Shaggy Dogs – Renegade Party
2013 - 13 titres
Sortie : mai 2013
Style : Rock’n’Roll, Pub Rock
Label : Pile ou face
Note : 6/10
En 2011, quelques groupes éminents du Pub Rock s’étaient associés pour une tournée explosive en France. Dr Feelgood et Nine Below Zero se partageaient l’affiche avec quelques autres. Ce fut l’occasion de se rappeler une fois encore que le Rock’n’Roll n’était toujours pas prêt à passer de vie à trépas…
…Avec les Shaggy Dogs, c’est une seconde évidence qui s’impose ! Le style Pub Rock n’a pas de frontière ! Shaggy Dogs, comme quelques autres groupes en France sont taillés pour la scène, avec des titres survitaminés, d’autres plus blues, d’autres encore plus soul. Little Bob en est peut etre le fer de lance du genre dans l’Hexagone, mais la relève s’est bien organisée. A l’instar de ces Shaggy Dogs qui sortent ici leur cinquieme album studio apres 15 ans de carriere !
Pour cette 5e livraison, baptisée Renegade Party le groupe a repris les mêmes recettes avec les mêmes ingrédients (mêmes rythmes, mêmes musiciens, même producteur).
De là à dire qu’il n’y rien de neuf dans ce nouvel opus, il n’y a qu’un pas, que nous ne franchiront pas ! Car, il y a dans cette musique une telle énergie et une telle religiosité rock’n’rollesque que chaque titre est une nouvelle pépite taillée dans le Rock ! Voodoo King, Little Ann, I like to boogie… c’est à chaque fois des accords simples et efficaces, des refrains obsédants, et une production discrète pour garder l’essence même du Rock’n’Roll, cette fraicheur, cette naïveté !
Les Shaggy Dogs n’ont donc pas choisi de révolutionner le genre, mais juste de participer un peu à son éternité ! Loin d’être sans queue ni tête, voici donc une nouvelle page dans la Shaggy Dog Story !
Manu - La derniere étoile
2013 - 11 titres
Sortie : 8 avril 2013
Style : Pop / Chanson
Label : Tekini Records
Note : 9/10
Voilà un surprenant album comme on aimerait en découvrir souvent. Sous ses faux airs pop doucereux, ce second album solo de l’ex-chanteuse de Dolly, se révèle, peu à peu, écoute apres écoute. Il s’éclaire tout seul, se colorie, prends de la force, de la précision. Il se révèle en fait comme le ferait la lumière sur le papier dans une chambre noire, juste aidée par quelques procédés techniques… C’est ainsi que les titres de ce nouvel album s’enchainent, discrets d’abord, puis de plus en plus travaillés, arrangés, orchestrés. La guitare de Nikko, autre ex-Dolly, participe a la magie du son, Pop au début sur J’attends l’heure, puis Folk sur Que fais-tu ?, pour arriver à un Rock digne d’un titre de Dolly sur le titre J’oublie. Et puis le processus s’inverse en suite, doucement, jusqu’au Paradis.
Les textes sont comme des petites tranches de vie, personnelles, anodines (ex : La routine, derrieres lesquelles se cachent une tension, un malaise presque palpable (la derniere etoile : « des nuits qui n’en sont plus », « je marcherai jusqu’au bout… sous la derniere étoile »)…
Chargé d’émotions, ce nouvel album semble exprimer une fois encore un besoin de s’exhorter à accepter un destin, quel qu’il soit, avec sérénité et peut-être un peu de résignation. Et le titre A la légère semble être une belle conclusion à ce travail à la fois introspectif, intime et partagé, contrebalancé par des titres plus chargés de douleurs Je pars avant ou Le Paradis : « Mais les mots ne me viennent toujours pas… », « Un été au clair obscur… Oui, je me souviens de tout… ».
Si dans la forme, Manu s’amuse à nous faire monter sur des montagnes russes, entre Pop délicate et Rock fongueux, dans le fond, elle utilise toujours ses mots et sa voix pour exprimer ses troubles, ses blessures de coeur, ses plaies ouvertes.
Un album attendrissant mais qui n’a pas oublié d’être ouvert au plus grand nombre, avec un grand nombre de singles potentiels… un beau compromis avec ces temps difficiles pour l’industrie du disque !
Exsonvaldes - Lights
2013 - 10 titres
Sortie : 18 Mars 2013
Style : Electro Rock
Label : ?
Note :9/10
Dans la chronique pour le précédent album d’Exsonvaldes, Denis Z. parlait d’un groupe à la puissance 2… Dans la livraison 2013, si j’osais, je surenchérirais et je parlerais de puissance 4 tant chaque publication de ces parisiens se bonifie d’année en année. Lights, c’est le nom de ce nouvel album, et il exprime en un mot simple, ce coté brillant de la musique d’Exsonvaldes, de son écriture à sa production, en passant par ses refrains entêtants qui pourraient tres bien se retrouver en haut des charts, dans une pub pour une voiture à la mode, dans la bande originale d’un Film en tête du Box Office… Vous l’aurez compris, il y a un potentiel énorme dans ce nouveau disque. Et on y croit à fond. D’autant plus que, toute anglo-saxonne qu’elle soit, la musique d’Exsonvaldes s’adapte parfaitement à la langue de Moliere, avec un single imparable, L’aérotrain. Dans la droite ligne de MGMT ou Grizzly Bear, le quatuor emboite aussi bien les pas de Kaolin, qui avaient, en leur temps, fait évoluer leur musique, pour s’adapter aux impératifs du marché, sans jamais perdre véritablement leur identité. Que ce soit donc en anglais ou en français, Exsonvaldes s’amuse avec les mots, avec les rythmes, avec les refrains entêtants, comme s’il s’agissait d’un exercice simple, à peine plus compliqué que de faire du vélo sans les mains…
Mais c’est sans doute à force d’essais, que le groupe arrive aujourd’hui à cette aisance, cette maturité.
Voilà plus de 10 ans que la Magic Box – merci Denis de me l’avoir fait remarqué… - a fait un pari sur ces parisiens, en autoproduction alors. Ce doit être le flair ! ;-) En 2013, Lights nous rend ainsi très fier d’avoir suivi depuis le début le long chemin de Simon, Antoine, Guillaume et Martin…
De la pop discrète de Seahorses au Rock lumineux de Aerotrain, en deux singles, Exsonvaldes montre le large panel de sa musique. Mais c’est sans doute dans d’autres titres comme Days, Let Go ou Action que vous pourrez apprécier dans son entièreté le travail réalisé, de l’écriture à la production, de l’interprétation aux arrangements. A noter, d’ailleurs, que comme son prédécesseur, le mix de l’album a été confié à Alex Firla, aux manettes de plusieurs albums de la « french touch » (Air, Phoenix). Lights vous donnera la bougeotte dès sa première écoute. Mais attention, les gens qui vous entourent risquent bien d’être atteints par ce même syndrome ! La bonne humeur est communicative ! En 2013, Exsonvaldes en sera le vecteur !
Thierry Lecoq a peut-être un défaut (mais est-ce un défaut ?), celui de ne pas être grande gueule et d’être introverti voire pétrifié de timidité. Le Breton est en cela un vrai artiste, ne s’exprimant véritablement qu’à travers sa musique. Ceci expliquant aussi le fait, qu’en dépit de quatre albums n’ayant pas à rougir d’une comparaison avec Dominique A., Lecoq soit resté à ce point confidentiel. Dommage car l’homme a du talent et façonne une musique bien à lui.
Chaconnes ne va pas manquer de surprendre mais dans la douceur. Il est calme, tranquille et serein. « Aujourd’hui, je positive » sussure-t-il sur avec douceur dans une invitation musicale à prendre un bain de soleil (Je positive) avec un Lecoq semblant abandonner une certaine idée de la noirceur. Pourtant, on aurait tort de croire que le Breton ait succombé à la tentation de faire un album lisse. Car, même s’il n’utilise plus la dissonance (un petit pont Sonic Youth sur Les oiseaux sont Presque mort quand même) comme moyen d’affirmation, ce nouvel opus opte pour une direction étonnante – un parti pris plus subtil d’ailleurs. Chaconnes est un album facile d’écoute, un disque de la sensation ; des marines dessinées à l’aquarelle (pensez à Holden). Un disque classique mais qui n’est pas classiquement joué. L’album rappelle le blues des origines (Chaconnes), un aria de Bach (des pierres des eaux), une danse baroque (autant d’amants), un petit air de bossa (les oiseaux sont presque morts),
un slowcore finalement solaire (depuis longtemps)… mais ceux-ci ne sont pas joués dans leur instrumentation, leur tonalité ou leur énergie habituelle. On est toujours dans une instrumentation de folkeux avec guitares et parfois harmonica, contrebasse ou banjo. Le tout chanté avec une musicalité et un phrasé renvoyant plus à un Michel Legrand ou au Katerine du début qu’à un Bonnie Prince Billy. Chaconnes est une sorte de relecture fine, d’appropriation de la part d’un chanteur hors des modes et même hors du monde (le disque a été conçu dans une cabane en hiver en Canada). Pour un blues classiquement troussé dans une nonchalance d’après sieste, rappelant JP Nataf (Le Martyre), Chaconnes, sur une base pourtant similaire, opte pour une couleur sensiblement différente, toute en résonance et en répétitivité. Les rythmiques sont parfois bien celles de chaconnes, dans le sens 18e siècle du terme, et elles peuvent être présentes aussi sur la mer est basse devant nous, un morceau qui adopte pourtant une léthargie mélancolique de slowcore. C’est avec tous ces petits détails, ces petites libertés prisent ça et là, que Lecoq tisse un album personnel et finalement original. Ajoutez à cela une production de dentelles de Bruno Green et vous obtenez un disque merveilleux. site
Flipsong - A touch of Magic, A Drop of Pop
2013 – 14 titres – 48’
Style : Pop
Label : Revanches record / la Baleine
Note : 7,5/10
La pop british, un plaisir éternel...sans doute. En tout cas, c'est ce que doit penser Flipsong. Les petits Français plongent à fond dans les mélodies ciselées de Dame Albion. Les arrangements sont aux petits oignons, avec les choeurs et les claviers (piano ou orgue) idoines pour adoucir les angles et trouver des belles harmonies. Au début, on se dit que tout ceci est charmant mais parfois un peu trop gentil (un côté Beautiful South). Mais Flipsong arrive, petit à petit, à faire son trou et ne pas apparaître comme le seul bon élève des Beatles. Armé d'un chanteur parfait dans l'exercice (sans accent, d'une justesse et d'une musicalité permanente), le groupe sait apporter à la point nommé la touche glam qui remue (Bye Bye Beautiful day).
Il dégaine aussi quelques titres vraiment réussis : la musique se complexifie, devient ambivalente et les émotions aussi. Cela donne A Place called home, waves of hate ou encore The Dust was covered a fingerprint à la beauté crépusculaire, entre espoir rougeoyant et tragédie annoncée. Il faut dire que les quatre garçons dans le vent, outre leurs talents de composition, ont trouvé la fille parfaite pour mettre une dose d'amertume et de mélancolie dans ces saveurs initialement sucrées : Léa joue du violoncelle et avec elle, la musique gagne encore plus en profondeur. Deux titres en français - moins convaincants d'ailleurs - ne changent pas la donne : Flipsong a le coeur passionnément anglais. Site
AsOne - First investigation
2013 - 8 titres
Sortie : 25 Mars 2013
Style : Trip Rock
Label : Celluloid / Rue Stendhal
Note :6/10
Red Room, c’est le nom que je cherchais tout au long de l’écoute de cet album. Je ne sais plus si cela sonnait pareil, mais la démarche de ce groupe des années 90-00’s me semblait similaire. Tout comme celle de My Favorite Dentist is Dead ou Bob-X, disparus depuis bien longtemps… Des français qui s’essayaient à réécrire le Trip Hop.
Voilà donc qu’en 2013, certains s’escriment encore à essayer de se trouver une place entre Massive Attack et Portishead. Même Archive est parti lorgné le travail de Pink Floyd plutôt que de se ridiculiser dans cette tâche impossible… Et pourtant…
Et pourtant, AsOne ne démérite pas dans cette intrépide entreprise ! Avec son tout premier album, First investigation, le combo composé de pas moins de 8 musiciens, a enregistré 8 titres. Utilisant une nappe musicale un peu élimée aux entournures par ses prédécesseurs, une voix soul à la Martina Topley Bird, quelques samples de DJ, le groupe parvient finalement à se distinguer de ses pairs par le choix judicieux d’un son plus Rock, plus électrique.
Les origines Metal de plusieurs de ses membres n’est sans doute pas étranger à tout cela…White Line, Hera’s Fountain ou encore Ode to Music en sont de parfaites illustrations. Dommage que le groupe ne se soit pas plus essayé à la langue française. Cela aurait peut-être donné quelque chose d’encore plus personnel. Mais comme le groupe le précise, il s’agit là que d’une premiere investigation… Alors, qui sait ce que l’avenir leur réserve…
En attendant, on se laissera déjà envahir, le son bien fort, par les rythmes mi-tempo et les riffs lourds et acérés, et par la production plutôt réussie de ce premier album de AsOne.
Arman Melies - IV
2013 - 11 titres
Sortie : Mars 2013
Style : Electro Pop / Chanson
Label : Athome
Note :10/10
Voilà, j’étais prêt à chroniquer plusieurs albums arrivés dernièrement, dont celui d’un certain Christophe (…). Et puis, j’ai reçu le nouveau Arman Melies. En novembre 2011, j’avais discuté un instant avec Arman lors d’un concert de Julien Doré, dont il est un des musiciens et compositeurs. Je lui avais demandé une date pour le prochain album. Il m’avait indiqué que l’album était prêt, et même plusieurs (il est comme ça Arman), mais qu’il ne parvenait pas à trouver le temps pour le sortir. De plus, les maisons de disques étaient frileuses à sortir des disques, si vite, aujourd’hui… Dommage qu’elles ne le soient pas avec Jennifer ou Nolwenn ;-).
Qu’importe, cette fois, grâce au label Athome, le quatrième album solo d’Arman Melies est là, dans mon lecteur, prêt à être écouté, décortiqué, analysé sous toutes ses coutures… Et il faut admettre qu’on n’écoute pas un album comme celui-ci d’une oreille trop distraite… Et cela, dès le tout premier titre, « L’art perdu du secret avec lequel on retrouve immédiatement un autre art, celui d’une plume agile, astucieuse, raffinée, aux embruns de nostalgie. Mais, dès le refrain de ce titre, on comprend que ce nouvel album n’est pas que le 4e album d’Arrman, qu’il n’est pas seulement la suite de Casino. Car, le chanteur nous a préparé une petite surprise… il a ressorti ses vieux synthés et mis de coté sa guitare et ses boucles.
Confirmation sur le second titre Mon plus bel incendie, le titre le plus Pop d’Arman, depuis… eNola. Enfin un tube en perspective ? C’’est le plus grand mal qu’on lui souhaite. Et de ces vieux synthés, Arman en a extrait une mélancolie, un spleen mélodique, une madeleine de Proust, digne d’une bande originale de film de Georgio Moroder ou Vangelis, quelque part entre Midnight Express, Blade Runner et Metropolis.
Il laisse une part belle à la musique, à cette atmosphère feutrée et synthétique, pour ne pas dire artificielle, hésitant à y fixer sa voix, ses mots. Sur Pompéï d’ailleurs, retour à l’envoyeur, il partage l’écriture et le micro avec Julien Doré. Ce titre débouche une triptyque ambitieux, Silvaplana, long de 10 mn, un format qu’on ne trouve d’habitude que sur des albums de Gerard Manset… un titre hypnotique, protéiforme, un boléro électronique.
Je pourrais vous continuer cet inventaire à la Prévert, tant chaque titre dispose d’une personnalité propre, d’un caractère fort, d’une mélodie originale, avec ce seul point commun en polyester sonique. Mais je préfère vous laisser l’explorer vous-même. Apres 1000 et une nuits à découvrir et redécouvrir l’étincelant Casino, je ne voudrais pas vous gâcher le plaisir infini d’aborder ce nouveau continent aux 1000 saveurs, vierge de vos impressions.
Bubblies - AudioGame #1 : The Low-Fi Journey
2013 - 13 titres
Sortie : Février 2013
Style : Pop Rock
Label : Combustible
Note :7/10
Depuis 2001 et leur album No brain, no headache… sorti chez Trema (le label à l’époque de Matmatah, Dionysos, Daisybox…), on avait perdu de vu les toulousain Bubblies. Pourtant, tranquillement et dans l’ombre, le groupe avait continué à sortir – sous le manteau – quelques morceaux de leur pop-rock vivifiante. En 2006, retourné à l’autoprod (via Combustible), c’est par un clé USB qu’ils avait fait circuler leur musique, en 2010-2011, c’est par un système de téléchargement mensuel qu’ils avaient diffusé leurs nouveaux mp3. Et en 2012, ils avaient réuni le meilleur d’eux-mêmes sur une double vinyle best of sous le titre Bubblies 2.0, comme pour annoncer un véritable retour aux affaires…
C’est chose faite en ce début d’année 2013, avec une sortie en CD ! 13 titres réunis sous le titre AudioGame #1 : The Low-Fi Journey ! Ce titre indique qu’il s’agit de la compil des titres sortis en 2010-2011 proposé jusqu’alors en téléchargement. Ce titre explique aussi qu’il devrait y avoir rapidement un #2…
Pour ceux qui, comme moi, en étaient resté à 2001… Le Bubblies version 2.0 a quelque chose de la madeleine de Proust, fourrée de 13 petites pépites caramélisées…
Ne cherchez plus le coté franchouillard de la formation, le groupe est définitivement tourné vers le son de ses grands-freres anglo-saxons, des rythmes rock, des arrangements et des refrains pop. On ne s’ennuie pas un instant sur cet album. Chaque titre est calibré pour devenir un tube interplanétaire, façon Weezer, Supergrass, Beck… Ecoutez plutôt le single explosif Stupid ou le bien-nommé Funky Care, et vous comprendrez ce que je veux dire… Parce qu’il s’agit d’une compilation, on y retrouverez d’ailleurs, une version remixée de Stupid… Même si on preferera la version originale.
Dans la veine des Little Rabbits, les Bubblies s’offrent aussi des moments de récréation tout aussi réussis (Jeunes Filles, Babylone, Non, Christmas song…). Ce nouvel album devrait permettre à chacun de voir les Bubblies sous un tout nouvel angle. Excellent retour des Bubblies, qui s’adonnent aussi actuellement à un concert de concert silencieux… Renseignez vous !
Sites de Bubblies : pour écouter / télécharger / acheter tous leurs titres.
Prohom – Un monde pour soi
2013 - 12 titres
Sortie : Février 2013
Style : Electro Rock
Label : Gourmets Recordingz
Note : 8.4/10
Pour faire suite à son troisieme album, sorti en 2007, Prohom avait sorti un petit EP 4 titres en 2010… Pas suffisant pour rassasier un fan de la première heure. En participant aux travaux d’autres artistes (Olivia Ruiz, Agora Fidelio, La Vigie du Pirate…), il nous avait permis d’élargir notre horizon, mais il avait aussi laissé le terrain libre à d’autres. Des groupes comme Demago s’étaient engouffré dans la place, avec une certaine réussite… Mais, voilà, 6 ans apres, en 2013, un 4e album, Un monde pour soi, est enfin enregistré !
A la premiere écoute d’Un monde pour soi, on remarque immédiatement que le son electro est plus riche que jamais. Mais on constate aussi que Prohom a diminué sa puissance de feu. Un constat déjà remarqué sur le précédent album, plus electro pop. Sans doute le résultat d’une certaine assurance et une confiance dans ses textes. Son premier single Je voudrais que tu sois morte en est le parfait exemple, avec une tension palpable, malgré un rythme posé et une certaine douceur dans la forme.
Et c’est bien là la subtilité de l’album, cet espèce de noirceur au fond de ce gant de velours, cette amertume au cœur de cette atmosphère ouatée, parfois aseptisée… Si Prohom parle d’amour à tout bout de « chant », ce n’est jamais trop pour s’exercer à la sérénade, c’est plutôt pour mieux se parler à lui-même, travailler son introspection, examiner la tristesse de son âme.
Cet album parait tres personnel, tres intime, avec beaucoup de questions : Comment lutter ? A quoi me fier ? Quand reviendras-tu ? Avec une réponse peut-être, « Dis bonjour à la vie et dis toi que… tu n’es pas mort ». Le seul micro rayon de soleil dans cet album…
En milieu d’album, Prohom signe aussi un duo en compagnie de Carmen Maria Vega, et sans prendre totalement son univers à contre-pied, l’entaille sérieusement, nous trouble, nous charme ! Mais le duo est vite suivi par le single Je voudrais que tu sois morte… Déroutant ! Et que dire enfin de cet effort ultime, son dernier titre, éponyme de l’album, Un monde pour soi, avec ses longues boucles electro rock soutenues, son refrain entêtant, et une conclusion, « la valeur suprême, c’est l’amour ! »… Déroutant !
Voilà donc un drôle d’album qui devrait se révéler, écoute après écoute, un album sans étiquette, sans genre ! Un album à la fois dépressif et salvateur ! Un album dont la rage est intérieure, enfuie au cœur d’une idée, d’un souffle ! Et malgré les apparences, ce quatrième album a quelque chose d’une suite à Peu importe ! A méditer pendant les 25 premières écoutes…
Je rigole - Qui chante le matin est peut-être un oiseau
2012 - 13 titres
Sortie : octobre 2012
Style : Free Chanson
Label : Musicast
Note : 8.5/10
Andoni Itturioz, alias Je Rigole, ça commence comme un album des Têtes Raides, avec une voix grave et sérieuse, des orchestrations chaudes, des textes réalistes, introspectifs… Et puis, soudain, au lieu d’un refrain ou d’un enchainement bien huilé, on passe dans une autre dimension, celle du Free Jazz, à grand renfort de vents indisciplinés. Et la voix, elle-même, devient frondeuse, insoumise, et les textes en finissent de sortir Je Rigole de l’ordinaire…
Si vous aviez pensé avoir entre les mains un nouveau Da Silva ou un Ogre de Barback de plus, c’est raté ! C’est plutôt dans l’univers loufoque de Pusse ou d’eManuel Bémeir, avec tout la même richesse des instruments, la même recherche d’atmosphères originales, de textures décalées…
On n’est parfois pas loin des formes déclamatives, tragiques à la Léo Ferré, le propos passant aisément du léger soupir de l’amour (C’est toi )
à la tragédie shakespearienne (C’est court), de la madeleine de Proust (A l’ancienne, Ils m’envient) à la révolte voltairienne (Creve la France). Et comme pour faire un petit hommage collectif à Mano Solo, Dutronc(s) et autres Pigalle, Je Rigole s’offre une ode à la Capitale (Paris).
Malgré son nom, on ne rigole pas souvent sur cet opus de Je Rigole ! Peut-être un moyen mnémotechnique pour ne pas l’envoyer trop vite aux oubliettes ! Qui chante le matin… est un album poétique aux nuances très affirmées ! Extrêmement surprenant ! Et dire qu’on a failli passer à côté !
Le Singe Blanc - Aoûtat
2012 - 12 titres
Sortie : janvier 2013
Style : Punk Experimental
Label : Whosbrain records/La Face Cachée
Note : 7.5/10
… Le hasard des chroniques veut que l’on passe régulièrement en Lorraine, allez savoir pourquoi. La chaleur… humaine, sans doute. En tout cas, juste après les nancéens Luna Gritt, c’est auprès du Singe Blanc que nous attardons le temps d’une chronique…
Ils sont messins, ils ont le Site officiel le plus agressif qui soit pour les yeux (Loin devant celui d’Experience (.net), il y a quelques années qui parvenait à faire planter le navigateur). Interdiction absolue aux épileptiques ! Et ils sortent, cette année, ce qui doit etre leur 13e enregistrement. Le 6e ou 7e album… Le froid polaire qui reigne en Lorraine actuellement oblige sans doute ses habitants à se bouger plus qu’ailleurs…
C’est dans la veine des regrettés Sloy ou des clairvoyants Liars, que l’on doit classer ces fous furieux… En effet, LSB refuse toute forme de formalisme et les compositions sont de joyeux bordels, tres bien désorganisés. Ils proposent une musique, elle aussi, épileptique et psychédélique, une musique furibonde. Chaque titre est affublé d’un nom sans queue ni tête et se joue sur des rythmes rapides, pour ne pas dire endiablés.
On imagine tres bien, sans jamais les avoir vu, comment leur musique doit se comporte une fois lâchée sur scène, une véritable bête sauvage, sans doute inspirée par le Yéti, dont ils se revendiquent un peu ! On doit en ressortir totalement lessivé, peut-etre même un peu lobotomisé, hagard… Ce qui est sûr, c’est qu’on ne peut rester insensible face à tant de débauche d’énergie.
Par contre, on comprendra aisément que Le Singe Blanc n’est pas encore prêt à se révéler au monde entier, aux caméras et aux micros des plus grands médias de la place… Leur est un peu trop éloignée de Muse ou Coldplay !
Ce qui n’empêche pas le groupe d’avoir acquis depuis plusieurs années, une dimension internationale, signant des contrats avec des labels dans plusieurs pays européens, et ayant réalisé des tournées jusqu’en Chine…
Le Singe Blanc et ce nouvel album Aoûtat est aussi efficace que le Yoga comme anti-stress et bien mieux que Weight Watchers pour brûler les calories…
A consommer sans modération !
Cliquez ici que si vous n’avez aucun risque épileptique !
Dunndotta - Cosmibility
2013 - 12 titres
Sortie : février 2013
Style : Pop Rock
Label : Washi Washa / Warner Music
Note : 8/10
Apres un premier EP en novembre 2012 (Air, Fire), le groupe Dunndotta fait son baptème du feu avec un véritable premier album baptisé Cosmibility. « Un album enregistré dans l’espace », « un clip filmé sur la Lune », des costumes empruntés à la N.A.S.A…. le duo a bien préparé son décors, rappelant ainsi les années 60’s des suédois The Spotnicks.
Musicalement, c’est plutôt dans les années 90’s que le groupe plonge ses racines, à cette époque fabuleuse, où les groupes de filles poussaient comme des champignons (Elastica, Breeders, Echobelly, Belly, Sleepers, Cardigans, Babes in Toyland…). La voix de Codigula a d’ailleurs quelque chose de familier, proche des Veruca Salt, qui elles-memes etaient tres inspirées par les Pixies… Que du beau monde au final…
Comme quoi, en 2013, on ne va pas réinventer la poudre ou le Rock n’Roll, mais on va sans doute lui trouver un petit air de nostalgie tout de même… Même avec le titre Raggadotta… tout est dans le titre, un ragga pop métissé par des airs indiens façon Kula Shaker ou Corner Shop.
Ce qui est certain par contre, c’est que le duo Dunndotta a de l’énergie et de la bonne humeur à revendre, et que leurs chansons de 3 minutes chrono, aux rythmes enchanteurs devraient être terriblement communicatifs en concert. Original ou non, Dunndotta confirme tout le bien que l’on peut attendre de la scene Rock francaise dans les années 2000 et 2010. Cosmibility est un album à la fois emprunt de nostalgie et terriblement rafraichissant.
Mathieu Boogaerts - Mathieu Boogaerts
2012 - 12 titres
Sortie : 1er octobre 2012
Style : Chanson
Label : Tot ou Tard
Note : 7/10
Apres cet album aussi surprenant que passionnant sorti en 2008 (I Love U), à la fois riche et respectueux de son style minimaliste, Mathieu Boogaerts fait un retour tres discret, cette année, avec son 6e album studio, un album pour la premiere fois, éponyme. Un retour discret, car Mathieu fait le choix de revenir au minimaliste absolu, dont il avait volontairement marqué le terme avec l’album Michel.
Mais comme il n’y a que les imbéciles qui ne changent pas d’avis, il reprend son travail là où il l’avait laissé en 2005, mais, pour ne pas faire comme tout le monde, il décide de faire le travail à l’envers. En effet, Mathieu écrit et teste ses chansons en concert en solo et en trio lors de nombreuses représentations à la Java à Paris en 2011. Au terme de cette série de concerts, et seulement à cet instant, les chansons sont rodées et sont finalement enregistrées rapidement dans des conditions de live au Studio Pigalle à Paris début 2012.
Au delà de l’autosatisfaction de son auteur, l’album éponyme de Mathieu Boogaerts nous offre une douzaine de chansons (sur les 18 écrites initialement, de quoi proposer quelques inédits dans les prochaines éditions bonus ?) d’une grande simplicité et de la même efficacité, avec des couplets et des refrains entêtants, des rythmes soft et plutôt jazzy. Un album de chansons d’amour, comme autant de contes de fée, avec la mélancolique en plus, et les fins pas toujours aussi heureuses.
Pour l’enregistrement de cet album, Mathieu s’est entouré de ses habituels musiciens et graphistes (M/M), ainsi que de quelques invités (Albin de la Simone, Luce…). Cet album studio est finalement une suite logique de son enregistrement live Mercredi ! À la Java ! Mathieu Boogaerts ! sorti en 2010.
Cet album éponyme sera sans doute la petite douceur de fin d’année à retrouver sous le sapin !
Duel – Vertige#1
2012 – 5 titres – 16’
Style : Pop
Label : Roy Music
Note : 7,5/10
La pop en français se porte bien merci ! Nouvelle preuve de cette récente vitalité : Duel, un duo (Julien Boulfray et Brieuc Carnaille) qui, en dépit de son nom, fait plus dans la réconciliation que dans l'affrontement. Musique d'aujourd'hui et réminiscence 80's, écriture pop et chant en français, évidence mélodique et qualité d'écriture, Duel arrive à tout concilier et cela ne se fait pas sans un certain talent. Non sans une certaine ampleur (Oslo et ses trompettes, Mourir au combat et ses cordes), la paire évoquera plus un Pulp en français (Caramel) qu'un Luna Parker ou même Bashung,
souvent cité comme référence par Duel. Le groupe ne se cloître pas dans un style précis (ce n'est pas Lescop même si les claviers sont bien présents notamment sur le plus new wave la grâce des acrobates) et fait dans la pop tout simplement. Mais par sa qualité de textes, de composition, d'arrangements (avec l'aide de deux Jil is Lucky), Duel fait faire un saut qualitatif à une musique faite pour passer dans les grands médias et pour toucher un large public. On en reparlera très vite... un Vertige#2 est déjà dans les tuyaux. Noomiz
Gaspard LaNuit – La trêve
2012 - 11 titres
Sortie : 5 novembre 2012
Style : Chanson Rock
Label : Trois Heures Moins Le Quart/L'Autre Distribution
Note : 8.5/10
Les années passent et ne se ressemblent pas pour Gaspard LaNuit. Le voilà qui revient en cette fin d’année avec un quatrième album et un son noir, noir, noir ! Il ne s’appelle pas LaNuit pour rien ! Définitivement sorti des conventions, Gaspard LaNuit propose des compositions un peu barrées, des orchestrations à l’orée de la musique contemporaine, déstructurée, abrasive, parfois dissonante. Son chant, mélodieux, est en décalage avec sa musique et rappelle ainsi parfois les travaux de Dominique A, Un homme et une femme Project ou encore Jeronimo. Il n’apprécierait peut-être pas la comparaison, mais on pense aussi parfois à d’anciens titres de Luke (oups…).
Si, sur son premier album, les orchestrations étaient rythmées par une contrebasse, ici, on sent bien la main prise par le Riff des guitares, donnant un son plus sauvage. A l’instar du seul titre en anglais, The Hit Man, sur les traces d’un Noir Desir, fan de Nick Cave (…). Et il en va de même sur un titre comme La mue.
De (la) Trêve, cet album n’en a que le nom, car, il vous garde en halène de la première a la dernière note. Quand ce n’est pas le rythme, c’est une sorte de tension palpable qui nous garde sur le qui vive (Les Territoires inconnus, Je ne sais plus). C’est ce mélange d’atmosphères qui rend cet album attachant et très rapidement familier, au point d’avoir besoin, d’en écouter un titre, puis deux, puis l’ensemble, chaque matin et chaque soir. Il y a comme une certaine accoutumance à écouter Gaspard (le jour et) LaNuit. Mais rassurez-vous, cette forme d’addiction n’a pas d’effet nocif sur la santé, rien de répertorié à ce jour, en tout cas ! La Trêve , à ne surtout pas confondre avec celle de Mickey 3D, est un album a la fois hors normes, et terriblement attachant ! C’est assez rare pour le préciser !
Alexis HK - Le Dernier Présent
2012 - 10 titres
Sortie : 17 septembre 2012
Style : Chanson
Label : La Familia / L’Autre Distribution
Note : 8/10
Alexis HK se nourrit de l’air du temps et le restitue dans chacun de ses albums… 15 ans apres son premier album, l’artiste continue à écrire, enregistrer, diffuser sa musique. Malgré sa tournée passée en 2008 en premiere partie de Renan Luce et les duos enregistrés avec ce dernier, la carrière ne franchit pas les étapes que l’on pourrait attendre. Pourtant, il ne démérite pas. Son 6e album, comme le premier, montre une belle qualité d’écriture et une diction à la Joe Dassin (écoutez Le dernier présent, Charité populaire). Et Alexis HK est souvent comparé aux plus grands de la chanson. Mais allez savoir pourquoi l’un passe sous la rampe et l’autre pas… La chance, le hasard, les bonnes connections…
Qu’importe, pour l’instant, on se le garde bien au chaud et on profite de sa nouvelle livraison, nourrie de l’actualité, du quotidien et de la nostalgie du temps qui passe. Il y a d’ailleurs beaucoup de nostalgie dans ses chansons ( Le dernier présent, Fils de…, La fin de l’Empire, Je reviendrai…), un brin de philosophie aussi en se projetant dans l’avenir et en évoquant la mort.
Il y a surtout ce regard de l’artiste sur ce monde qui part en déliquescence (Ignoble noble, Charité populaire, Princesse de papier).
Coté musique, Alexis HK propose le plus souvent des balades sobres, orchestrée d’une guitare acoustique et de quelques percussions. C’est la voix chaude et assurée, ainsi que ses mots qui sont mis en lumière. Les mots, au-delà du sens, ont une mélodicité qui donne couleur et rythme à chaque rime. Et c’est par cette magie obscure que le chanteur parvient, à chaque fois, à vous mettre irrémédiablement en tête ses petites ritournelles.
Petite mention particulière sur la chanson Ignoble noble : en dehors de son thème tres actuel, et de la participation de Renan Luce et Benoît Dorémus (vus lors de la tournée Seuls à trois), Alexis HK y a créé un son particulier, mi-médiéval, mi-slave, qui participe à l’intemporalité général de cet album. Un exercice tres réussi !
Dans cette atmosphère de fin du monde, Alexis HK exprime tout son art de la mélancolie, son spleen musical.
Tristan Nihouarn - Sauf erreur de ma part
2012 - 11 titres
Sortie : 26 mars 2012
Style : Chanson
Label : Uptown Park Pub. / L’Autre Distribution
Note : 5/10
Avec quelques wagons de retard, la Magic Box se penche sur le cas Tristan Nihouarn… En effet, c’est en mars dernier que l’ex-Matmatah a décidé de sortir son premier album solo. 4 ans apres la séparation du groupe, qui restera l’auteur polémique (et très actuel) de L’Apologie, il abandonne son pseudo (Stan) pour retrouver son patronyme, Tristan Nihouarn. En fermant ainsi la parenthèse, il ferme aussi la porte à la musique Rock qu’il avait déjà un peu boudé sur les derniers albums de Matmatah.
Son premier album solo baptisé Sauf erreur de ma part est un recueil de balades poétiques, qui font échos au single An conditionnel sorti en 2004. A la veille de ses 40 ans, Tristan s’essaie à une forme de maturité musicale, qui voudrait que le bruit ne sert qu’à cacher certaines lacunes musicales… Possible. Il veut ainsi mettre en lumière toute la force de ses mots, leur mélodicité, leur sens, à peine perturbé par la mélancolie de la musique.
Sauf que cela ne fonctionne pas vraiment. Ainsi, le titre de l’album semble se retourner contre son auteur. Grosse erreur de sa part que de penser que le poids des mots suffirait à oublier l’absence de choc dans la musique.
Peut-être est-ce dû au carcan que Matmatah a su construire au fil des années, à la renommée de ses concerts… Quoi qu’il en soit, on attendait moins de guimauve et plus de Rock n’Roll attitude pour cette nouvelle aventure. Et c’est vraiment dommage, car l’album propose par ailleurs un travail artistique réel, que ce soit dans son visuel, ses arrangements (de Daniel Presley tout de même…), et même dans la poésie des mots. On gardera alors en tête, Dernières nouvelles du Bosphore, qui clôture l’album par mille cordes ou Ma vie est un chef d’œuvre, seul single au refrain entêtant. A noter aussi, depuis, un single sorti en 45T, L’ascension des sentes, inédit écrit par Jean Fauque (auteur d’Alain Bashung)… Peut-etre un indice sur la direction future de Tristan…
Soyons certain que Stan saura rebondir et tirer parti de cette erreur de sa part… et proposera tres vite un second album plus affirmé, plus racé !
Vitor Hublot (feat. Jacques Duvall & Isabelle Wery) – Contes de la Libido Ordinaire
2012 - 11 titres
Sortie : Septembre 2012
Style : Chanson
Label : Autoproduit/Psoriadisc
Note : 9/10
VITOR HUBLOT, avait déjà remarqué il y a quelques temps avec son album hommage à Georges Brassens, qui avait eu tant de mal à sortir. Habitué depuis 30 ans à détourner les titres des autres, sans aucune barrière de style, Vitor Hublot, alias Guy Clerbois, explore, dans son nouveau CD, Contes de la Libido Ordinaire, les tubes de Coutin, Caplan, Eli & Jacno, Trenet, Halliday, Vian, Hardy… le son est electro, rythmé par les voix de Jacques Duvall & Isabelle Wery. Point commun de cette sélection de titre<, vous l’aurez compris, le Sexe, ou plus largement les relations intimes à travers 50 années d’Histoire de la chanson française. Et par ce petit bout de la lorgnette, et unis sous ce nouveau jour, certains titres apportent un regard fort différent. D’autant plus que Jacques Duvall et sa voix grave donnent aussi une autre couleur à certains titres. Un petit coté Gainsbourg vs Bardot. C’est d’ailleurs peut-être à cause de cette évidence que le répertoire de Gainsbourg n’a pas été utilise dans ce projet…
Chacun trouvera son bonheur dans cet ensemble de titres, on préferera un titre plus que l’autre, plusieurs ou même la totalité, tant les titres les plus improbables, les plus naïfs, les plus éculés, trouvent une nouvelle jeunesse dans ce traitement de choc de Vitor Hublot.
Pour ma part, ma préférence va à la version d’Amoureux Solitaires d’Elli & Jacno (petite pensée à Jacno), déjà superbement reprise en 2009 par Arman Mélies sur un ton nostalgique. Elle se trouve revisitée ici de façon une fois encore très différente : sur des sons disloqués, des rythmes martiaux entre free jazz et atmosphère de fin du monde, Jacques Duvall & Isabelle Wery donnent une impression à la fois inquiétante et sensuelle. Marylin Manson n’avait pas fait mieux avec sa version de Sweet Dreams… Autres versions magnifiques, la torride version de Tous les soirs (Jil Caplan), La violente reprise de Fais moi mal, Johnny, (Boris Vian) ou encore la reprise Rock et martiale de J’aime pas le Rock (Jean Yanne). Mais en vérité, il n’y a rien à jeter dans ce cambriolage musical.
Hasard du calendrier, Patrick Coutin sort un nouvel album (Babylone Panic) au moment où Vitor Hublot reprend son tube mythique, J’aime regarder les filles. Un titre qui n’en finit pas d’inspirer les artistes et même les cinéastes…
Un projet très original réalisé sur du matériel d’occasion ! C’est tout l’art de cet artisan hors pair !
The Hyenes - Peaces and Loud
2012 - 10 titres
Sortie : 24 septembre 2012
Style : Punk Rock
Label : Athome
Note : 8/10
Serions-nous en train d’assister à un nouveau tsunami revival Rock n Roll ? Apres le gros coup des années 2000 et ses wagons de groupes en « The »… A entendre l’actualité Rock du moment, c’est possible. Passons sur l’anniversaire des Stones… Mais tout de même, ils participent à faire monter la mayonnaise… Et en France, on est donc pas en reste, Coutin s’offre un album blues rock terriblement racé, Little Bob continue sa story sans fin avec son projet Bastards, Les Thugs sont compilés pour une énième fois et voilà que des vétérans du Rock français reprennent les guitares ! The Hyenes, c’est tout de même un petit événement, apres la dissolution de Noir Désir. En effet, Denis Barthe (chant et batterie) et Jean-Paul Roy (guitare) avait monté ce groupe en 2005 à l’occasion d’un Film de Dupontel pour écrire la BOF (Enfermé Dehors). En compagnie de Olivier Mathios (basse) et Vincent Bosler (guitare, chant). Ce qui ne devait être qu’un projet éphémère, se mue en un groupe avec des concerts et une première démo, un album autoproduit en 2009… Et puis, après leur signature chez Athome (Lofo, Prohom, Kaolin…), les voilà qui se retrouvent logiquement en studio. Et presqu’aussi logiquement, c’est le producteur de Noir Desir, Ted Niceley, qui est appelé pour travailler sur ce qui va devenir, Peace and Loud. Ce véritable premier album (premier à être distribué en tout cas) balance 11 titres, totalement hors format, Rock n Roll, Blues Rock, Punk.
Ce son crasseux, ces textes en français et ces riffs vintage nous ramènent 35 années en arrière, à l’époque balbutiante de Bijou, de Téléphone ou de Trust. Rien que ça… Avec le titre Punk is Dead, le groupe pourrait même peut-être s’offrir un single, si ce n’est un tube. Il en va de même avec Une chanson pour… Respectant les codes du Punk, le groupe dénoncent pêle-mêle politique, média, crise, jusqu’aux petits clins du Pouvoir (« anesthésiant des télévisions sur les masses laborieuses » ou de On dormira quand on sera mort (« je bosse pour le capital ») qui ne sont pas sans rappeler des tirades comme « exploser l’audimat, pulveriser l’audience… ».
Ne vous attendez tout de même pas à retrouver trop de Noir Dez dans The Hyenes. Le son est plus proche des prestations live du groupe (Dies Arae), les textes sont bruts, directs, sans poésie, tout comme les interprétations, quasiment live, un peu comme avait fait en son temps, Mano Solo avec Les Freres Miseres ou Téléphone avec l’album Crache ton venin.
Vraiment, ce Peace and Loud, c’est rèche, c’est âpre, c’est rugueux, c’est primitif. Et ça fait du bien aux oreilles !
Coutin – Babylon Panic
2012 - 10 titres
Sortie : Mai 2012
Style : Blues Rock
Label : Louise Music
Note : 8/10
A mi chemin entre Rolling Stones et Bill Deraime, Patrick Coutin est de retour à peine deux ans après son dernier album, Le Bleu. A peine, car, nous avions dû attendre 9 années la précédente livraison. Le Chanteur au tube unique (dans tous les sens du terme) continue sa traversée du désert. Avec Philosophie.
Habitué depuis 30 ans à œuvrer dans l’ombre des autres (Wampas, Rivers…), Coutin est un chanteur à part, qui sort ses albums, en marge des impératifs commerciaux, des formats imposés, et malgré lui, des promotions ! Déjà, à l’époque de J’aime regarder les filles, on était loin du format pop et mielleux de sa génération. Pendant que Niagara voulait faire l’amour à la plage, au milieu des coquillages et des crustacés, Coutin sortait ses riffs de guitare et son œil lubrique pour mater les minettes sur le sable, leurs poitrine gonflées… Contre toute attente, son single avait fait un carton… Aujourd’hui, le titre est mythique ! Comme quoi, les médias n’ont pas toujours raison, et les cerveaux n’étaient pas totalement lobotomisés… A l’époque, tout du moins.
Mais que pourrait espérer Babylon Panic en 2012 ? Sans doute, la même chose que les dernières productions de J.P. Capdevielle, P. Personne ou C. Couture… Qui ? ;-)
Qu’importe ! Apres un album country Folk en 2010, Patrick Coutin s’offre un nouvel opus 10 titres, au son brut et aux arrangements simples, 100% Rock & Blues, la même année où les Stones fêtent leur 50 ans de carrière et où Litlle Bob (Bastards) se tourne vers un Blues sans concession. 2012, Année du Blues et du Rock ?? Qui sait ?
Si Coutin n’a pas définitivement abandonné l’idée de refaire un tube un jour (Le Grand Méchant Loup ?), son album se veut plus comme un concept, monolithique, autour de ce son de guitare et d’harmonica et d’un thème récurrent, La Ville, théâtre des plus grandes crises du XXe et du XXIe siècles, avec ses pauvretés, ses pollutions, ses solitudes… et ses filles bien sûr ! Il voit des filles partout, avec leurs grands yeux brillants…
Alors si vous avez envie de (re)goûter à la musique intemporelle de Coutin, à ses textes à la fois poétiques et bien sentis, vous devriez vous accommoder rapidement de ce Babylone Panic. Attention au petit risque d’accoutumance tout de même…
Eric Debeir - 17
2012 – 12 titres – 50’
Style : Electro/Hip Hop/Jazz/pop
Label : La Tengo éditions
Note : 8/10
Tiens, voilà une bonne surprise ! Pas très fan de la musique de Lonah, j’apprécie 17 album-concept d’Eric Debeir, un des membres de ce même groupe. Conçu pour devenir la BO imaginaire du « 17eme », son propre roman, cet album peut se voir comme la version améliorée de la musique de Lonah. Le musicien reprend des ingrédients de morceaux existants, les ré-assemble et rajoute lui-même de nouvelles pistes (de recherche). C’est à la fois un travail d’épure et de nouvelles créations par-dessus ce qu’il reste des anciennes. C’est du sampling qui se fait directement à la source et c’est un travail de collage passionnant. Le groupe de Caen souffrait de son trop grand cahier des charges pas toujours bien maîtrisé et de quelques tics emphatiques un peu plombants. Chez Debeir, ces écueils sont évités tout en gardant une richesse stylistique.
17 inclut en effet hip hop, musique électronique, jazz, dream pop voire tango argentin (l’espagnol Juan) dans une musique sombre qui rappellera Wise in Guys, MC 90 FT Jesus voire IAM sur l’introductif Arthur (avec son chant parlé et son ambiance « Micro d’argent »). Chevaliers garde son petit côté Cure mais devient un moment intimiste mélancolique où la voix angélique de Raphaëlle Portier fait merveille. 17 ratisse large mais arrive à rester cohérent en dépit des ses sources hétérogènes. On appréciera particulièrement l’usage de Rhodes saturé qui emmène l’auditeur dans des visions déformantes. Tout est ici question d’atmosphères, des moments étranges et ensorcelants qui affleurent les rivages du conte fantastique (17). A vous donner envie d’aller plus avant et d’aller lire le versant écrit, le livre, du concept. Site
Tryo - Ladilafé
2012 - 15 titres
Sortie : 27/08/2012
Style : Reggae, World
Label : Columbia / Sony
Note : 7.5/10
4 années de silence ou presque… Tryo était parti au vert pour revenir avec du green…washing ! Et voilà, comme les gosses, en septembre, Tryo fait sa rentrée studieuse, avec dans son cartable, un nouvel album, composé de 15 nouvelles chansons, écrites à part égales entre Christophe Mali et Guizmo.
Ce qui s’était déjà fait ressentir sur les dernières productions, c’était l’envie du groupe de sortir du carcan reggae pour s’ouvrir toujours plus aux musiques du monde. Le groupe a d’ailleurs enregistré les maquettes sur l’Ile de réunion, avant de passer en studio chez Realworld, temple de la World Music !
Pas étonnant du coup, avec le titre éponyme de l’album, Ladilafé, de voir le groupe s’orienter plus que jamais vers ces musiques du soleil, avec son titre créole et ses chœurs africains (l’occasion aussi de rendre un nouvel hommage à leur fée). Avec Nous Génération, le groupe nous fait un beau mélange de voix et de rythmes reggae-ragga…
Si du côté des thèmes abordés, on reste dans les mêmes registres depuis quasiment 15 ans (écologie, inégalités, capitalisme, discriminations en tout genre…), le point fort de Tryo, au fil du temps, c’est son talent à mettre les sujets les plus graves sur des rythmes vivants et joyeux. Comme pour faire passer les messages sans jamais plomber l’ambiance.
Et tant que le mal perdure, il semble nécessaire de continuer à le dénoncer. Ce doit être, sans les trahir, le leitmotiv du groupe, à en écouter Marine est là…
Les fans de la première heure retrouveront malgré tout les airs reggae acoustiques qui ont fait leur succès avec des titres tels que Greenwashing, Pas banal, Jugement sans appel, J’ai décidé d’écrire des D ou encore le titre écrit collectivement Joe le Trader. Le roi du mambo s’est reconverti et fait grincer des dents dans drôle d’affaire - Louis -Tryo !
Avec ce nouvel album, Tryo parvient une fois de plus, à trouver des rythmes et des refrains entêtants (écoutez le titre Ladilafé une fois, vous l’avez dans la tête jusqu’au soir…), à orchestrer sa musique avec mille sons plus chaleureux les uns que les autres : cuivres, cordes, digeridoo… (Mourir la Mort est à tomber !). Un talent incomparable pour prolonger l’été jusqu’à Noël au moins !
Présenté dans un beau digipak avec un livret, le groupe y inclut les textes et les accords pour prolonger le plaisir des plus accros. Mais soyez prudent, ce disque est dangereux ! L’addiction vous guète au détour du moindre refrain !
Voilà une belle aventure, comme on aime en raconter. Connu pour son travail de Bootlegs (Seven nation army, Sunday bloody Sunday…) et son talent à faire danser les foules des plus grands festivals, DJ Zebra passe en 2012 à la vitesse supérieure et se mue en ZEBRA, pour un premier album de compositions originales. Accompagné du Bagad Karaez, avec qui, il a d’ailleurs joué au Festival des Vieilles Charrues il y a 4 ans, Zebra propose un premier album Rock Celtique. 11 titres dont deux reprises, celle du célèbre Right Here Right Now de Fat Boy Slim. Une relecture étonnante de ce type mythique. Petit clin d’œil à ses origines musicales et à ses influences non dissimulées. Dans ce disque, vous y découvrirai un Cali, totalement méconnaissable sur Le pouvoirs des pierre, mais aussi un titre de et avec Arno, Vive ma liberté, comme vous ne l’avez certainement jamais entendu. Totalement Bluffant ! Ajoutez à cela, deux titres avec Tom Hogg de The Hosts. Le disque est produit par Marlon B, déjà rendu cèlèbre par son travail sur l’album des Brigitte. Et la grande originalité de cet album est clairement de parvenir à lier les sonorités des instruments celtiques du Bagad de Carhaix, et les compositions résolument modernes de Zebra.
Du coup, les Fans de Merzhin devraient se sentir totalement à l’aise dans cet univers finistérien. Même si Zebra ne fait pas dans l’humour régionaliste. Il cherche plutôt à élever le débat, et parvient faire naître un nouveau style, qui n’aura peut-être jamais d’adepte, et qui restera même peut-être unique en son genre ! Qu’importe, la voie est ouverte. Apres avoir mixé les rythmes, Zebra s’amuse à mixer les genres, et même parfois les mots, a l’instar du single Plus rien ne m’arrête dans lequel certains reconnaitrons des références à des chansons de Noir Desir, Bashung ou Téléphone… Avec The Unknown Soldier, on notera aussi un référence à la chanson éponyme de Jim Morisson. Petite mention particuliere à Funk sur Mer, joyeux mélange de conte et de chant. Bel exemple de la réussite de Zebra dans son entreprise !
L’album Zebra & Bagad Karaez est une véritable aventure musicale ! Préparez vous à une déferlante de binious et de décibels ! Et pas besoin de réviser vos pas de danse bretonne, le pogo fera tres bien l’affaire !
Mass Hysteria – L’Armée des Ombres
2012 - 10 titres
Sortie : 27/08/2012
Style : Metal Indus
Label : Verycords
Note : 7/10
Cette année, Mass Hysteria entre dans sa 20e année d’existence. Bien qu’ils soient toujours parmi les plus importants représentants de la scène metal indus en France, leur précédent album ne s’est vendu qu’à 7000 exemplaires. C’est dire l’état de cette scène. Pourtant, Failles, le précédent album donc, avaient remis le groupe sur la bonne voie en proposant un album sans concession, encore plus radical que l’album Une somme de détail, faisant oublier ainsi la triste période 2005 et l’album éponyme du groupe, un album quasiment pop, pas loin du style de Kyo… Ajoutons à cela, que les concerts continuaient alors d’être à la hauteur de la réputation du groupe !
2012 : Pas mal de changement pour le groupe cette année, un nouveau bassiste Vincent Mercier (frere de Raphaël ?), un nouveau label (Verycords), mais toujours la même voix, puissante et unique de Mouss, le même coup de baguette sur les futs de Raphaël et les mêmes riffs de Yann.
Au niveau des compos, on reste dans la continuité de Failles, des rythmes rapides, des refrains coup de poings, des textes écrits comme des associations d’idées, de quoi aller chercher tout ce qu’on veut derriere : complaintes contre la guerre et la mondialisation, hymnes à l’amour et à la vie…
Ce qu’il n’y avait peut-être pas dans le précédent opus, des singles, ici, ils sont légions, à commencer par Commedia Dell'inferno ou celui plus officiel, Même si j’explose, un titre qui utilise plus que jamais des samples, donnant au titre énormément de volume et une atmosphère moderne et futuriste. L’album se projette d’ailleurs dans le présent et dans l’avenir. Et bien que le premier titre de l’album s’intitule Positif à Bloc, on recherchera en vain, les quelques grammes de positivisme dans ce disque. En cela, l’album est un reflet de notre société en 2012 ( Est-ce la fin des utopies, la réalité est tragique, la vie continue sans nous…). L’Armée des Ombres est un très bon compromis entre le surpuissant Failles et le nostalgique De cercle en cercle. Mass est dans la place, et de retour dans la cour des grands !
Style : Chanson Reggae
Label : Z Production
Sortie : 01/10/2012
Note : 7.5/10
The Ligerians, pour leur premier album, propose un concept, un polar pour tout dire…. Le détective Philip Marley retourne à Chinatown où le mari de la sulfureuse madame Mulwray a disparu. Le privé se lance sur la piste de la Famille Li Wang et de leurs hommes de main, connus sous le nom de The Ligerians. Voici le décor, duquel on pourrait voir débarquer Jack Nicholson à chaque instant… si ce décor n’était pas en réalité une BD… Car, cerise sur le CD, le concept, c’est de mettre des images sur les mots et la musique, et vis versa…
Pour ce qui nous concerne ce jour, c’est bien entendu, la musique et les mots. La musique choisie se situe entre Reggae, Ska et Jazz. Les instrumentations y sont chaudes et expressives : une base contrebasse, piano, batterie, guitare, chant… à laquelle s’ajoutent des instruments à vent, orgue, percussions. Les mots sont comme des chapitres, des instantanés de la vie.
Le groupe en profite pour faire passer quelques messages d’ordre sociaux (violence, exclusion, solitude, immigration), propice à une explosion de sentiments. On ne peut rester indifférent aux mots qui défilent dans ces chansons… Et le choix des rythmes reggae donne une sorte de contre-pied à la lourdeur des thèmes abordés. Plutôt habile.
Voilà donc un projet rondement mené, avec plusieurs supports, plusieurs scènes musicales concernées, plusieurs lectures entre les lignes, plusieurs tonalités. De quoi occuper vos soirées d’hiver qui approchent à grand pas… A découvrir ! Vraiment sympa !
Myspace : pour entendre le son… / Site officiel : pour telecharger quelques goodies pour ordi et smartphone.
J 'ai l'impression que Chapelier Fou n'a jamais vraiment quitté ma platine depuis des années. Les disques ont changé (3EPs et un album, le tout en 2 ans) mais le bonhomme avec ses machines et son violon sont restés là, présents et offrant des parenthèses enchantées face à l'adversité, entre comptine enfantine, musique de chambre et onirisme électronique. En dépit du titre de son deuxième album, Louis Warynski, de son vrai nom, n'a pas vraiment été invisible ; y compris sur les scènes des 5 continents où il s'est produit en concert. Ce nouvel album voit quand même le Français faire un poil évoluer ses trames électronica-acoustiques avec des moments plus
organiques (Cyclope & Othello et P Magister tissés à la guitare électrique ont un petit côté Radiohead) et il propose non pas un mais deux morceaux chantés. Chapelier Fou retrouve en effet Matt Elliott pour Moth, Flame, moment d'abord en porte-à-faux avec de finir dans la suavité d'une belle mélodie. Quant à Gerald Kurdian de This is Hello Monster, il donne une touche romantique à la Jay Jay Johansson à Vessels Arches. Vous reprendrez bien une dose de Chapelier Fou ? Moi, si ! Deezer
My Name is Nobody – The good memories
2012 - 10 titres
Style : Folk Low Fi
Label : My little cab records
Note : 6.5/10
Jouant avec le hasard et rattrapant mon retard de chronique d’album reçu en avril mai, me voilà confronté à la seconde facette de Vincent Dupas depuis le début de cette journée. En effet, ce musicien est confronté depuis quelques années à un dédoublement de la personnalité. Tantôt il joue sur les nuances de folk music avec son projet My Name is Nobody, tantôt il branche les amplis et s’essaie à de multiples expériences soniques au sein du Noisy Rock groupe Fordamage (Volta Desviada - 2012).
C’est donc un album Folk auquel nous invite Vincent sur ce nouveau The good memories. Pourtant, derriere cette voix calme et sereine, derriere ces arpèges chaleureux, Le feu qui semble éteint souvent dort sous la cendre et My Name is Nobody nous surprend parfois en osant l’éveiller. D’un esprit lumineux dans la veine de Cat Stevens, on passe parfois à une musique pleine de tension et de larsen, à la manière d’un Josh T. Pearson.
Ce nouvel album est son 4e effort. Et pour l’occasion, son projet s’élargit et fait participer plusieurs invités, de Fordamage tout d’abord (Pierre Marolleau), mais aussi Nona Marie Invie (Dark Dark Dark), Eric Pasquereau (The Patriotic Sunday), Emilie Rougier (Marvin) et Jey Vassereau (Pneu)… Pourtant, l’album demeure plus intimiste que jamais, et rappelle l’excellente prestation solo, au pied levé, de Vincent lors d’une Route du Rock Eté. Un beau voyage musical en classe économique à partager avec le plus grand monde.
Hasard des calendriers et des boites aux lettres, le nouveau Fordamage nous est parvenu dans les mêmes temps que celui de Chocolate Pain, et se trouve chroniqué à la suite. Et Il se trouve que la musique des uns et des autres, sans être identique, est assez parente, de par l’énergie qu’elle dégage, les rythmes cassés et les voix écorchées. A l’inverse des premiers, Fordamage ne travaille pas sur un album concept, mais plutôt sur une musique conceptuelle, entre Métal, Rock et Post Rock. Un travail de recherche en sons extrêmes (ex : A man and a dog), une volonté de donner de l’épaisseur à la musique, une âme aussi, une couleur tres personnelle et tres sombre.
A travers ces 9 nouveaux titres, réunis dans ce Volta Desviada, le groupe parvient à faire évoluer sa musique, en pleine mutation depuis 3 albums maintenant. La rage n’y est pas gratuite, les rythmes se font et se défont d’un titre à l’autre, les guitares se révoltent, les voix s’affrontent. Non seulement on expérimente à chaque carrefour, mais surtout Fordamage trouve sa patte et son style, à travers des titres taillés dans le Rock d’une lave à peine refroidie.
Un album, à l’atmosphère tendue, aux contours obscurs. Les éléments s’y déchainent, et apparaissent plusieurs morceaux d’anthologie !
John Morillon a vécu aux USA et en Angleterre. C’est sans doute ce qui lui permet d’appréhender aussi bien la langue et les rimes de Bob Dylan et de Nick Drake. C’est aussi pour cette même raison qu’il parvient à faire sienne la musique Folk, avec des mélodies recherchées, des refrains entêtants, le tout avec une grande sobriété des arrangements. Love it all est pourtant son premier album studio. Auparavant, il jouait dans un groupe, mais sa bio reste assez obscure sur celui-ci et sur ses influences d’alors. Ce qui nous oblige à nous intéressé exclusivement au présent, à ces balades folk, parfois vives, parfois calmes, mais toujours pleines d’entrain et de mélodicité.
Dès le premier titre, John Morillon étale son talent de compositeur sur le titre Alive. Il nous fait découvrir aussi son timbre de voix, râpeux, un peu à la Eddy Vedder, avec quelques paquets de cigarette en moins.
Tout au long de l’album, John Morillon vous surprendre par la maturité de ses chansons, à l’instar du titre éponyme de l’album, Love it all , un titre qui mêle habillement blues et folk sur un rythme vraiment plein de fougue. L’adjectif rafraichissant est souvent employé à tord et à travers. Mais ici, il prend tout son sens, tant l’album illumine par sa simplicité, tout en évitant tout risque d’austérité, que pourrait prendre un album folk anglophone. Pas besoin donc d’être anglophile, ni même fan de bob dylan, pour prendre du plaisir à écouter ces 13 ballades sans frontières. Love it all est un album dépouillé, sans concession réelle, mais terriblement accessible malgré tout ! Vous voilà prévenu !
Les Rois de la Suède - Néon Futur
2012 - 14 titres
Style : Rock Drôle
Label : Adone / L’Autre Distribution
Note : 7/10
Si vous avez raté le premier album de Les Rois de la Suède (Best OF Vol I - 2010), voilà une séance de rattrapage deux ans après, avec un nouvel album, Néon Futur qui répond encore une fois à la définition que le groupe se donne : fanfare municipale sous LSD ! Pour ceux qui ont raté les précédents épisodes, voici un résumé : Ivan Callot, démissionnaire des Fatals Picards, a remis le couvert en compagnie de nouveaux compères, dont Monsieur Poulpe et François Nguyen (chanteur d’Elista).
Avec ce nouvel album, les fans des Fatals Picards ne devraient pas être trop perdus puisque le groupe reprend les vieilles recettes picardes, période Goldorak est mort. Ils prennent en effet quelques sujets d’actualité, parfois sérieux, souvent moins sérieux, et tournent le tout en dérision. Pas avare, le groupe propose une fois encore un grand nombre de titres depuis le futur tube, Tous les DJ qui font semblant, qui devrait plaire à David Guetta, jusqu’au dernier titre, un titre fleuve, comme Ivan savait les faire avec les FP. Sur Pamplemousse Mécanique, en particulier, le dernier titre était quasiment un album à lui seul.
Ici encore, Spectron, le dernier titre, sorte de sketch à tiroir, s’étend sur 19 mn et mets en scène un instit et sa classe extra-terrestre en retenue… Que du bonheur ! Notons d’ailleurs que l’un des thèmes récurrents de cet album est la Science Fiction en seconde partie du disque (Futur), l’occasion d’inviter à la fête E.T., les Frères Bogdanov, les Vulcains… et de faire quelques références à des chansons qui ont fait l’actualité. Pendant que la face A, Néon, plantée dans le présent, se joue de l’actualité allant jusqu'à faire grincer des dents avec Ils étaient mieux avant (Les clochards…).
Vous l’aurez compris, Les Rois de la Suède ne vous laisseront pas indifférents. Pas le temps de s’ennuyeux dans ces 70 minutes de délire collectif ! A écouter de toute urgence en cas d’angoisse ou de déprime !
Daria – Red Red
2012 – 11 titres – 37’
Style : Rock
Label : Yotanka / Differ-ant
Note : 7,5/10
Depuis les Thugs, on sait que la douceur angevine n'est plus ce qu'elle était. Découvert en concert il y a 12 ans avec Sexypop (tiens que sont-ils devenus ?), je suis heureux de voir que Daria, un autre bon groupe rock du cru, est toujours là et bien là. Le groupe a pour lui sa cohésion et sa force de frappe acquise sur scène. A l'heure du troisième album, Daria est une machine qui maîtrise son sujet sur un credo simple et direct : des guitares et des mélodies.
Un principe évident et fédérateur que les Angevins s'approprient non sans un certain panache. Speed et sans fioritures stériles, Daria vaut bien les ténors du genre, des Foo Fighters à Weezer en passant par les Smashing Pumpkins et Fugazi. Si Red Red n'est pas d'une originalité folle, Daria fait là un album jamais ennuyeux et pépère et qui procure, au contraire, une joie saine et un plaisir rock non feint. Du bel ouvrage, un bon groupe et des titres qui font mouche là où ils touchent. Site
Edward Barrow – The Black Tree
2012 – 12 titres – 40’
Style : Pop
Label : Volvox
Note : 7,5/10
Avec son physique de jeune premier, sa voix sensible et sa musique douce, Edward Barrow aurait de quoi agacer plus d’un hétéro : on imagine en effet des wagons de midinettes craquer pour cet Anglo-américain au coeur tendre et aux mélodies à fleur de peau. Les titres doivent être composés au piano de manière très classique et avec une certaine préciosité ; ils sont enrobés de claviers et d’écho (y compris sur la voix) qui molletonnent chaque coin un peu saillant de la musique. Il faut dire que Barrow, en dépit d’une homonymie avec un célèbre gangster, cultive ce côté romantique de sa personnalité et de sa musique (moins dans les textes quand même) jusqu’à ressembler à l’Elvis Presley de Love Me Tender sur Blue eyed Man (et d’ailleurs d’arborer une coupe similaire).
On pourrait donc être agacé et finalement, on est quand même séduit par le bonhomme et par une écriture musicale bien au-dessus de la moyenne. Mais si le garçon est parfois affecté dans ses intonations, il n’en devient jamais sirupeux. Edward Barrow sait se tenir et ne s’épanche dans une douleur douceâtre ou une sensiblerie de mijaurée. Barrow n’est pas Antony Hegarty, encore moins cette endive de James Blunt ; il se rapprocherait plus de Marc Almond voire à Martin Gore, a fortiori quand un écran de claviers new wave vient hanter la musique (Two Little Birds pt 2, le meilleur morceau du disque). Dans des arrangements plus naturalistes (sur The Black tree, est-ce un hautbois que j’entends au loin ?), Edward Barrow arrive aussi à susciter une saine émotion, sans afféterie aucune. Site
A part moi-même, on ne doit pas avoir besoin de plus d’une main pour compter les personnes qui attendaient le retour de Partenaire Particulier. C’est peut être ce qu’évoque la pochette du 3e album du groupe, affublée d’une main robotique aux nombreux accessoires USB…
Passé l’effet de surprise donc, il y a l’album, baptisé Geek et composé de 14 titres. Petite précision encore, du duo (ou trio) de départ, on est passé au mono, puisque Éric Fettweis, membre fondateur en 1983 est seul aux commandes de cet album enregistré en 2011. Moqué dans les années 80’s par les Inconnus, le single Partenaire Particulier n’en est pas moins une référence phare des années 80, sans doute un des 5 titres les plus représentatifs de la décennie des p’tits clous… Le succès du groupe lors des tournées RFM Party méritait cette Renaissance !
Reprenant le son typique des synthetiseurs de cette décennie, Eric compose en 2012 des titres qu’il aurait pu tres bien écrire dans les années 80’s, seul les thèmes évoluent, se collant parfois à l’actualité (Golden Boy). Mais toujours, la même naïveté, la même simplicité, parfois même un peu d’humour et finalement la même efficacité !. La premiere partie de l’album a un son moderne, dont les titres pourraient se retrouver sans probleme programmés sur Virgin Radio ou NRJ… Pourrir en enfer (avec Angie Doll) en est un exemple criant, Insomnie tout autant, deux véritables tubes.
La seconde partie de l’album, plus vintage, plus proche des débuts du groupe ressort les programmes sonores des premiers albums de Depeche Mode (Delivre moi, Fragile). Mais là encore, le sens de la mélodie est là ! Un second invité, Stephane des Dead Sexy Inc (groupe d’Emmanuel des LTNO), fait en quelque sorte le lien entre la Synthpop des 80’s et l’electro indus des 2000’s...
Mais alors que manque donc à cet album, sorti dans l’anonymat en fin d’année derniere, et malgré déjà deux singles, pour passer de l’ombre à la lumiere ?
Il semble simplement qu’on ait du mal à donner une seconde chance aux artistes disparus. Indochine, à qui on les a souvent comparé, y sont pourtant parvenus ! Mais il aura fallu des mois de matracage dans toutes les petites radios asso pour que les grosses se sentent obligées de diffuser J’ai demandé à la Lune…
Peut-etre que Partenaire Particulier, à une autre échelle bien sûr, parviendra à conjurer le sort et obtiendra une seconde vie dans les années 2010 avec un son et des mots aussi particuliers que son nom !
Plus qu’une madeleine de Proust, c’est un grand plongeons dans le bain de jouvence des années TOP 50 auquel nous invite Partenaire Particulier, plus désinvolte que jamais.
Brokencandys - EP
2012 – 4 titres – 18’
Style : Electro
Label : Only Music
Note : 7/10
Avec Brokencandys, le cahier des charges semble simple : faire danser frénétiquement jusqu’au bout de la nuit. Si musicalement l’exercice peut être un peu plus satisfaisant, tant mieux et avec Brokencandys c’est totalement le cas : les boucles sont répétitives mais non moins cajoleuses, les claviers estivaux et la guitare amène par touche son empreinte organique n’hésitant pas à devenir sanguine (Von Paris Mit Danke et son petit côté Agoria). Sur Sherbet, l’énergie monte d’une rêverie luminescente à une réalité totalement addictive, une descente progressive de l’intellect et de l’imaginaire vers la vitalité de tout le corps.
Le plaisir lui monte progressivement ; on appelle ça une vraie tuerie, du genre à vous voir finir en nage. Dans sa formule recentrée (le duo était devenu sur scène un quintette et leur premier album englobait un trop large spectre, du trip hop à l’électro-rock en passant par la house et le lounge), Brokencandys donne le meilleur de lui-même sans trop tomber dans les facilités de la house filtrée. Les deux autres morceaux ne déméritent pas non plus et font le « job ». La French Touch, c’était il y a 15 ans et les Parisiens lui donnent brillamment encore quelques soubresauts de vie. Site