit), à la guitare, Jean-Yves Tola (un autre ex-Passion Fodder) à la batterie et Chuck French à la basse (Wovenhand) assurent un écrin solide, fidèle et nuancé. Ce sont eux, finalement, qui donnent au concert son souffle vivant, eux qui bougent, respirent et relancent une énergie que le frontman canalise autrement — vers le ciel, peut-être.

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La setlist pioche large, mais les classiques de Sackcloth ’n’ Ashes dominent : « Haw », « American Wheeze », « Brimstone Rock » ou encore « Black Soul Choir » — reçu comme une prière que tout le monde attendait. Quelques titres de Low Estate et Secret South complètent un concert taillé dans la mémoire : « Dead Run« , plus rare, rappelle la face sombre du groupe, tandis que « Sac of Religion«  se dresse comme un avertissement gravé dans le bois. Rien de superflu, rien d’actuel : un voyage figé dans le temps, où chaque morceau semble rejouer une messe perdue.

Après une brève sortie de scène, le groupe revient pour trois derniers titres : « Hutterite Mile », « Blessed Persistence », et enfin « For Heaven’s Sake », conclusion d’une intensité quasi biblique. Le public, debout, applaudit longuement, conscient d’avoir assisté à quelque chose de rare, de sincère, de fragile aussi.

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Cette date rennaise a le goût doux-amer des retrouvailles. Le groupe ne s’est pas trahi, le chanteur non plus : les 16 Horsepower n’ont jamais cherché la séduction facile. Mais le manque d’échange, la rigidité presque religieuse du set, laissent une ombre. On sort à la fois ébloui et frustré, reconnaissant et fatigué. Comme après une longue prière dont on ne sait pas si elle a été entendue.

David Eugene Edwards, 58 ans, a récemment sorti un album solo (Hyacinth, 2023). Alors, ce retour est-il une simple résurrection scénique, ou les prémices d’un nouvel élan ? Le mystère reste entier. À Rennes, en tout cas, le fantôme 16 Horsepower est redevenu chair et son. Et c’est déjà un petit miracle.


Merci aux musiciens, aux techniciens et aux organisateurs de cette soirée au MeM !

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16 Horsepower : SiteFB 

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